JO 2008 : Répétition générale
Depuis juillet 2007 et jusqu'à juin prochain, Pékin
organise 42 épreuves tests pour évaluer l'ensemble du dispositif
olympique. Neuf Tricolores de renom, qui ont pris le pouls de
l'événement nous livrent leurs impressions
Pour éviter d'avoir à essuyer les plâtres le jour J,
le pays organisateur des J.O. procède, par tradition, les mois
qui précèdent le grand rendez-vous planétaire, à une vaste
répétition grandeur nature de toutes les compétitions inscrites
au programme olympique. Élève particulièrement appliquée dans le
rendu de ses différentes copies (respect des délais, conformité
des sites), Pékin n'a pas dérogé à cette règle. Ainsi, depuis
juillet 2007, la capitale chinoise a organisé 28 épreuves tests,
la dernière en date ayant été l'Open de natation disputé, du 31
janvier au 5 février, dans le bassin flambant neuf de l'Aquacube.
Et d'ici au 1er juin, 14 autres compétitions seront programmées
afin de peaufiner au mieux l'organisation des Jeux. D'un niveau
inégal, ces épreuves tests restent le meilleur moyen de prendre
le pouls des installations, de la logistique et de l'accueil dont
bénéficieront, en août, les athlètes sélectionnés pour la
grand-messe olympique. Mais aussi, de prendre la parfaite mesure
des difficultés générées par la pollution et le fort taux
d'humidité qui règnent à Pékin.
Si les nageurs, les pongistes, les gymnastes ou encore les
cyclistes sur route tricolores ont boudé les tests chinois, les
meilleurs cavaliers, kayakistes, pistards, marins, triathlètes et
pentathlètes français ont pris part à ces compétitions. Parfois
dans le cadre d'une manche officielle de Coupe du monde, souvent
lors d'un simple tournoi international. Pour Sport, ces champions
français ont accepté de nous livrer, sans concessions, leurs
premières impressions et de nous donner un avant-goût de ce qui
attendra les compétiteurs du 8 au 24 août 2008.
Arnaud Tournant, champion olympique et 13 fois
champion du monde de cyclisme sur piste
" Le
vélodrome de Laoshan est typiquement le genre d'équipement que
tous les pays rêveraient d'avoir. Il est neuf, exceptionnel,
gigantesque. Il me fait penser au Stade de France. La piste est
large, les lignes droites assez longues et les virages resserrés.
De quoi affoler les chronos ! La problématique viendra du
taux d'humidité et de la pollution. Certains pistards avaient les
yeux irrités, d'autres avaient du mal à retrouver leur
respiration. Une grande partie de l'encadrement français est même
revenue de Pékin fragilisée, voire malade. "
Amélie Cazé, championne du monde de pentathlon
2007
" À Pékin, les épreuves de natation
auront lieu dans une piscine [celle de Ying Tung] rien que pour
nous. C'est impressionnant ! Jamais je n'avais vu un bassin
aussi grand et beau. Les épreuves de tir et d'escrime se
dérouleront au premier étage d'un bâtiment [centre national des
congrès] ! Là encore, c'est inédit. Quant au ciel... c'est
simple, il n'y en a pas ! Je n'ai jamais pu l'apercevoir car
c'était toujours pollué. "
Nicolas Touzaint, champion olympique par équipe de concours
complet 2007
" Contrairement à Sydney et Athènes, l'hippodrome de Hong Kong
sera en plein centre-ville. Mes inquiétudes concernent surtout
l'espace de travail qui sera très limité. Quand les 300 chevaux
seront présents sur le site et qu'ils devront sortir en même
temps pour travailler, ça risque d'être compliqué... Quant au
climat, en cas de grosse chaleur, les organisateurs auront
l'intelligence d'écourter le cross (4 000 m à 5 000 m au lieu des
6 000 m) afin de limiter les risques pour la santé des chevaux.
"
Jordan Amoros, vice-champion d'europe de judo par
équipes 2007
" J'ai été bluffé par la beautédu gymnase dont la
particularitéest d'être situé au coeur d'une université [celles
des sciences et technologies de Pékin]. L'intérieur est vraiment
magnifique. Ce qui est appréciable, c'est que l'accès entre la
salle d'échauffement et le tapis de combat est très facile.En
revanche, j'ai ressenti les méfaits de la pollution, même à
l'intérieur de la salle. J'avais malà l'oesophage, mes yeux
piquaientet je toussais systématiquementà l'issue de mes combats.
"
Tony Moulai, 22e triathlète
mondial
" L'accueil dont on a bénéficié était très bon, pour ne pas dire
excessif. Il y avait une véritable armée de volontaires à notre
disposition, prêts à nous rendre le moindre service. D'une
manière générale, l'organisation est rodée, carrée, nickel, bien
huilée. Pas de place à l'improvisation. Tout est calculé. Mais
pas question de sortir du circuit à emprunter ou d'enjamber une
barrière. La règle, c'est la règle, et on n'y déroge pas.
Sportivement parlant, le parcours est un vrai billard. Toutes les
routes ont été refaites. Je peux vous assurer que ça fusait sous
mes roues ! Enfin, si le ciel était toujours voilé, je n'ai
pas pour autant souffert de la pollution. "
Frédéric Belaubre, double champion d'europe de
triathlon
" Les Chinois n'ont pas lésiné sur les moyens puisque le
revêtement du parcours de course à pied sera entièrement fait en
tartan, comme une piste d'athlétisme ! C'est exceptionnel.
Je n'ai jamais vu ça sur un triathlon. Au niveau de
l'organisation, pas question de sortir du protocole. J'avoue que
c'est un peu embêtant mais, aux Jeux d'Athènes, c'était déjà
comme ça. C'est l'événement qui veut ça. Au moins, ça fait une
bonne répétition. Idem pour les conditions météo. Il faisait un
peu chaud, un peu humide et il y avait un peu de pollution. C'est
dur, mais c'est moins pire que si le triathlon avait eu lieu dans
le centre de Pékin. "
Xavier Rohart, double champion du monde de star
avec Pascal Rambeau (voile)
" Vu les conditions particulières qui règnent à Qingdao, j'ai
tendance à dire qu'on se croirait à Ostende (Belgique) mais sous
les tropiques !Il y fait très chaud et très humide, il y a
beaucoup de courant et pas mal de vagues, mais très peu de vent.
Le gros problème reste la pollution. L'eau est marron, on chope
des infections. Quant à l'air, c'est impossible de courir ou de
fairedu vélo en extérieur sans avoir recours à un masque filtrant
sous peine d'encrasser ses poumons. "
Anne-Caroline Chausson, 19 fois championne du monde
de vtt, engagée aux J.O. en BMX
" Je n'ai jamais vu un tel sitede BMX. Il est énorme, grandioseet
super bien fait. La piste est large et les bosses sont bien
pensées. Vraiment très agréable à rouler.Le gros point négatif,
c'est la chaleuret l'humidité. Dans ces conditions,c'est très
difficile de récupérerentre chaque manche. On subit, on n'arrive
pas à s'adapter.C'est à la fois particulier et oppressant. Aux
Jeux, la pollution sera un facteur déterminantà la performance.
"
Tony Estanguet, double champion olympiqueet
champion du monde de canoë en slalom C1
" Le bassin de Shunyi est très impressionnant. Ce n'est pas tant
l'architecture globale qui m'a bluffé, mais plutôt l'aspect
sportif. Les Chinois ont mis le paquet. Le bassin est très
difficile à maîtriser, les mouvements d'eau sont plus puissants
qu'ailleurs avec, notamment, deux chutes terribles à négocier. De
toute évidence, la course olympique sera spectaculaire. Côté
climat, j'ai vraiment souffert de la chaleur pendant la course.
Il faisait très lourd et c'était dur de se refroidir car même
l'eau était... chaude ! C'était aussi agréable que de
prendre un bain brûlant quand il fait très moite... "
Auteur : Gérald Mathieu
Source : http://www.myfreesport.fr






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