Michou Bhageea ambitionne d’être ministre des Sports
Le champion national de triathlon est clair. A son retour
d’Australie, dans quatre ans, il compte faire de la politique
active pour espérer occuper le portefeuille de la Jeunesse et des
Sports.
Est-ce utopique de sa part ? Des rires ont même fusé de part et
d’autres quand on a appris le souhait jusque-là caché de ce
sportif de 33 ans. Mais pourquoi pas quand on y pense ? Un ancien
sportif au service des sportifs, c’est peut-être la recette
gagnante. En tout cas, Michou Bhageea a la ferme ambition de
venir en aide aux sportifs. Il est déjà membre du Mouvement
socialiste militant et s’était même porté candidat pour les
élections municipales à Quatre-Bornes.
En fait, Michou Bhageea éprouve de l’amertume. Il a été six fois
champion national de triathlon et sept fois champion de Maurice
de duathlon. Ce septième sacre, il l’a d’ailleurs décroché
dimanche dernier à Curepipe. Une ultime récompense avant de
mettre le cap sur l’Australie en janvier prochain pour y préparer
un diplôme en Visual Arts avec spécialisation en Graphic Design
au Chadstone Holmesglein Institute à Melbourne.
Malgré ses multiples titres, il n’a toujours pas la
reconnaissance voulue. « Un titre de plus ou de moins, ça ne
m’avancera pas plus que ça. Je dois assurer mon avenir. Il n’y a
pas d’opportunité à Maurice. La fédération m’a donné la chance de
faire des compétitions à l’extérieur, mon sponsor Standard
Chartered m’a fait participer à un Ironman en Corée du Sud, mais
du côté de l’Etat, rien. Pas de bourse d’athlète de haut niveau,
surtout que le triathlon est une discipline où on investit
énormément », explique-t-il.
Qui plus est, le Curepipien avoue qu’il se sent indésirable à
Maurice : « Le fait que j’ai été candidat sous la bannière MSM
m’a fait sentir que j’étais de trop dans ce pays. On m’a fait
comprendre que je n’aurais aucune aide à cause de cela. » Et de
préciser : « Je suis fier de représenter ce parti politique et je
continuerai d’attester que le MSM est un parti d’avenir.
D’ailleurs, c’est le MSM qui a produit les meilleurs ministres
des Sports du pays, soit Michael Glover et Ravi Yerrigadoo.
»
“Cent jours pour changer la vie de tous les
sportifs”
A son retour d’Australie, Michou Bhageea compte d’abord faire du
social. « Si Dieu le veut, peut-être que j’aurais un ticket à mon
retour parce que je compte m’investir à fond dans la politique.
Je serais heureux d’être ministre des Sports. Je veux apporter ma
pierre à l’édifice », insiste-t-il.
Et il va même plus loin et emprunte le slogan qui a fait mouche
lors des dernières élections générales : « Si j’étais nommé
ministre de la Jeunesse et des Sports, dans 100 jours je
changerais la vie de tous les sportifs », lance-t-il.
Selon Michou Bhageea : « Il ne doit y avoir aucun lien entre la
politique et le sport. Un politicien ne peut gérer un ministère
des Sports. Ça doit être un ancien sportif. Sylvio Tang, par
exemple, n’a pas beaucoup de connaissance en sport. Même s’il a
la volonté, il ne peut faire grand-chose. Moi je pense qu’il
aurait été plus judicieux de mettre quelqu’un comme Richard
Duval, qui a évolué dans le monde sportif, au ministère des
Sports. »
La répartition de l’argent des contribuables occupe également les
réflexions du triathlète : « On investit des millions en football
pour avoir le résultat que l’on sait aux Jeux des îles de l’océan
Indien !
(NdlR : quatrième derrière la Réunion, Madagascar et les
Seychelles). Qu’advient-il des petites disciplines ? Est-ce
normal qu’en cyclisme, par exemple, ce sont les sportifs qui
paient leur billet d’avion pour un déplacement ? Le sport est un
milieu où l’on a besoin de beaucoup d’argent pour venir en aide
aux sportifs. Il n’est pas logique que ce soient les clubs, donc
les nageurs, qui doivent payer les couloirs. »
Le portefeuille du ministère des Sports va de pair avec celui de
la Jeunesse, estime-t-il. « Je me sens également concerné par la
jeunesse. Avant, il y avait les intercollèges de la musique pour
les jeunes. Ils avaient un idéal et un endroit pour pratiquer
leur passion. Cela aussi a disparu », regrette celui qui, grâce à
ces intercollèges de la musique, a pu percer dans le giron et en
vivre. Car durant tout ce temps, c’est en tant que chanteur dans
les établissements hôteliers qu’il a pu gagner son pain.
La tombe à fleurir que sont les intercollèges d’antan revient
également sur le tapis. « D’où sortent donc les Stéphan Buckland,
Eric Milazar, Arnaud Casquette? Ce sont eux qui m’ont inspiré
pour faire du sport. Pourquoi a-t-on détruit les intercollèges,
pourquoi a-t-on détruit les Jeux de l’Avenir et les Jeux de
l’Espoir ? On a même fermé le centre de formation de football.
Or, c’est ce centre qui a produit des joueurs qui ont battu la
grande équipe du Cameroun », fait-il remarquer.
Autre injustice selon Michou Bhageea, c’est le fait que l’Etat
dépense des milliers de roupies avec les entraîneurs étrangers. «
On paie leur logement, leur voiture, leurs billets d’avion.
Après, quand un entraîneur mauricien réclame Rs 10 000, on trouve
cela élevé. Ne peut-on pas utiliser cet argent pour la formation
des entraîneurs locaux? », s’interroge-t-il.
Tous ces arguments peuvent être mal perçus par certains. Mais
pour Michou Bhageea, il déballe tout ce qu’il a sur le coeur
parce qu’il est du genre franc-parler et parce que très peu de
personnes osent élever la voix. « Ces personnes ont tout
simplement peur des retombées, mais moi je n’ai plus rien à
perdre », conclut-il.
Auteur : Jason Chellen
Source : http://www.lexpress.mu






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