Michou Bhageea ambitionne d’être ministre des Sports

Publié le : 22 Octobre 2007
Par : Beaubois Roland
 

Le champion national de triathlon est clair. A son retour d’Australie, dans quatre ans, il compte faire de la politique active pour espérer occuper le portefeuille de la Jeunesse et des Sports.

Est-ce utopique de sa part ? Des rires ont même fusé de part et d’autres quand on a appris le souhait jusque-là caché de ce sportif de 33 ans. Mais pourquoi pas quand on y pense ? Un ancien sportif au service des sportifs, c’est peut-être la recette gagnante. En tout cas, Michou Bhageea a la ferme ambition de venir en aide aux sportifs. Il est déjà membre du Mouvement socialiste militant et s’était même porté candidat pour les élections municipales à Quatre-Bornes.

En fait, Michou Bhageea éprouve de l’amertume. Il a été six fois champion national de triathlon et sept fois champion de Maurice de duathlon. Ce septième sacre, il l’a d’ailleurs décroché dimanche dernier à Curepipe. Une ultime récompense avant de mettre le cap sur l’Australie en janvier prochain pour y préparer un diplôme en Visual Arts avec spécialisation en Graphic Design au Chadstone Holmesglein Institute à Melbourne.

Malgré ses multiples titres, il n’a toujours pas la reconnaissance voulue. « Un titre de plus ou de moins, ça ne m’avancera pas plus que ça. Je dois assurer mon avenir. Il n’y a pas d’opportunité à Maurice. La fédération m’a donné la chance de faire des compétitions à l’extérieur, mon sponsor Standard Chartered m’a fait participer à un Ironman en Corée du Sud, mais du côté de l’Etat, rien. Pas de bourse d’athlète de haut niveau, surtout que le triathlon est une discipline où on investit énormément », explique-t-il.

Qui plus est, le Curepipien avoue qu’il se sent indésirable à Maurice : « Le fait que j’ai été candidat sous la bannière MSM m’a fait sentir que j’étais de trop dans ce pays. On m’a fait comprendre que je n’aurais aucune aide à cause de cela. » Et de préciser : « Je suis fier de représenter ce parti politique et je continuerai d’attester que le MSM est un parti d’avenir. D’ailleurs, c’est le MSM qui a produit les meilleurs ministres des Sports du pays, soit Michael Glover et Ravi Yerrigadoo. »


“Cent jours pour changer la vie de tous les sportifs”

A son retour d’Australie, Michou Bhageea compte d’abord faire du social. « Si Dieu le veut, peut-être que j’aurais un ticket à mon retour parce que je compte m’investir à fond dans la politique. Je serais heureux d’être ministre des Sports. Je veux apporter ma pierre à l’édifice », insiste-t-il.

Et il va même plus loin et emprunte le slogan qui a fait mouche lors des dernières élections générales : « Si j’étais nommé ministre de la Jeunesse et des Sports, dans 100 jours je changerais la vie de tous les sportifs », lance-t-il.

Selon Michou Bhageea : « Il ne doit y avoir aucun lien entre la politique et le sport. Un politicien ne peut gérer un ministère des Sports. Ça doit être un ancien sportif. Sylvio Tang, par exemple, n’a pas beaucoup de connaissance en sport. Même s’il a la volonté, il ne peut faire grand-chose. Moi je pense qu’il aurait été plus judicieux de mettre quelqu’un comme Richard Duval, qui a évolué dans le monde sportif, au ministère des Sports. »

La répartition de l’argent des contribuables occupe également les réflexions du triathlète : « On investit des millions en football pour avoir le résultat que l’on sait aux Jeux des îles de l’océan Indien !

(NdlR : quatrième derrière la Réunion, Madagascar et les Seychelles). Qu’advient-il des petites disciplines ? Est-ce normal qu’en cyclisme, par exemple, ce sont les sportifs qui paient leur billet d’avion pour un déplacement ? Le sport est un milieu où l’on a besoin de beaucoup d’argent pour venir en aide aux sportifs. Il n’est pas logique que ce soient les clubs, donc les nageurs, qui doivent payer les couloirs. »

Le portefeuille du ministère des Sports va de pair avec celui de la Jeunesse, estime-t-il. « Je me sens également concerné par la jeunesse. Avant, il y avait les intercollèges de la musique pour les jeunes. Ils avaient un idéal et un endroit pour pratiquer leur passion. Cela aussi a disparu », regrette celui qui, grâce à ces intercollèges de la musique, a pu percer dans le giron et en vivre. Car durant tout ce temps, c’est en tant que chanteur dans les établissements hôteliers qu’il a pu gagner son pain.

La tombe à fleurir que sont les intercollèges d’antan revient également sur le tapis. « D’où sortent donc les Stéphan Buckland, Eric Milazar, Arnaud Casquette? Ce sont eux qui m’ont inspiré pour faire du sport. Pourquoi a-t-on détruit les intercollèges, pourquoi a-t-on détruit les Jeux de l’Avenir et les Jeux de l’Espoir ? On a même fermé le centre de formation de football. Or, c’est ce centre qui a produit des joueurs qui ont battu la grande équipe du Cameroun », fait-il remarquer.

Autre injustice selon Michou Bhageea, c’est le fait que l’Etat dépense des milliers de roupies avec les entraîneurs étrangers. « On paie leur logement, leur voiture, leurs billets d’avion. Après, quand un entraîneur mauricien réclame Rs 10 000, on trouve cela élevé. Ne peut-on pas utiliser cet argent pour la formation des entraîneurs locaux? », s’interroge-t-il.

Tous ces arguments peuvent être mal perçus par certains. Mais pour Michou Bhageea, il déballe tout ce qu’il a sur le coeur parce qu’il est du genre franc-parler et parce que très peu de personnes osent élever la voix. « Ces personnes ont tout simplement peur des retombées, mais moi je n’ai plus rien à perdre », conclut-il.


Auteur : Jason Chellen
Source : http://www.lexpress.mu

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