Publié le: 13 Octobre 2010
Par: Roadrunner
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Gérard y arrivera !

Gérard et l’objectif de la saison, suite et fin

Photo par Xtriathlon

Le jour J : la course
Michel, Marc, Martine et Gérard se souhaitent donc une bonne course… Un petit plouf dans l’eau vaseuse pour remplir la combi et puis ce sera le départ !
Poum ! Le coup de feu libère une horde de furieux tous aussi impatients d’en découdre que d’en finir….

Gérard et MMM’s partent sur le côté pour éviter la bastonnade, la machine à laver comme l’appelle communément les adaptes du triple effort. Notre athlète, dont la natation n’est pas son point fort, galère. Coups de poings, coups de pieds, passage d’un athlète sur son dos. Bref, les premiers 500m sont un vrai calvaire. La respiration en trois temps des longueurs de bassin s’est transformée en une natation tête relevée comme un chien perdu qui regarde sans cesse la rive. Les lunettes se sont remplies d’eau, la buée cache la visibilité et les bouées délimitant le parcours sont difficiles à appréhender. La densité diminue, Gérard se retrouve à l’écart d’un petit groupe. Il nage maintenant en deux temps, droit tout droit vers la bouée, la grosse, celle qui symbolise la mi-parcours et qu’il faudra atteindre avant de faire le demi-tour vers la sortie. Soudain, « Boum », sa tête heurte un canoë, où un bénévole, les yeux encore mal réveillés, tente tant bien que mal de montrer le droit chemin à tous les concurrents…. Ça y est, le demi-tour est là… Il reste 750m. La seconde moitié se fait plus facilement… il y a moins de monde et le rythme est régulier… Enfin, jusqu’à ce que les algues, dont parlait l’arbitre dans la file d’attente, arrête Gérard dans sa progression régulière. Il se bat, elles s’accrochent, il les pousse, elles s’emmêlent, il les crache, elles s’entourent autour du cou, il les envoie par le fond, elle remonte aussitôt sous son corps en s’emmêlant entre les jambes… la fin est un vrai parcours du combattant… et finalement Gérard s’extirpe du milieu aquatique hostile… Ouf ! La partie la plus stressante est finie.
Sous l’acclamation du public, notre héros retire sa combinaison avec une étonnante facilité et jette un coup d’œil rapide par-dessus l’épaule, sur le plan d’eau, où il y a encore beaucoup de monde, et regarde son chronomètre. Pile poil dans les temps fixés ! Objectif rempli ! Un petit sourire de satisfaction illumine son visage alors qu’il retire son bonnet d’un geste facile et détendu… Sur le chemin qui mène à son destrier, il recherche désespérément les siens… il ne les verra pas malgré leurs hurlements « Allez Papa ! Allez Papa ! T’es le plus fort ! »… Mais, là, au moment de rentrer dans le parc, le sourire de tout à l’heure laisse alors rapidement place à la grimace. Le parc est presque vide, et pour en rajouter encore un peu, le vélo de Martine et de Marc ne sont déjà plus là !

Gérard fait une transition correcte et entame le parcours vélo. Le vent souffle de côté et il ne fait pas chaud. Le voici parti pour une grande boucle de 25kms et une plus petite, mais plus difficile, celle de la côte à 17%, de 15kms. Les premiers coups de pédales sont assez faciles sur la portion plate. Gérard double des concurrents, des plus lourds ou des plus légers qui dansent sous les coups de vent, et qui grimacent. Arrive la première bosse qu’il décide de passer en force, même pas peur, car premièrement elle n’est pas si longue que cela et deuxièmement une sensation de puissance envahit notre valeureux concurrent. C’est à ce moment là, que Michel, sorti quelques mètres derrière lui en Natation, décide de le passer. Un petit « Allez Gérard ! Ca va ?» au passage, laisse place à un « P…n, ça tire dans les jambes ! »… normal, notre héros est resté tout à droite.
Heureusement la bosse ne dure effectivement pas longtemps, et de retour sur une portion plate, il envoie du gros comme il dit souvent… Quel bonheur ! Il dépasse Michel et rattrape même Marc.
Une course dans la course… le voici deuxième… c’est tout bon ça, le point faible de Martine, c’est justement la course à pied, là, où, Gérard, lui, se sent le plus à l’aise.

Retour vers le parc, avec la fin de la première boucle. Les enfants qui arborent un T-shirt « Vas-y Papa » sont au bord de la route… Madame applaudit, et voilà notre Gérard, galvanisé par la vue de sa tribu, qui repart de plus belle pour la dernière boucle. La côte du 33ème kilomètre est terrible, elle se passe sur le petit plateau et encore, ça grimace dur !
Marc reprend et passe Gérard (qui se retrouve alors 3ème) et tente de prendre (sans drafter) sa roue… « il envoie le bougre » se dit-il… et il le voit s’éloigner inexorablement… Gérard gère, Gérard patiente, Gérard laisse passer l’orage. La descente est d’ailleurs bien dangereuse avec la pluie de la veille… il y a des graviers et des branches éparpillées sur la chaussée glissante… Il prend son mal en patience et descend sans prendre de risque, allez, on ne dira pas qu’il a peur, mais lui surtout sait que sur le plat, il refera son retard et dépassera, sans un seul regard, beaucoup de concurrents partis trop vite… Le parc à vélos approche… Marc est au bord de la route, il a crevé ! « M…e alors ! » Ça c’est la première réaction, mais après quelques secondes de réflexion, le « m…e alors ! » devient un « cool, me voici maintenant second »… le tout dans un sourire et un visage illuminé par le malheur qui frappe son collègue de club.

Le parc est là, à moitié plein, à moitié vide, c’est comme vous voudrez. Martine a déjà posé le vélo, mais depuis combien de temps ? Madame et les enfants crient de plus belle et les enfants tendent leurs mains pour qu’on leur donne une petite tape d’encouragement au passage. Gérard esquisse un petit rictus de satisfaction pour rassurer les siens, lève le pousse de la main droite, à l’américaine, « all is all right » et c’est parti pour deux boucles de 5kms…. Le départ de la CAP est rapide, comme à l’entrainement… Les premiers kilomètres sont avalés avec aisance et Gérard double, double, double des triathlètes qui ont l’air bien entamés. Notre triathlète est si bien qu’il en oublie le premier ravito. Il commence sa remontée. Le premier tour est déjà terminé, et la petite famille est toujours aussi excitée. Enfin surtout les enfants, parce que Madame a l’air exténuée. Attendre son homme qui s’adonne à son sport favori est synonyme pour elle de courir après les garnements qui jettent des cailloux dans le lac ou qui grimpent aux arbres, et de rechercher de quoi manger pour les trois petits ventres qui réclament toutes les cinq minutes une saucisse du barbecue du coin.

« Tu as vu Martine ? » lance Gérard au passage à sa femme.
« Oui, elle est 5mn devant environ… » répond Madame.

Gérard lance alors toutes ses forces dans la bataille. Objectif : Martine !
Et là, comme par enchantement, Martine est là, non pas à 5mn, mais juste devant, à quelques centaines de mètres… « Ah là là, les femmes et la notion du temps » soupire Gérard, qui accélère. Mais, c’est à cet instant que tout bascule. Il reste 3 kilomètres. La petite gêne au mollet qui lui faisait souci toute la semaine se réveille, là, maintenant, au plus mauvais moment. La douleur s’amplifie et au moment où notre triathlète commençait à entrer dans un état de grâce, il se voit obligé de ralentir en regardant inexorablement les petites fesses de Martine s’éloigner de lui. Il est vert de rage, il fustige intérieurement et se force même à marcher un peu tant la douleur est vive maintenant. « Au mental ! » comme disent les triathlètes qui se croient obligés de tout donner et qui ont un égo à défendre. Gérard finit la course pour ne pas se faire rattraper par Marc et surtout par Michel que l’on a laissé derrière depuis si longtemps. La ligne d’arrivée est proche, la petite famille l’attend, le chrono est honorable, toutes ses raisons poussent notre néophyte sur la distance à finir son premier CD.

Gérard franchit la ligne, il est finisher. Il a franchi un cap ! La fin de course lui laisse cependant un petit goût amer dans la bouche, car, il est derrière Martine mais fort heureusement il est in extrémis devant Marc qui finira dans sa foulée et fort heureusement bien loin devant Michel.

Quelle journée ! Même si Gérard refait la course avec ceux qui y étaient, notre sportif ne pense qu’à son mollet qui le fait souffrir. Oubliée cette natation satisfaisante, oublié ce bon parcours vélo, oubliés les premiers kilomètres à pied, oubliée la satisfaction d’avoir fini son premier CD… Il ne reste que le mollet et… Martine ! Que l’on n’a pas pu rattraper.
Triathlète, serais-tu perfectionniste ?

Gérard retrouve les enfants qui sautent de joie et Madame qui a été si patiente. Pour eux, il amorce un beau sourire de vainqueur, annonce à sa femme qu’il s’est fait un peu mal au mollet mais jure qu’il est très content de sa course, que tout va bien et qu’il ne pouvait pas faire mieux ! Au fond de lui, ce n’est pas vraiment ce qu’il pense, mais il faudra bien ruminer quelques jours avec.
Martine, Marc et Michel sont satisfaits de leurs premiers CD, surtout Martine, qui fièrement, pour en remettre une couche, rajoute fièrement que jamais elle n’aurait pensé finir devant trois hommes… Sacrée Martine ! Si tu savais comme….

Voilà, la course est finie. Les guerriers repus du même club rangent leurs affaires dans leurs sacs et rattachent leurs fidèles montures sur leurs portes vélos respectifs. Il est temps de se quitter et de retourner chacun chez soi. Les enfants trouvent éperdument de quoi s’occuper pendant ce temps, il y a bien encore une ou deux flaques d’eau près de voitures dans lesquelles ils peuvent se salir encore un peu.

Nous sommes sur la route du retour. L’objectif de la saison est passé. Gérard est au volant et ne dit pas un mot, Madame regarde la route avec attention au cas où son héros de mari s’endormirait après son effort triathlétique de la journée, et les enfants, eux, se sont endormis sous le ronronnement du diesel de la voiture.

Gérard est pensif. Il refait sa course. Il faut qu’il progresse dans les bosses. Et s’il n’avait pas eu ce maudit mollet… Comme tout triathlète, il refait le point, et finalement (hormis de finir derrière Martine), son premier CD est un succès. Il termine au milieu du classement.
Les pensées de Madame, elles, sont toutes autres. Elle va perdre un triathlète mais retrouver surtout un mari et un père. Les affaires de la maison vont rentrer dans l’ordre. Enfin, elle va pouvoir respirer. Finies les contraintes hebdomadaires où il a fallu rassurer Monsieur sur son état de forme, finies les réponses où il a fallu mettre de l’eau dans son vin pour ne pas vexer son triathlète en herbe, finie cette énergie gardée au fond d’elle-même et où il a fallu subir les sauts d’humeurs de son triathlète de mari. Finalement, elle va souffler, et elle finit elle-même par reconnaître que la course ne s’est pas trop mal passée finalement.

Le silence se brise enfin.
« Alors, tu en penses quoi de ma course? » demande Gérard.
« Tu as assuré mon chéri, c’est bien, je trouve. » répond elle en faisant bien attention de ne faire allusion à la belle course de Martine pour pas froisser son héros de mari.

Gérard esquisse un sourire de satisfaction. Quoi de plus valorisant que d’être sorti grandi auprès des siens ! Quelques kilomètres passent encore. Gérard met alors la main sur la cuisse de sa femme et ajoute d’un ton sérieux et sûr de lui :
« Et si l’an prochain, je me lançais sur un IronMan ? Qu’en penses-tu ? »

Pas de réponse.

Madame vient de tourner la tête vers la fenêtre, à sa droite, en levant les yeux vers le ciel comme pour implorer celui-ci de lui venir en aide. Préparer un CD fut une galère, alors un Iron… je ne sais pas quoi ? Encaisser encore des heures d’absence avec les enfants qui ne tiennent pas en place, se plier aux entrainements du club, se ruer dans la foule que génère un tel évènement et le pire de tout, supporter les frasques et les lamentations de Gérard pendant de longs mois… du style :
« Oh, il pleut encore, quand est ce que je vais rouler ? », « l’hiver n’en finit pas, j’ai du retard en course à pied », « on mange léger ce soir, demain c’est récup’ », « n’oublie pas de m’acheter des barres de céréales pour ma sortie de demain », « les gars du club sont plus affutés que moi », « ce soir, je suis crevé, on ne sort pas au restaurant, la séance natation m’a achevé »… etc… etc…
Madame connaît la musique par cœur, et cette musique risque de durer des mois. Elle ne souhaite pas repasser par des moments qui lui sont devenus difficiles à vivre.

Alors, dans un réflexe, juste celui qu’il faut pour le silence ne soit pas trop long, elle se tourne en souriant vers Gérard, si fier de lui de se trouver un nouveau défi, et lui lance du bout des lèvres, avec intelligence :
« Repose-toi pour le moment. On verra. Hein ? »

La réponse de sa femme, si vague, et que lui surtout n’oubliera pas puisqu’il la prendra comme un acquiescement de sa part, sera fatale.
Un jour, il sera un IronMan.

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commentaires


16 Octobre 2010, par : kb10Excellent. Ces articles sont passionnant et drôle, merci !


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