Gérard et l’objectif de la saison #2
Photo par Xtriathlon
La visualisation, la relaxation et la respiration sont habilement contrôlées. Elles ont une influence directe sur la tension et l’anxiété. Aussi, Gérard s’allonge régulièrement pour visualiser sa future course, où la plupart du temps, il ne va jamais jusqu’au bout et donc ne se voit jamais la finir.
C’est dans ces derniers jours qu’il faut instaurer une routine qui confortera notre athlète dans des sensations positives. Routine qui devient un enfer pour les autres, une contrainte pour lui-même et crée une atmosphère tendue dans toute la maisonnée.
- Non, n’entrez pas ! Papa fait la sieste ! …
Enfin, s’il y arrive, car les enfants avec leurs cris incessants perturbent une visualisation déjà des plus floues.
Le plus dur de cette semaine est donc pour le conjoint, qui lui aussi vit une compétition en tant que telle. Jusque là , le triathlète partageait les tâches quotidiennes de la maison, mais lors de la dernière semaine, Madame fait tout : le ménage, la douche des enfants, les repas qui se doivent être équilibrés, la vaisselle, les courses, l’achat des dernières barres de céréales, les valises avant le départ, les T-shirts d’encouragement pour la course. Elle téléphone à la famille et aux amis car le futur compétiteur ne souhaite aucune onde négative avant son rendez-vous crucial. Elle gère d’une main de maître les dérapages et les excitations des enfants. Pendant ce temps, le triathlète se remplit d’énergie alors que Madame se vide complètement de la sienne et finit sur les genoux. Quelle patience, quel dévouement !
Jour J-1.
La veille de la compétition tant attendue arrive enfin. La
voiture est chargée au millimètre près, avec une priorité Ã
toutes les affaires de notre champion en herbe.
- Chérie, c’est quoi cette valise là ?
- Les affaires des enfants.
- Quoi, tout ça, ils sont tout petits et ils en ont plus que moi…
sans compter que nous passerons qu’une nuit là -bas !
Le vélo est bichonné et attaché pendant des heures sur le porte-vélo pendant que la check-list est parcourue au minimum trois ou quatre fois. Madame, avec agacement, lance alors furtivement la phrase qu’il ne fallait surtout pas prononcer mais qui plane depuis maintenant des mois au dessus de la maisonnée :
- Bon, arrête de fignoler, ça va, après tout ce n’est qu’un Triathlon non ?
Alors là , Gérard monte soudainement en pression, se sent
incompris et râle de plus belle dans son fort intérieur, déjà que
cette foutue voiture n’est pas assez grande ! Lui, maniaque, qui
aime tant que tout soit bien à sa place. Le rangement durera
ainsi toute la matinée, enfin si Madame ne demande pas le
véhicule pour aller chercher au magasin les couches-culottes pour
le petit dernier qu’elle a malencontreusement oublié.
Un repas copieux de sucres lents est rapidement ingurgité, puis
la petite famille prend la route pour se rendre à l’hôtel, qui se
situe à quelques kilomètres du départ. La route est longue et
entrecoupée de pauses forcées : une fois ce sont les enfants qui
ont envie de faire leurs besoins, une autre fois c’est notre
triathlète, qui a force de s’hydrater par petites gorgées
successives, à la vessie qui enfle, puis c’est au tour de Madame
qui conseille à son valeureux champion de s’arrêter pour faire le
plein d’essence et que ce n’est pas la peine de se presser comme
çà . Gérard, impatient, n’a plus qu’une seule envie, c’est
d’arriver au plus vite pour se reposer et retrouver Michel, Marc
et Martine, les MMM’s du club qui s’aligneront sur la même course
que lui demain. Avec eux, il va pouvoir refaire l’histoire de la
course de l’an passé (l’année où ils débutaient tous et qu’ils
s’étaient alignés sur le Promo). Cette année, ils seront tous sur
le CD, avec les « grands » ! Les enfants sont également
impatients d’arriver car les premières chamailleries se font
entendre à l’arrière.
- Mais ce n’est pas vrai ! Ils sont bien énervés aujourd’hui !
…
- C’est comme ça tous les jours, répond Madame sur un ton
monocorde.
Et c’est là , en plein milieu de parcours, que l’athlète coupe la radio momentanément pour poser la question innocente qui revient à chaque déplacement :
Chérie, tu as bien fermé la porte à clef ?
Un silence. L’hésitation fait planer un doute qui en dit long, puis là , à demi-mot, on entend.
- Oui, je crois…
Va-t-il falloir retourner au bercail ? Le « je crois » finira t-il par devenir un « j’en suis sûre. » (Avez-vous remarqué, j’ai bien écrit sûre et non sûr). De longues minutes passent… Ils ne feront finalement pas demi-tour.
Nos voyageurs arrivent bientôt à destination. Par contre, la météo n’est pas au rendez-vous, il pleut sans discontinuer et une reconnaissance du parcours s’avère inutile. Gérard prend sur lui et file directement à l’hôtel, un hôtel 3 étoiles, qu’il a minutieusement choisi pour son emplacement (proche du plan d’eau), son confort et sa tranquillité. Il a d’ailleurs eu un tarif dégressif puisque Michel, Marc et Martine y passeront aussi la nuit.
Voilà notre petite famille qui s’installe. Gérard refait le nième tour de la check-list, alors que l’on frappe à la porte de la chambre, pendant que les enfants, énervés par la route, se défoulent sur le lit qui fait entendre tous ses ressorts mal huilés. C’est MMM’s. Eux aussi viennent d’arriver.
« Alors comment tu te sens Gérard? » demande Martine.
« Bien, relax, on verra bien hein ? » répond Gérard.
« T’as vu le temps pourri ! Si demain c’est comme ça, ça risque
d’être dur » ajoute Michel.
La suite bientôt !
Retour sur la première partie


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commentaires
28 Septembre 2010, par : cantalmanM'est avis qu'on n'est pas loin du biopic, vu la précision des dialogues !!! :))))
Cool !