Publié le: 21 Aout 2010
Par: Cantalman
La saga de l'été

Saga de l'été : La première fois

Photo par TT

Partie 1

Mon souffle s’accélère. De grosses goutes de sueur perlent sur mon front et dégoulinent lâchement jusqu’à mes paupières rien que pour brouiller ma vue. Mon cœur s’emballe et tout mon corps est tendu. Elle est là, lovée au creux de mes jambes. Latente... Je la sens venir. Je n’ose presque plus bouger. Je me raidis malgré moi. J’essaie de penser à autre chose : le premier tiers prévisionnel qui approche, le sourire béat de mon dentiste dont l’haleine dégage un incertain relent fait de Cantal entre-deux et de liqueur de gentiane, ma dernière rencontre avec un arbitre motorisé dont le pilote, grâce à un majestueux mais impulsif écart me fit se ficher le carton, jaune je crois, en plein dans la narine droite et embrasser l’instant d’après un bitume rugueux dont j’aurais préférer éviter le drafting... Je sers les dents, mon esprit s’ankylose sans parvenir à diffuser cette ténue sensation au reste de mon être. Après tout, je ne suis qu’un homme...mais pas de fer, pas encore... Je renonce, j’abdique... Et paf ! Malgré tous mes efforts, je ne peux la retenir... Houhouhou, la vilaine crampe aux quadris à la sortie du parc à vélo...

C’est mon premier triathlon. Un gentil petit tri « découverte » au fin fond de la Corrèze en été. Un gentil petit tri rien que pour découvrir donc et tester en douceur l’enchaînement de mes trois disciplines préférées que je n’ai pour l’instant pas encore confrontées à la ceinture porte-dossard toute neuve que je viens d’acheter...
Prudent autant que timoré, j’ai passé de longues semaines à débusquer puis à élire celui sur lequel je m’alignerai : pas trop loin, pas trop pentu, plutôt ombragé. Avec la patience du viticulteur qui replante quelques ceps après des années de lutte contre Dactylosphaera vitifoliae et qui sait rester objectif, j’ai fini par choisir...
Sauf que là, mauvaise pioche ! Le gentil petit tri bucolique s’avère être également un sprint qualificatif pour le championnat régional !
Je vous raconte pas ma tête en arrivant sur le parking en Polo (la voiture, pas le T-shirt à col !) avec mon vieux cannondale qui se bronze la couenne sur le porte-vélo arborant un prolongateur déniché dans une grande surface spécialisée dont le poids suffirait à m’inscrire à n’importe quel tournoi d’haltérophilie de la plus ignorée des anciennes républiques soviétiques et mon shorty de planche à voile dans le coffre, taillé dans un néoprène plus rêche et moins souple qu’un ersatz d’éponge scotchbrite qui aurait séjourné trois semaines sur la plage arrière !
Bref, je me gare. Je descends de la voiture. Je balaye d’un regard circulaire tout autant que circonspect le panorama qui s’offre à moi... Je sors mon portable. J’appelle ma femme. Elle décroche. J’hurle :
« J’y vais pas ! »
« Quoi ? »
« Je le fais pas... C’est l’horreur ! Tu vois pas c’que j’vois ! »
Parce qu’effectivement, ce qu’elle voit pas, mon épouse bienveillante mais néanmoins étonnée, c’est que l’endroit grouille de spads quasi jumeaux de ceux qu’on trouve dans les magazines spécialisés avec de drôles de guidons, des tubes profilés, des développements énoooormes, poussés par de gigantesques éphèbes bronzés, torse nus, la plaquette de chocolat au ventre et la combi en yamamoto 38 sur l’épaule, s’apostrophant d’un « hey man » et se claquant l’omoplate dans un geste viril de décurion et dont le deltoïde frémissant n’est marqué que par la fine trace d’une trifonction sans doute bien plus technique que le marcel en lycra que ma petite chérie m’a acheté à la foire de la saint Urbain le week-end dernier...
« Attends », me dit-elle, toujours pragmatique et enclinte au désamorçage de stress. « T’as pas fait toute cette route pour rien ! ». Elle me coupe la chique, la maligne... Car c’est un bon argument pour l’auvergnat d’adoption que je suis... O.K. Je reste... Par économie !
Faisant contre mauvaise fortune, bon cœur, je me dirige vers le marabout kaki abritant quelque bénévole accortes qui officie et remet les dossards aux futurs concurrents sous l’œil officiel d’un arbitre raidi et verticalement rayé de noir et de blanc. Un Buren, en quelque sorte, ne serait-ce que pour agrémenter ce récit d’une homéopathique dose de culture...
Je m’approche du duo, aussi tranquille que l’automobiliste lambda en règle mais qui se retrouve tout chose lors d’un banal et anodin contrôle routier à la vue de l’uniforme et je présente ma virginale licence...
« Ah ! Ah ! Ah ! » Rigole la jeune femme qui me tend la poche plastique correspondant à mon patronyme et que chacun d’entre nous convoite avec envie et empressement à la moindre compèt’ tant elle contient de surprises... Super, un T-shirt ! Si je m’attendais !
« J’espère que vous n’êtes pas superstitieux » s’exclame-t-elle : « vous avez le numéro « 13 »...
Je sors mon portable. J’appelle ma femme. Elle décroche. J’hurle...

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