De retour à Roth après une course 2009 teintée d'amertume et au
goût d'inachevé, Frédéric Reynouard avait entrepris cette année
de ne pas laisser passer l'occasion unique de passer la ligne
d'arrivée avec ses enfants. Une joie non dissimulée, plus
importante que celle d'un chrono. Ce qui ne l'empêchera pas
d'améliorer ce dernier de plus de 20 minutes !
Roth, ou quand l'agréable peut rimer avec performance…
Comme tout athlète qui se respecte, je trouve des points positifs
pour combler ces lacunes : je serai sans doute un peu plus
frais physiquement, aucune raison de stresser on fera ce qu’on
pourra, et puis surtout pour me galvaniser cette année, j’ai
une belle revanche à prendre sur Roth 2009 : entrer dans
l’arène d’arrivée avec mes deux garçons !
Enfin, quelques phrases ou SMS d’encouragements reçus avant
l’échéance m’accompagneront le jour J.
« Ca se fera à l’expérience », « start
smooth your marathon and finish good », « no pression
and enjoy ».
Nous arrivons à Roth le vendredi 16 juillet vers 17h30. L’installation dans le gite est très rapide et je file tout seul au dossard. Toute la famille est bien fatiguée par la route (950kms) mais je suis tellement heureux d’être là . L’atmosphère qui plane autour de l’événement est géniale. L’accueil est comme d’habitude impeccable. Je récupère le BIB 1661 vers 20h30 et en flânant dans les allées du site d’arrivée, je regarde avec amusement les T-shirts de finisher portés par de nombreux concurrents. Quel bonheur d’être là !
Samedi matin, je décide de faire 30mn de vélo sur les routes vallonnées de la région. Quelques gouttes de pluie font leur apparition. La matinée sera consacrée à la préparation des sacs et aux derniers réglages de la monture. Après le repas, nous partons en famille vers le départ natation le long du canal d’Hippolstein pour y déposer le vélo et les affaires de CAP. Cette année, j’ai confectionné une petite ceinture spéciale avec quelques gels pour le marathon. ;-)
Je pénètre dans le parc au milieu des centaines de montures et me dirige vers mon emplacement. Je dégonfle les boyaux et recouvre le vélo d’une bâche blanche fournie par l’organisation. Le vent se lève et des gouttes de pluie commencent à tomber. Je souhaitais préparer mes barres énergétiques, scotcher mes gels sur le cadre et laisser les chaussures vélo : tant pis, je ferai tout le lendemain matin.
J’erre dans le parc du côté de la sortie Natation et repère l’endroit où je dois récupérer le sac à la transition. Arrive Chrissie Wellington ! Je la regarde installer son spad. Elle est impressionnante physiquement : des jambes fuselées et sèches, un poids plume taillé pour notre sport. Elle passera son temps à sourire et à répondre aux questions des organisateurs avec une grande gentillesse.
Nous décidons de partir pour faire quelques courses et profiter
des derniers instants de détente avant le jour J. Je suis
impatient d’y être.
La soirée sera agitée. Un orage éclate vers 19h00 et il pleut
fort avec un vent à décoiffer un chauve. Avant d’aller me
coucher, vers 22h00, le ciel bleu semble revenir.
Demain, je compte sur mes supporters pour que ce soit une belle
journée.
L’avant course : Sérénité
A ma grande surprise, je passe une nuit reposante. Je me réveille
vers 2h45 puis vers 3h45. A 4h00 pile, je me lève, c’est l’heure
du petit déjeuner du triathlète. J’enfile un short et une petite
veste car la température est fraiche. Je quitte le gite à 4h30.
Il fait nuit, et je profite de ce moment solitaire pour penser Ã
la longue journée qui m’attend. Pour tout vous dire, à cet
instant, j’ai un peu peur du vélo car je me sens
« juste » sur cette épreuve. Des phares de voitures me
précèdent, ils vont étonnamment dans la même direction… Le jour
se lève tout juste lorsque j’arrive sur les lieux. Il est 5h15.
Comme tous les concurrents, je marche avec mes sacs sur le dos
tout en mastiquant des portions de gatosport. Ca y est, je
pénètre dans le parc à vélo. On y est, enfin !
Le pont au dessus du canal est bondé, les vagues de départ se succèdent… et ce sera bientôt mon tour… J’enfile la combinaison 15mn avant le coup libérateur, dépose mon sac avec mes affaires civiles, et me dirige vers le sas de départ après un passage rapide (mais obligé) aux toilettes.
Le temps est passé très vite finalement, et je me rends compte
qu’il reste 5mn. Je suis dans le sas d’appel, avec les bonnets
violets, celui qui suit les bonnets bleus de 7h00.
Je suis étonnamment détendu, sans pression, heureux d’être lÃ
tout simplement ! La musique retentit et
« boum ! », le canon vient de libérer la vague
précédente.
La vague 10 pénètre dans le canal. Le pipi de la peur dans la
combinaison et nous nous approchons de la « start
line ». L’hymne Rothien commence et et et… BOUM ! C’est
parti !
Pour info, 3237 triathlètes sont inscrits en individuels :
16 vagues de départ. Il y aura 2677 finishers !
Natation : une trajectoire qui laisse à désirer
Je débute ma natation assez rapidement et je me sens bien.
J’avance sur un bon rythme et je sens que les entrainements ont
payé. Vers 500m, les épaules commencent à être lourdes, comme Ã
chaque fois… j’ai toujours un moment pendant cette épreuve qui
n’est pas très agréable, où je sens du poids sur les épaules. Et
puis, je me retrouve tout seul au milieu du canal, un bénévole
sur un canoë m’indique de nager plus à droite… Je corrige le tir
et quelques centaines de mètres plus bas, même chose. Pendant
toute la natation, j’ai eu ce sentiment confirmé à plusieurs
reprises que je ne nageais pas droit. C’est la première fois que
cela m’arrivait. D’habitude, je sais plutôt bien m’orienter et je
ne sais pas pourquoi j’ai eu tendance à obliquer ainsi sans arrêt
vers la gauche. Ah pour sûr, je n’ai pas été ennuyé par les
autres concurrents ! Le demi-tour sous le pont se passe
bien. Sur le retour, je retrouve un bon rythme même si je me
déporte toujours vers la gauche, au centre du canal alors que
j’avais prévu de longer la berge. Je rattrape des triathlètes
partis une, puis deux vagues devant moi. Proche de la sortie, au
retour vers la fin de la natation, je double même des bonnets
partis trois vagues devant… je ne suis pas confiant du chrono que
j’estime vers 1h13/1h15 à cause de ma nage non rectiligne. La
sortie approche puis sur 200m je mets les jambes en route et
accélère jusqu’à la sortie. Hissé par un bénévole, je sors,
retire les bras de la combi, regarde le chrono. 1h11. Ouah !
1mn de moins que l’an dernier. Quelle surprise ! Bon, pas de
quoi s’enflammer non plus hein ? Je récupère le sac et me
dirige sous la tente de transition.
Cette nage peu rectiligne est peut-être due à des séances
uniquement en piscine. L’an dernier, j’avais nagé en lac Ã
plusieurs reprises.
J’attaque les premiers kilomètres en pensant à bien boire et manger. Mais les 30 premiers kilomètres, même si la moyenne est assez bonne (35km/h) ne seront pas terribles au niveau sensations. J’ai mal au ventre. Heureusement le parcours est plutôt roulant, à part deux petites bosses à 10%, rien de bien méchant. Les maux de ventre s’en vont au fil des kilomètres, juste après la bonne montée de Gredding. A chaque ravitaillement, je prendrai un bidon d’eau. Je bois pas mal et mange peu. Je n’ai pas très faim. Le vent s’est levé, il n’est pas très fort, mais sur le plateau après Gredding (tu te rappelles Laurent), il est un peu gênant…La moyenne baisse. J’amorce la descente en lacets et relance derrière. L’envie n’est pas là , je pédale sans conviction jusqu’au Solarberg ! Ahhhhhh le Solarberg ! Quel bonheur ! Indescriptible !
L’an dernier, à l’inscription, j’avais annoncé 12h30 comme objectif, cette année 11h00, et à fortiori je suis parti dans une précédente vague… J’arrive donc sur la montée du Solarberg bondée de monde… Incroyable ! On amorce la bosse par une rangée de barrières puis on s’engouffre au milieu du public international amassé sur cette célèbre bosse. Nous montons en file indienne au milieu de la foule qui se penche pour voir les triathlètes et qui s’écarte au tout dernier moment sous les « hop hop hop », les crécelles qui tournent et la sono à fond… J’en ai des frissons… Quelle ambiance ! Il faut le vivre pour le croire. Cela me relance. Derrière, je fais la fin de la première boucle avec de bonnes sensations. Je regarde le chrono, 2h44. Mince ! Comme l’an dernier, pas mieux. Je suis prêt à commencer le second tour quand la voiture chrono, suivie du leader de la course, klaxonne. Il me double, bien allongé sur son cintre et je tourne juste après pour 90kms que j’entame prudemment, car finalement, je me sens un peu juste…
Je bois bien et me force à manger. La partie qui mène à la bosse de Gredding me semble interminable. Je m’allonge sur le cintre quelques kilomètres et me redresse de temps à autre. Je n’arrive pas à rester comme d’habitude aussi longtemps en position aérodynamique. J’attends presque la bosse avec impatience. Je monte plutôt bien. Sur le plateau, le vent est plus fort. Boire, manger sont mes deux seules préoccupations, même si je n’ai pas très faim. Arrive le Solarberg à nouveau… Le plaisir est le même, il y a encore beaucoup de monde et les « hop hop hop » me galvanisent pour la fin du parcours. Allez ! Je décide d’attaquer… Sur cette partie, je doublerai beaucoup de féminines parties à 6h20, soit 45mn avant moi.
Bizarre, je me sens super bien pendant 25kms, je ne fais que dépasser des triathlètes à 37-40km/h. Je verrai par la suite que j’ai fait les 30 derniers kilomètres à 38km/h de moyenne. Ah si j’avais pu avoir ces sensations avant ! Je décide de ralentir à 2kms de l’aire de transition, histoire de me relaxer un peu, car j’ai un mal de reins incroyable. Oups ! Il va falloir courir maintenant !
Je donne le vélo à un bénévole. J’ai très très mal aux reins. Dire qu’il va falloir courir !
J’enfile les chaussures, récupère un gel que j’avais glissé dans l’une d’entre elles, et je mets ma ceinture avec 6 gels que j’ai prévus de prendre tous les 6/7kms.
Allez, c’est parti pour le marathon… oups, plutôt, aïe, c’est paaaarrrttttiiii…
Les premières foulées sont très douloureuses. Le bas du dos me fait terriblement mal. J’avale un gel et un verre d’eau en courant… 5’14’’ le premier kilo… Mouais, pas mal. J’attends ma petite famille qui m’avait donné rendez vous au KM2… Personne ! Grrr !
Où sont-ils ? Ah tiens, voilà Chrissie. Je la croise, elle ne court pas, elle vole… et en plus elle rigole… Gosh ! J’avance, le dos me fait souffrir, mais je pense déjà à l’arrivée avec mes garçons. Pour eux, je n’abandonnerai pas… Au KM3, ils sont enfin au bord du chemin…
« Allez papa, allez papa ! » Je me baisse pour leur faire un
bisou chacun, « ouah », j’ai mal au dos. Ma femme me demande si
ça va, je réponds : « très mal au dos, c’est dur, mais ça va
passer ! Jusqu’au bout»…
Ca y est, j’entame les longues lignes droites qui suivent le
canal ! Tous les deux kilomètres, je ne saute pas les
ravitaillements. Je marche à chaque fois 20 secondes, le temps de
boire un verre d’eau et un verre de coca… et ça repart ! Deuxième
gel ! KM 9, le mal de dos disparaît. Je me sens pas mal du tout.
Avant le demi-tour au KM13, je retrouve la petite famille qui
m’encourage à pleins poumons. On me demande si ça va mieux… Je
réponds : « oui, je viens de prendre un coup de fouet, ça repart
bien ! »… Demi-tour dans le village où il y a une sacrée ambiance
et retour vers l’écluse. J’entame une cinquante de mètres avec
mon grand garçon à ses côtés, il rit, je suis content.
Je lui dis : « ensemble à l’arrivée avec ton frère ! A tout Ã
l’heure ! » KM15, je suis bien, j’ai envie d’accélérer… et là , je
repense à la phrase de Dirk, mon pote allemand : « run smooth and
finish good »… Je ne me laisse pas emporter par mon envie, je
reste sur mon rythme et de toute façon je double beaucoup de
concurrents. Le canal est long long long, mais je n’ai pas de
lassitude… Certains marchent déjà . En passant, je leur dis : « go
go go, never start walking ! »… le semi est là ! Je suis très
bien, si bien, que j’ai oublié de prendre un gel en route… KM24,
toujours bien, mais ça commence à tirailler un peu… le rythme
ralentit. KM27, j’approche du demi-tour sur la partie basse du
parcours. La venue d’une petite crampe réveille mon mollet… Je
bois abondamment au ravitaillement suivant après avoir pris un
gel. Les petites décharges électriques dans les mollets ne me
gênent pas plus que cela, et disparaissent vers le KM33. Un gel,
un coca, un morceau de banane et de l’eau, et me voilà reparti
vers la ligne d’arrivée… La récompense est au bout !
J’accélère encore un peu, et ça passe bien… KM37, je suis bien,
très bien même. Je décide d’accélérer progressivement. KM38, déjÃ
! KM39, tout va bien… Allez, on va rentrer dans Roth après un
petit raidillon et ensuite, ce sera 2.5kms dans la ville de Roth.
La fin du parcours est formidable, du monde de partout qui
m’encourage. Depuis le KM36, je n’ai fait que doubler des
concurrents et dans Roth, j’avale encore des places… Je tourne Ã
4’20’’ au kilo, ah si je pouvais tourner le marathon tout le long
comme ça ! Je double encore des triathlètes fatigués, et moi je
suis sur un nuage ! Je regarde mon chrono, je ferai mieux que
l’an dernier… « A l’expérience » on m’avait dit… peut-être.
L’arrivée : la revanche de 2009.
Je ne suis plus très loin. J’avance toujours bien et la foule
amassée derrière les barrières me galvanise… Je tape les mains
des spectateurs. Au même endroit que l’année dernière, mes deux
garçons m’attendent…
Cette fois, je passerai la ligne avec eux ! Cette fois, je ne les
oublie pas… Ma revanche est à quelques mètres ! Ca y est je
rentre dans l’arène, avec mes deux fistons qui courent à mes
côtés…
Le grand est heureux, le petit a du mal à suivre… Oublié le mal
de dos, oublié la fatigue, je le prends dans les bras… Nous
saluons la foule qui nous acclame !
Les enfants rient, je suis heureux. Ma revanche, ma récompense
est là !
Avec le recul, on n’en profite pas assez de cet instant magique…
que ce fut court !
Je passe la ligne, Félix (l’organisateur de la course) me prend
dans ses bras… Le chrono affiche 11h37… Mince alors 10h32 !
Quelle surprise !
Je ramène les enfants et file me faire masser par une très sympathique volontaire. La journée est terminée. Quelle belle journée ! Et pour couronner tout ça, c’était la Saint Frédéric, alors !
Le bilan :
J’étais venu pour ça. Rien que pour ça ! Prendre ma revanche sur
la déception de l’an dernier.
C’est fait ! Et avec la manière puisque j’améliore le chrono de
20mn malgré une préparation chaotique. Comme quoi !
Je suis un peu déçu de mon vélo, il y a du travail à faire de ce
côté. Par contre, je suis très très satisfait du marathon surtout
sur le final, car j’ai su l’appréhender comme il le fallait, sans
chercher à faire une performance et en jouant sur l’expérience.
Au vue de ma préparation, je ne pouvais pas espérer casser le
chronomètre. Roth 2010 aura été un très bon cru, ayant participé
à une course qui restera dans les anales de notre sport, avec un
record du monde « impressionnant » de Chrissie Wellington et un
Rasmus Henning superbe vainqueur à 2mn du record du monde…
Que ceux qui hésitent encore à faire du long se lancent ! Être IronMan c’est quand même autre chose… le plaisir est décuplé !
Les chiffres :
10h32 – 706ème – 673ème homme/169ème M35-39
Natation : 1h11 – 1194ème place au général (1194ème temps sur
2677 finishers).
Velo : 5h27 – 970ème place au général. (941ème temps sur 2677
finishers).
CAP : 3h46 – 706ème place au général. (610ème temps sur 2677
finishers).


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commentaires
26 Juillet 2010, par : y4nn1ckBRAVO Fred, une belle course, et un récit qui donne envie d'y être, je suis vraiment content pour toi, cela n'a pas été facile et pourtant tu l'a passé la belle journée que tu convoitais, c'est top.
A lire ton récit mes propres souvenir mon expérience récente remontent avec bonheur
Merci d'avoir partagé ce moment
26 Juillet 2010, par : BUBUCHDeux triathletes MEUDONNAIS juste derrière venus en masse à 30, oui 30 courir ROTH
29 Juillet 2010, par : runningmikeBravo, beau récit, belle course et belle perf partagée en famille.
J'aimerais bien vivre ces moments.
Mickael