Christophe Spelmans, alias "Fironman" a une longue carrière sur la plus noble des distances. Auteur de 19 places de finisher un peu partout dans le monde, Roth allait être son 20ème Ironman, après un arrêt sportif qui n'allait pas le débarrasser de son virus !
Au terme de l’IM Wisconsin en septembre 2008,
j’avais décidé de mettre un terme, au moins provisoire, à mon
parcours de triathlète. Faire une pause s’imposait car je n’avais
plus la motivation pour continuer à dépenser de l’argent et du
temps au triathlon, j’avais accompli mes ambitions en 2006 et
depuis je faisais un peu n’importe quoi avec des résultats qui ne
me donnaient plus de satisfactions. Au terme de l’hiver, ne
pratiquant plus ou presque plus de sport et m’étant livré Ã
quelques excès alimentaires, j’avais de nouveau retrouvé un certain
embonpoint oublié depuis 2001 ! Un collègue s’étant inscrit à Roth,
Championnat mondial des pompiers, pour faire son premier complet,
je décidai de me refaire une condition physique en m’entraînant
avec lui. J’ai vite retrouvé l’envie et une condition acceptable,
finalement égale à celle de mon jeune collègue et au mois de mai,
deux mois avant la course, je décidai de m’y inscrire pour faire
mon 20ème « Ironman » !
Après une préparation un peu mieux structurée étalée sur 3 mois,
je me sentais nettement mieux que ces deux dernières années.
Depuis avril, je m’entraînais 15 heures par semaine avec de très
bonnes séances en natation (Merci Marc) et en course à pieds. La
fin de ma préparation a été un peu perturbée par la naissance de
ma fille ce qui fait que j’étais physiquement fin prêt mais très
fatigué au moment de partir vers Roth. N’ayant plus de matériel,
j’ai racheté une combinaison d’occase (que j’ai enfilé pour la
1ère fois la veille de la course !) tandis qu’au niveau du vélo,
j’ai mis un prolongateur sur mon vélo d’entraînement et j’y ai
ajouté une paire de roues Sonic gracieusement prêtées par
Pierre.
Vendredi 4 h, départ de la maison et arrivée vers 11 heures après
quelques embouteillages. J’ai mal à la tête et je suis très
fatigué, je m’inscris et je reviens le soir même pour la pasta.
Je loge à Greding, j’ai encore trouvé une chambre dans un hôtel
car je ne voulais plus de l’inconfort du camping, on devient
vieux ! J’ai essayé le vélo une dans l’après-midi et tout va
bien, je le ferai réviser par Mavic demain midi et j’essayerai ma
combi au Rothsee après le dépôt de mon vélo au parc. Pas la peine
d’en faire plus, je vais dormir tôt et je profite d’une bonne
nuit de sommeil plus que bienvenue. Samedi, après un bon
petit-déjeuner, je passe à Roth pour le vélo puis vers le départ
où je dépose mon bike, je nage un peu, tout va bien : la combi me
va comme un gant ! Repas léger puis au lit à 19h30, toujours
aussi angoissé, je ne dors que deux petites heures !
A 4 heures debout, je déjeune et je pars assez tôt car c’est la
1ère fois que je loge loin du départ et je crains un peu
l’affluence mais finalement ça roule bien et on est bien dirigé
par l’orga, ce qui fait que je suis à 5 heures dans le parc soit
deux heures avant mon départ ! Je prépare mon vélo, mes barres
énergétiques et je passe dans la cabine de purge individuelle
avant qu’il n’y ai de files. Vers 6h30, j’allume le Gamin et
j’enfile la combi, je me dirige vers le départ. J’ai de bonnes
sensations, je crois que je vais passer une bonne journée. J’ai
pronostiqué : entre 1h05 et 1h10 en nat, 5h10 en vélo et 3h45 Ã
pieds pour un finish entre 10h00 et 10h15, ce serait conforme Ã
ce que je vaux mais la course nous réserve toujours son lot de
surprises donc : concentration maximum !
A 7h00, je m’élance en essayant de nager propre et de ne pas
m’essouffler, finalement je prends très peu de coups et après
quelques minutes, je peux nager tranquillement en prenant le
temps de m’orienter et de soigner le geste. Comme je ne serai
jamais un bon nageur, j’essaye de tirer profit de la glisse et de
la technique pour sortir le plus frais possible et dans le
meilleur délai à mon niveau. Je parviens assez facilement Ã
rester concentré et je trouve que le temps passe vite quand on
arrive au demi-tour à +-1500m, je repère un gars devant moi et je
constate que je peux rester dans son sillage sans devoir forcer,
content d’avoir trouvé un poisson-pilote, je ne quitte plus ses
pieds jusqu’à l’arrivée, alors qu’un autre fait de même avec moi
car je sens qu’on me titille la plante des pieds assez souvent !
J’ai trouvé, pour une fois, cette partie natation très agréable
et je suis resté appliqué jusqu’à la fin, je m’extrais de l’eau
en pleine forme, on peut passer aux choses sérieuses.
A 8h11, je commence à rouler, sur le Gamin, j’ai affiché ma cadence de pédalage et mes pulsations, je roulerai tout le parcours entre 80 et 90 rpm et sans dépasser 160 bpm dans les bosses. Je m’en tiens donc à mon plan et je sais que je suis capable de rouler vite sur ce parcours mais il faut assurer la moyenne dans le premier tour car après, souvent, le vent se lève. Il fait sec, la t° est agréable et la route est impeccable comme dab. Les boyaux gonflés à 10 bars, je suis en position très confortable même si pas très aérodynamique. Je me retrouve assez vite dans un « groupe » d’une dizaine de concurrents de niveau égal au mien, on se passe et on se repasse mais je veille à ne pas changer de rythme et à m’en tenir à ma cadence. Tout le premier tour se passe en compagnie des mêmes gars et selon les qualités de chacun, on en voit un lâché en côte, l’autre filer sur le plat ou encore un autre, partir en descente. Nous restons finalement groupés mais sans intention de tricher ou de profiter de la situation, quand au 120ème , je me fais dépasser et pour ne pas freiner, je me retrouve à 3 mètres de sa roue arrière durant quelques minutes, j’étais énervé sur le coup car les mecs dépassent et puis ils coupent leur effort et derrière on doit s’arrêter de pédaler ce que je n’ai pas fait ! Un arbitre est arrivé, m’a hurlé dessus dans sa douce et mélodieuse langue en me faisant comprendre que je devais m’arrêter à la prochaine « penalty box ». Ca y est ! Je me suis fait avoir comme un débutant, quel con ! Je pense d’abord ne pas m’arrêter car finalement, je me fiche de figurer dans le classement final et puis je me ravise et m’arrête pour 8 interminables minutes et ce juste au pied de la côte de Greding. Si je peux uriner et me ravitailler, ce « repos » forcé a le don de me casser le moral et mon rythme, envolées les illusions d’un bon chrono et terminé les bonnes sensations de la journée, à partir de maintenant, tout me fait chier ! Je repars avec des gars auxquels j’avais pris du temps et à présent, je ne parviens plus à les lâcher ! Quelle connerie, même pas mérité en plus. Un Allemand me passe 3 fois et chaque fois ralentit donc je le redépasse ; à la 4ème fois, il me dépasse puis commence à bouffer une barre, je lui ai expliqué son fait en anglais, je ne sais pas s’il a compris ou si c’est ma tête mais je ne l’ai plus revu ensuite ! Le reste du parcours se passe sans encombre et je rentre en 5h 03’ 53, temps réel sans la pénalité mais bon ça compte et il faudra faire avec mais je perds bien plus que 8’ dans l’aventure !
A 13h25, j’entame le marathon, j’ai allumé le Gamin à 5 km du parc vélo et il a pris ses satellites de suite, merveilleuse petite machine ! J’ai programmé un tps au km comme ça je gère un peu selon mes douleurs, ma forme et mon moral ! Sur les 6 premiers km, je n’avance pas trop mal malgré un point de côté persistant mais après, vu la douleur lancinante, je suis obligé de ralentir considérablement mon petit rythme avec des temps de 5:30 à 5:45 au km ce qui est trop lent pour un premier tiers de course mais je n’ai pas le choix pour faire partir ce point, il faut encore ralentir. De retour le long du canal (km 14), la douleur s’estompe enfin et je me dis qu’un marathon en moins de 4 heures serait déjà pas mal et tout ce qui serait, à chaque km, en dessous des 6’ seraient mes « petites économies » pour plus tard ! Mais je parviens à tourner à 5:30 au gré de km et ce jusqu’à la montée dans le bois (km 24). Je souffre assez bien des quadriceps dans les descentes mais à part ça tout va bien, mon objectif à court terme est le marathon sub 4 heures pour le temps final, je regarderai ma montre au 32ème et je rajouterai 1 heure. Ces 8 kms dans le bois et sur l’asphalte ne se passent pas trop bien, je tourne à 5’45, 5’50 au km, incapable d’aller plus vite, chaque foulée me martyrise les quadriceps mais « j’économise » à chaque fois 10 secondes sur mon canevas et moralement, c’est bon ! J’ai oublié de regarder l’heure au 32ème et je n’ai pas envie de calculer car j’ai mal aux jambes, j’attendrai le 37ème et rajouterai ½ heure pour avoir mon temps final car lorsque je rejoins le canal pour les 7 derniers kms, je suis un peu à la ramasse et mes temps ne dépassent plus les 5’45 au km. Au 37ème, je regarde l’heure et, agréable surprise, je peux rentrer en moins de 10h15 à condition d’accélérer sensiblement l’allure. Je décide d’en remettre une dernière couche d’autant que je sais que les kms vers l’arrivée sont plus « petits » mais je souffre quand même bien dans la descente. 3 en 5’20, le suivant en 5’07 et encore un en 5’03, je touche au but, je rentre dans le stade d’arrivée qui est plein comme un œuf et où il y a une super ambiance. Je termine en 10h13, ce qui est très bien mais ce chrono me frustre un peu.
Voilà , c’est terminé, 20 Ironman accomplis, et celui-ci n’était
pas le moins beau. Super orga et super ambiance, comme dab, ici Ã
Roth ! C’est vrai que j’étais sûrement trop près de la roue du
gars mais, j’ai la conscience tranquille, je n’étais pas dans
l’esprit de tricherie. Les arbitres sont certainement moins
regardants avec les pros qu’avec nous mais bon, c’est le
sport.
Je suis très content de la manière dont je me suis préparé malgré
un peu de fatigue à la fin et je pense avoir fait une bonne
course. Les leçons à tirer :
1. Me faire purger la vésicule avant la course pour éviter ce
point de côté
2. Partir sur un rythme plus élevé au marathon et mieux
gérer
3. M’inscrire à Roth avec un tps final espéré de 12h comme ça je
ne roulerai pas dans des paquets à vélo !
4. Un vélo aéro est-il bien nécessaire ?
5. De bonnes roues et une position confortable sont essentielles
sur ce genre de parcours.
6. Essayer de nager un rien plus vite quitte à y laisser un peu
de force, on n’a quand même plus besoin des bras ensuite !
7. Ca m’a donné l’envie de continuer, je suis encore dans le
coup.



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