Du rêve à la réalité
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Pour son premier Ironman, Christophe Noclain avait choisi Lanzarote. Avec une grosse envie et une très bonne préparation, Christophe est allé au bout de son rêve, nager, rouler et courir sur les traces des meilleurs. Et le rêve a même failli se prolonger beaucoup plus loin…
Un rêve de gamin, un rêve de grand bonhomme
même... et ici au bord de l'Atlantique je m'apprête, en ce samedi
matinal, à le réaliser.
Rien n'est gagné pourtant, il faut avoir de la chance, il faut se
battre, il faut se faire mal pendant de longues heures. Et ce
n'est qu'à l'issue d'un long périple achevé en fin d'après-midi
(enfin je l'espère) que je saurai alors si ce rêve est mien ou
pas !
Pas la peine de faire durer le suspens d'ailleurs... mon rêve de
sportif je l'obtiendrais ici à Lanzarote : je suis un Ironman
!
J'ai pour réussir ce pari réalisé une très bonne préparation
spécifique sur les 8 dernières semaines. Et il le fallait car
j'étais loin des 6 mois de préparation, tout en lente montée en
puissance, nécessaires pour boucler convenablement l'épreuve
reine du triathlon.
Arrivée sur cette petite île des Canaries à J-5, avec ma compagne
et le team TriathlonPerformance organisateur du voyage, la
dernière semaine se déroule sereinement et tranquillement. Deux
p'tits footings sur le bord de mer où a lieu le marathon, deux
petites sorties vélo sur les 20 premiers km du parcours et 2
séances de natation également sur le parcours de 1900m.
Le reste du temps c'est repos et découverte de l'île tout en
reconnaissant dans le même temps le parcours vélo. Pasta-party
royale le jeudi soir au Club La Santa (lieu de retrait des
dossards et du briefing) et dépose des vélos le vendredi, veille
de course, dans la zone de transition se trouvant à 300m de notre
lieu de logement de Puerto Del Carmen, çà c'est vraiment le
pied…
La reco des Miradors de Haria et Del Rio ne m'a pas inquiété plus
que cela. Au contraire je suis même plutôt rassuré côté dénivelé
car je m'attendais à des portions beaucoup plus pentues. Par
contre au niveau natation c'est une autre histoire. Ce n'est pas
que la mer me fasse peur mais pour m'être chronométré par deux
fois sur la boucle (36' puis 35' sans vraiment me ménager) je me
dis que mon objectif de 1h/1h05 n'est pas envisageable, je me
fais une raison et fixe alors une sortie de l'eau en 1h10
/1h15.
La vie est belle donc à l'approche de l'épreuve qui me tant
rêver. M’enfin il y a tout de même un truc qui me tracasse...
même si le transport vélo s'est bien déroulé je m'aperçois en le
remontant que ma patte de dérailleur arrière s'est à nouveau
tordue. Sûrement le voyage en TGV vers Paris dans sa housse
flexible qui est en cause, car avec la valise rigide pour l'avion
rien n'a pu bouger.
Je ne prends aucun risque avec le matos et n'essaie pas de
redresser trop fort ce dérailleur, je serais beau tiens si je
pétais tout ! Du coup je suis obligé de faire une croix sur le 25
dents. Les galets frottent sur les bâtons de la Spinergy :-/ ...
ce n'est pas sérieux, c'est même carrément du bricolage mais je
n'ai pas le choix. Et puis ce n'est pas si pentu me dis-je… en
39*23 ça passera !
Samedi 4h30, après 2 nuits à dormir comme un bébé et en pleine
forme donc, c'est le D-Day ! La météo annoncée semble correcte
avec du beau temps et un vent de ± 30 km/h (cool ça aurait pu
être pire). P'tit déj presque normal avec un bout de GatoSport en
sus fourni par Jérôme (faut pas gâcher). Le trac sûrement mais
j'ai bien mal au bide encore une fois, je prends donc une double
dose de SMECTA. J'en avais déjà pris un en préventif la veille au
soir pour m'éviter les mêmes problèmes intestinaux qu'à Gérardmer
!
A 6h je pars en direction du parc à vélo avec Jim et Manu. Arrivé
en bas je m'aperçois que j'ai oublié ma combinaison de natation !
Quel idiot je fais. Je gonfle alors mes pneus et reprend la
direction de l'appart... bonne surprise Christine est réveillée,
nous pourrons redescendre ensemble...
Ce retour à l'appart est un mal pour un bien en somme, cela
m'évite de devoir faire la queue aux toilettes du parc de
transition. Car, et oui, mon mal de bide redouble d'intensité. Là
je suis vraiment inquiet "çà va pas recommencer" me dis-je
!
Avec tout cela le temps est passé super vite. Direction la plage
avec le soleil levant, Christine est là pour m'accompagner
jusqu'au bout … le stress ne me quitte plus ... j'aurais bien
aimé discuter avec 2 ou 3 gars mais nous nous sommes perdus de
vus désormais...
A 10' du départ je vais faire une petite trempette avec une
dizaine de mouvements de bras. Maintenant il est temps d'aller
trouver une place dans le pack.
Placé à une vingtaine de mètre de l'arche sur la droite (la 1ère
bouée est à gauche) avec une jambe de chaque côté d'une barrière
la position n'est pas gêgêne. Mais en même temps avec mon niveau
médiocre en natation vaut mieux pas aller jouer les caïds
devant.
La course:
Natation : 3.8 km
J'entends à peine le départ, c'est le mouvement de foule qui me
fait réagir... je cours à fond vers l'eau et marche le plus
longtemps possible et me jette une fois dégagé devant moi.
Etonnement la bagarre n'est pas là jusqu'à là 1ère bouée (160m),
j'arrive même à prendre à la corde... par contre ensuite sur la
longue ligne droite parallèle à la plage de + de 700m c'est du
costaud. Je n'arrive pas à poser trois mouvements de suite, ce
n’est pas que ça bastonne mais c'est tellement dense que personne
n'est à l'aise. Je décide d'aller chercher l'extérieur quitte à
faire un peu plus, et c'est plus tranquille en effet.
Pas grand chose à raconter d'autre sur cette boucle, c'est juste
chiant... je me dis d'ailleurs que c'est bien cool de nager en
premier, ensuite on est débarrassé de cette corvée !
Sur la fin toutefois je me fais attraper la cheville et pense
avoir perdu mon chip. En fait non il est juste sorti de dessous
la combi...
Sortie à l'australienne au bout de 1900m et consulte ma montre :
28' ! Un instant j'y ai cru, juste le temps de voir qu'elle est
arrêtée en fait (1er tour : 32'10"). J'en profite pour réajuster
mon chip sur la plage juste avant de repartir pour la 2ème
boucle...
La densité sera encore énorme jusqu'aux 2800m, là enfin je serai
à l'aise et essaierai de me mettre le plus souvent dans les pieds
de quelqu'un. Sur le retour je me fous à hauteur de genoux d'un
gars faisant beaucoup de bouillon, j'en prends plein la tronche
mais il paraît que le drafting en natation aide pas mal (autant
croire les bons nageurs comme Piero après tout).
Soulagé en sortant, "çà c'est fait" me dis-je, je le suis plus
encore lorsque je passe à hauteur du chrono officiel indiquant
1h04... c'est pas glorieux mais à mon niveau je m'en contente
largement.
Je cherche Christine du regard mais rien... je m'efforce
alors de remonter le plus de personnes possible en traversant la
plage. Impasse de la douche, coucou à Joël en haut de la rampe et
récupération de mon sac T1 (un bénévole me l'avait préparé...
cool).
Tout se passe à merveille avec le casque et lunettes. Mes
chaussures à la main je range ma combi et donne mon sac à un
bénévole (vraiment efficace... chapeau !) et file à toute vitesse
à mon vélo.
Arrivé à ma place 386 j'enfile mes Adistar® et entends ma belle
de l'autre côté... je lui crie " Une Zéro Quatre ... une zéro
quatre"... après coup je ne sais pas si ça lui disait quelque
chose mais vu mon enthousiasme elle a du être rassurée.
Vélo : 180 km
C'est donc parti pour le plus gros morceau de la journée, rassuré
par le temps honorable (finalement) sur ma nage c'est avec le
sourire aux lèvres que je donne les premiers coups de pédales...
et ça part vite finalement, à mon grand étonnement...
Ce n'est pas rare que je roule à plus de 40 km/h quand le vent
est de travers et presque à 50 avec le vent favorable. La plage
cardiaque cible de 140-145 est légèrement dépassée mais je ne
m'inquiète pas car je sens que je ne "watt" pas tant que ça au
niveau des jambes.
Vers le km17 c'est la 1ère petite difficulté avec une montée de 3
à 4% peut-être mais plein vent de face (j'étais complètement
scotché à 15km/h ici 4 jours auparavant). J'y vais vraiment piano
piano et me rends compte que je reprends du monde tout de même.
C'est là que Jérôme Lemoine me passe tranquille, sans forcer, à
l'aise et avec un p'tit mot d'encouragement...
Jusqu'au km 80 c'est plutôt tranquille, les ravitos sont bien là
tous les 20km... je prends le bidon de flotte et celui de Coca®.
Par contre il n'y a pas vraiment tous les gels et barres
énergétiques Powerbar® annoncés. Encore heureux d'en avoir prévu
une réserve ! L'alimentation/hydratation est ma grande
préoccupation à vrai dire, et je ne doute pas que la réussite de
cette course réside beaucoup là-dessus... Je m'efforce donc de
boire une à deux gorgées et de manger un truc tous les 15/20 km
(bananes / barres etc...)
Ah oui au fait, un mot sur le parc Timanfaya, je le redoutais
celui-là. Finalement il est plutôt bien passé. J'ai profité à
fond des paysages et me suis dit que j'avais une drôle de chance
d'être là. Jai pensé à Eric de l'USCPCA Rp à cet endroit, c'est
lui qui m'a parlé de cet IM et du décor somptueux, et bien on y
est là, et c'est beau et y'a un bon vent dans le pif aussi (ou
sur le côté donnant de belles frayeurs) ... :-))))) Le pire
a été la descente sur La Santa et le long faux-plat roulant qui a
suivi. A mon niveau impossible de me mettre en position aéro,
trop dangereux ! Voir ces vélos devant moi être penchés au-delà
de ce que la loi de la gravité autorise m'a vite fait comprendre
ce que c'était Lanzarote, et encore le vent fût plutôt "gentil"
en ce 23 mai 2009…
Avant d'attaquer le plat principal du menu vélo du jour (Miradors
d'Haria et Del Rio) je me surprends à me dire que ce n'est pas si
difficile finalement (pfffff le kéké ... !). En effet je dois
avoir une moyenne au bout de 80km aux alentours de 34 km/h,
certes avec encore deux montées costaudes (mais bon je les ai
repérées et elles ne me font pas peur), mais avec surtout la
perspective de rentrer sur Puerto Del Carmen (à partir du km 120)
avec le vent et profil plus favorable.
Et bien ces réflexions furent de graves erreurs ! La première fût
de sous-estimer Haria. J'en voyais plus la fin de ce mirador, et
pourtant il ne semblait pas si difficile en mini-bus-:-)). Le
vent pleine tronche, la pente bien hard finalement et puis la
longueur m'ont fait regretter les pensées toutes récentes.
J'aurais aimé ici avoir mon 39*25, surtout sur la fin, le 23
était trop court quand je forçais comme un malade à 10 à l'heure.
En plus de cela j'ai commis une erreur sur les ravitos, je me
suis retrouvé à sec durant toute la montée (le ravito se trouvait
tout là-haut). Finalement ça n'a pas dû avoir d'incidence, enfin
je crois, et m'a permis de monter plus léger ;-)))
La seconde erreur a été de penser que le retour serait plus
facile… mais je reviendrai sur ce point plus loin.
Le point culminant (610m) de ce parcours est donc Haria et j'suis
bien content d'y être, vous l'avez compris, car c'était loooong
mais aussi parce que là-haut m'attendait le ravito perso amené
par l'organisation. J'ai hésité longtemps à en laisser un et je
l'aurais bien regretté tiens : deux pains au lait jambon/emmental
+ un pain au lait nature… ça passe nickel, ça me fait un bien fou
car je me sentais l'estomac vide. Mentalement ce n’est pas anodin
non plus, je suis tout requinqué !
Tout c'la est avalé sur les débuts de la descente en lacets,
c'est une belle route et ça me permet de ne pas prendre trop de
risques. Je repense à ce moment-là aux images TV de l'édition
2008, c'est assez caractéristique comme décor pour s'en souvenir.
Cette fois-ci ce n'est plus du virtuel, j'y suis bien à mon tour
!
Del Rio passe plus facilement, c'est beaucoup moins long aussi,
et puis je me souviens mieux de la montée. La première vue sur
l'île de La Graciosa et la route parée d'un muret de chaque côté
annonce le sommet tout proche. Ouffff me dis-je… un œil sur la
vitesse moyenne : 29,5km/h. Cela a un bien chuté ! Je prends une
barre protéinée, mollie par la chaleur, du fournisseur officiel
et me lance alors, tout content d'en avoir terminé avec le plus
dur, dans une bonne descente très rapide où il faut tout de même
bien pédaler (entre 50 et 60 à l'heure).
C'est là que je m'aperçois qu'il est impossible de passer sur le
12 dents, obligé de mouliner sur le 53/13 qui est vraiment trop
juste ici... je me maudis d'être aussi amateur côté matériel
:-/
Toujours avec le vent favorable mais avec un profil moins
favorable nous sommes vers le km 130/140 sur une portion pour
rouleur... et là j'ai des avions qui me doublent avec une
facilité déconcertante. Inquiet de prime abord je me rassure en
me disant que je me sens bien, que je ne me suis pas forcément
épargné mais que je n'ai aucun signe annonciateur de fatigue, et
puis je trouve que j'ai bien géré mes apports alimentaires et
hydriques alors pas d'inquiétude.
Au km 150 je commence à trouver le temps long et peste chaque
fois que je me retrouve face à un coup-de-cul et/ou avec du vent
de face. Quelle belle erreur encore de penser qu'on rentre sur
Puerto Del Carmen facilement ! Et puis ces panneaux kilométriques
qui nous annoncent à 5 km du terme alors qu'il reste encore 25
bornes, çà m'énerve bien, tiens !
A 10 km de la fin je boude moins, là c'est franchement roulant,
pis je connais... je visualise bien ce qu'il reste à faire et là
je découvre avec joie que, évidemment ma moyenne est bien
remontée, mais que je vais poser le vélo en moins de 5h45…
franchement j'y crois pas ! Voulant faire moins de 6h et espérant
au mieux 5h45 je suis ravi !
Descente sur le bord de mer, virage à droite. Il doit rester 2 km
et là qui vois-je ? Ma Christine au bord de la route, c'est trop
fort ! Je m'empresse de lui montrer mon point rageur en signe de
satisfaction et pour la rassurer sur mon état physique.
Je déroule le long de la mer, vois les marathoniens déjà en route
comme Jammaer et Juhansson (tiens çà me rappelle encore les
images TV !), me déchausse un peu rapidement et pose finalement
en 5h41. En passant sur le tapis et en donnant mon bike à une
bénévole je pense aux copains qui, je l'espère à ce moment -là,
me suivent sur le tracker. Vont être contents de mon temps vélo
me dis-je :-)))))
Tout va très vite à T2, il faut courir au fond de l'aire de
transition pour aller se changer sous la tente. Je troque le
cardio Polar® pour le Garmin 405®, me fait badigeonner de crème
solaire et enfile, c'est une première, les Booster® et mes
Adizero CS2® préférée. Un "Thank U, good bye" lancé à la volée
aux bénévoles et me voilà parti sur le tapis rouge tout en
enfilant casquette (encore une nouveauté chez moi) et lunettes.
Il faut ressortir par l'endroit emprunté lors de l'arrivée à
vélo, ça fait bien encore 250m tout çà !!
Course à pied : 42.195 km
Je déclenche le GPS au passage tapis et me voilà parti pour un
marathon. Enfin c'est pas vraiment ce que je me dis ! Je connais
assez la course à pied et le marathon notamment pour être dégoûté
d'emblée à l'idée de courir aussi long. Alors je me dis que je
pars pour quatre tours de manège, c'est en effet un A/R de 10,5
km le long de la mer qui nous est proposé et vu comme ça, je sais
c'est p'têtre bête, mais ça semble plus sympa…
C'est tellement sympa et je me sens tellement bien que je pars
comme une fusée. Au bout d'un km je suis à 16,5 ! Au bout de 5km
toujours à 16 à l'heure. Entre-temps je croise Christine et
Nadine avec un p'tit mot "j'suis bien, j'suis bien ..." leur
dis-je!
Premier demi-tour, relance et là d'un seul coup mon ange blanc se
réveille secoué qu'il doit être par le soleil hardant. "Tu crois
que tu vas courir 3h à cette allure là mon gars ? " semble-t-il
marmonner. La réponse n'a pas le temps de venir que déjà je
ressens les premiers symptômes de jambes lourdes, et nous ne
sommes qu'au km 7 !
C’est à ce moment-là que je vois Jérôme L. se mettre sur le côté,
il bâche… problème gastrique encore une fois :- (
De manière raisonnée cette fois-ci et faisant preuve d'expérience
(il est temps !) je ralentis. De suite ça va mieux, je boucle ce
premier tour de 10,5 km en 41'30 assez aisément. C'est vraiment
trop rapide n'empêche...
Sur le 2ème tour je commence à avoir vraiment chaud et dois
m'asperger abondamment. Finalement une bonne giclée d'eau de
gobelet sera préférable aux éponges ! Je pense aussi à ingurgiter
alternativement eau, Energy drink et Coca à chaque ravito (6 par
boucles), 2 gels me seront nécessaires en sus sur ce
marathon.
Cette fois c’est Xavier Le Floch dit XLF que je vois au bord de
la route assis aux côtés de sa femme et avec son fils sur les
genoux, ça fait chier pour lui tiens… il avait l’air serein et en
bonne forme lors des discussions dans l’avion et à La Santa (coup
de chaud sur la Càp apparemment, il préfère ne pas forcer et se
préserver pour Niederbronn 15 jours plus tard).
Désormais je me suis bien rapproché de la tête féminine (même si
j'ai réduit l'allure à un bon 14 km/h), j'ai dépassé la 2ème et
3ème, car je vois le maillot rose de Bella Bayliss dans l'autre
sens juste avant de faire demi-tour. A ce moment là je crois
vraiment que je vais revenir sur elle car ayant une avance
confortable je me dis qu'elle va gérer (elle bouclera en 3h04 le
marathon pour 9h54 au total).
Passage du semi en 1h27 mais avec beaucoup moins de sérénité qu'à
l'issue du premier tour (deuxième tour en 45'30). Je fais part
d'ailleurs à Christine de mon inquiétude pour la fin : "ça va
être dur ..." je lui lance ! Dans le même temps on m'annonce,
grâce à Gérard accompagnateur de Jérôme d'Evreux, en 12ème
position de ma catégorie d'âge. Sincèrement à ce moment-là de la
course je n'y crois pas pensant que Gérard a oublié des
concurrents devant moi, et puis de toute façon seul mon chrono
compte pour le moment.
On entre dans le vif du sujet désormais et les calculs vont bon
train à l'entame du troisième tour : "1h04 + 5h41 + ...." et
c'est là que je me rends compte qu'avec un marathon en 3h15 je ne
suis pas loin des 10h. Alors là j'ai un coup d'adrénaline sévère
! A nouveau les calculs fusent et me dis que je dois "assurer" en
1h45 sur le dernier semi. Me sentant largement capable de tourner
en 50' au tour c'est là que, pour la première fois, je pense que
je peux sortir un gros truc aujourd'hui. Ce n’est pas facile à
gérer au niveau de l'émotion un truc pareil, seulement j'ai
d'autres soucis à gérer pour le moment. Les quadris sont très
douloureux et suis obligé de me sortir les tripes pour courir à
un chouille plus vite que 12 à l'heure. Heureusement les mollets,
le gauche notamment, restent sages quel efficacité ces Boosters®
!
Au milieu du troisième tour voilà que Gérard m'annonce 9ème de ma
catégorie ! J'ai le temps de lui envoyer un "T'es sûr ??" ... et
là il me répond "Bin oui j'suis au tél avec ma fille qui suit sur
le net..." Là plus de doute possible ! C'est un nouvel
élément qui vient me transcender, et j'suis forcément obligé de
penser à Hawaii... j'suis pas là pour çà mais là tu peux pas
faire autrement que d'y penser ! Je me souviens alors que le
dernier qualifié l'année passée l'était en 10h11. Nouveau moment
de frissons et ce d'autant que je double à nouveau un gars de ma
catégorie vers le 29ème km... 8ème donc !
Coûte que coûte j'irais au bout maintenant. Le début du quatrième
et dernier tour (troisième tour en 50'40") est difficile
physiquement même si mentalement ça va mieux avec la perspective
d'en terminer bientôt. Mais que je me maudis d'être parti si
vite, je n'en serais pas là si j'étais parti direct sur un bon 14
km/h, je souffrirais moins...
Et puis j'ai soif, mais soif... je m'asperge, suis trempé, mon
ventre est froid mais même pas de bobo (ça c'est un gros point
positif) et me rends compte que je ne peux plus avaler grand
chose. J'ai les dents du fond qui baignent et ne peux vraiment
prendre qu'une gorgée à la fois ... :-/
Sur le dernier 5 km je dois pas être loin d'un état second :
c'est la soif qui prédomine (j'ai envie d'une bière, véridique !)
et me concentre désormais sur le chrono marathon, je sais qu'il
ne va pas être dégueu', un truc en ± 3h10.
Les dernières vagues du bitume, le soleil pleine face, une foule
dense... je sens doucement l'émotion m'envahir alors que j'essaie
de finir plus fort. C'est beau, c'est grand. C'est dingue ce que
le sport peut vous donner comme sensations et émotions fortes. Et
voilà enfin, là à 200m, l'arche d'arrivée qui se présente enfin.
La vache que c'est bon, là on ne sent plus rien, on se laisse
porter doucement. Paradoxalement c'est un moment trop court,
j'aurais aimé le vivre encore et encore…
Montrant avec insistance mon poignet droit et ses 3 bracelets
colorés, peur sans doute qu'on m'envoie à nouveau pour un tour,
on me fait signe de prendre le couloir final. Ca y’est, c'est
fini ! Un œil à la montre, 3h09 au marathon, c'est beau... un œil
là-haut sur le chrono officiel, 10h04, c'est fort ! Sur la ligne
je suis davantage soulagé qu'ému finalement. On me remet la
médaille et je serre la main de Kenneth Gasque (directeur de
course) comme tous les finishers. Je vois alors Piero aux
premières loges en train de jouer les reporters de choc. Je suis
heureux mais là j'ai trop soif pour penser à autre chose, il me
faut une bière ... !
Après-course
Finalement j'attendrai pour celle-ci, je me rends de suite aux
massages avec une boisson de récup'. Et là je revis déjà ma
course emmitouflé sous ma couverture, je repense à ce chrono
inespéré (un 10h30 était déjà énorme) et surtout à cette 8ème
place de ma CA 30-34 ans. Là j'en suis presque certain, j'ai de
grande chance d'aller à Hawaii... C'est pas possible, c'est
incroyable me dis-je ! Je préfère me lâcher et craquer une bonne
fois pour toutes sous les regards des masseurs désorientés, je
finirai par m'endormir.
Réveillé et en pleine forme je vais pouvoir enfin aller me
restaurer et partager cela avec ma belle. C'est Paëlla et bière
(ahahaha ...), je me régale et suis béat de satisfaction dans
cette aire d'arrivée, content et fier que je suis d'être allée
jusqu'au bout et d'avoir géré comme je le voulais. Puis enfin
derrière moi j'entends Christine, je peux enfin partager cela
avec elle même si une grille nous sépare.
Un mot avec XLF plus tard (c'est une crème ce gars, top respect
!) je remonte me doucher oubliant tout mon attirail de parfait
Ironman (casquette, lunettes, chaussettes et Boosters®) sur une
chaise. Grrrrr...
Pendant la soirée j'ai la confirmation de ma 8ème place en 30-34
mais apprends un peu plus tard que cette année il n'y a que 7
places. C'est fou car je ne viens pas pour ça mais c'est tout de
même une déception. Ceci dit il existe une chance le lendemain
qu'un des sept gars devant moi ne prenne pas son slot pour
Hawaii. Et au roll-down, étant premier "de réserve ", je serais
le premier bénéficiaire...
Forcément il y aura lâchage le soir même, que ça fait du bien de
ne plus faire trop attention à la bouffe :-))) ... puis j'irais
faire ma nuit correctement mais réveillé aux aurores en pensant
déjà, bien malgré moi, à Hawaii :-/
A 10h le lendemain nous sommes au Club La Santa pour la remise
des slots. C'est Nico Hémet (Nanterre Triathlon) qui gagne de
fort belle manière la CA 30-34 en 9h32, il est là et honore le
championnat du monde d'IM d'octobre de sa présence. Les 2ème,
3ème... le 6ème en font de même ! C'est cuit me dis-je. Seulement
à l'appel du 7ème aucune réponse. Oh P...n c'est pas vrai, il est
pas là cet espagnol, c'est tout bon pour moi. Je regarde
Christine et en ai déjà des frissons !
Seulement à Lanzarote rien ne se passe comme ailleurs ! Au lieu
d'appeler de suite le 8ème, ma pomme en l'occurrence, on balaye
l'ensemble des CA et on nous donne RDV 1h plus tard (à 12h
donc...) pour le roll-down.
Le temps d'aller faire un tour aux photos nous nous rendons
compte qu'à peine 30' plus tard celui-ci est déjà sur le point de
commencer (c'est moyen comme organisation :-/). Et là le type
explique tout d'abord qu'il va rappeler, et c'est la dernière
année (il faudra l'année prochaine être présent dès 10h), les
personnes qui n'ont pas répondu dans un premier temps. Et là
c'est le coup de bambou, parmi tous les appelés, seul cet
espagnol répond. J'en crois pas mes oreilles. J'attends encore un
peu mais l'issue du roll-down est cruel quand j'entends : "All
Slots for male 30-34 are filled". Le coup est dur à encaisser,
j'vais pas le cacher... seulement je relativise très vite car :
1/ je suis entièrement satisfait de ma course, je pouvais pas
faire beaucoup plus et 2/ cet Espagnol qui termine 6' devant moi
méritait plus que moi cette place, c'est donc tout à fait normal
qu'il l'ait...
Et après …
Deux jours encore sur place pour profiter de la douceur ambiante,
obligé de ressasser cet épisode malheureux de la qualif’ je
l’oublie tout de même assez souvent et voit beaucoup plus le côté
positif…
Pour une première sur la distance, sur un parcours pas si évident
j’ai le potentiel pour faire moins de 10h sur un Ironman, c’est
plutôt très bien et inespéré… et puis si un jour je dois aller à
Hawaii et bien ça viendra naturellement : des minutes sont à
gagner en natation mais aussi et surtout à vélo donc faut garder
espoir.
Le dimanche soir c’est la cérémonie de remise des prix où pros et
amateurs se côtoient, on peut reprocher le côté pompe à fric de
la WTC et du circuit Ironman notamment, mais cet esprit où tout
le monde semble sur un pied d’égalité est plutôt
intéressant…
Côté physique la récupération s’est plutôt bien passée avec une
coupure totale de 4 jours. Peu de courbatures finalement, j’ai
même osé d’emblée le footing mais ai dû stopper au bout de 35’.
Les quadris se sont réveillés d’un seul coup à la demi-heure de
course, j’ai préféré ne pas insister.
A vélo le lendemain aucun problème, et depuis je me contente de
natation, séance vélo et Càp en douceur. La forme est loin de ce
qu’elle était mais ce n’est pas grave, je l’avais le 23/05 et
c’était bien çà le principal !
Finalement le plus difficile, et c’est d’ailleurs ce qui
moralement m’a le plus contraint durant la prépa’ IM, c’est de
garder un poids constant, de devoir faire constamment attention à
ce qu'on mange… car hors de question de se laisser aller et de
reprendre 6 ou 7 kilos en 15 jours. Il y a encore de belles
choses à faire en 2009 !
Classement scratch:
54ème/1052 arrivants
8ème en catégorie d'âges 30/34ans
Temps 10h04'09"





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commentaires
10 Juin 2009, par : NickTrès beau CR avec déjà bcp de recul Respect !
Pour le roll-down effectivement, c'était moyen-moyen et nerveusement, je n'aurai pas aimé être à ta place...
Cela ne te donnera que plus faim pour la prochaine !!!