Pat Vernay : "Je ne peux pas en rester là"
Photo par ASI Photo
Aussi surprenant que cela peut paraître, 50 mètres peuvent être déterminants dans une course aussi longue et éprouvante qu'Hawaii. C'est ce que nous explique aujourd'hui Patrick Vernay dans une interview exclusive. Premier Français, il égale la meilleure place de François Chabaud en 2002 et bat le record d'un tricolore à Kona. Il reviendra. Pour faire mieux.
Xtriathlon : Nous avons tous suivi ta course avec
passion. Qu’en a-t-il été pour toi en tant
qu’athlète ?
Patrick Vernay : Jusqu’au 100ème km vélo, c’était la course
parfaite puisque j’étais idéalement placé avec Stadler,
Alexander, Brown et les autres. Puis après le ravito perso de
Hawi j’ai concédé 50m à ce groupe et je n’ai jamais pu les
combler. Résultat je prends 6’ dans les 80 derniers km. Ensuite
j’ai dû courir pour me rapprocher le plus possible du top 5 et
non pas pour faire un podium malheureusement. Je sors un bon
marathon mais comme devant ça a très peu coincé, je ne peux
faire mieux que 6. Très heureux tout de même mais il faudra
revenir…
Patrick Vernay : Oui et non… J’ai très bien nagé, mieux que d’habitude (j’ai enfin retrouvé mon niveau d’il y a quelques années) puisque lorsque je sors de l’eau pour courir en T1, en étant juste derrière Al Sultan et Macca. Par contre à vélo ça a été encore plus vite que d’habitude, du moins c’est mon sentiment. De plus il y a eu un fort vent cette année dès le 50ème km et j’ai trouvé que c’était la plus dure édition depuis 2003, la plus belle tout de même en terme de résultat. En course à pied pas vraiment de changement par rapport à l’année dernière.
Patrick Vernay : Je pense que ce sera tenable l’an prochain car j’ai fait cette petite erreur à Hawi qui m’a coûté cher. L’an prochain je commencerai le "derrière moto" plus tôt et ça me permettra de rester encore plus longtemps avec ces locomotives. Néanmoins on s’aperçoit que les Stadler, Sindballe et autre Lieto ont de plus en plus de difficultés pour creuser des écarts, preuve que ça va vraiment bien plus vite chaque année.
Patrick Vernay : Avec de plus gros sponsors peut-être… Ca aide beaucoup de se sentir aidé et soutenu à fond. Pour l’entraînement je n’ai rien à changer. Les gars qui sont devant sont des pros, c'est-à-dire qu’ils ne font que ça et qu’ils sont payés pour ça. En France ce statut n’existe pas en triathlon. Certains diront "il n’a qu’à faire que ça aussi", arrêter d’enseigner pendant quelques temps jusqu’à la fin de sa carrière, or cela est un risque car on n’est jamais à l’abri d’une blessure. Si cela arrivait, je perdrais tout : saison ratée, plus de job, plus de rentrée d’argent pour nourrir ma famille. C’est la raison pour laquelle je continue à enseigner à mi-temps, pour assurer mes arrières. D’autres diront encore qu’avec seulement 10h d’enseignement je ne dois pas être surmené, mais ce qu’il faut savoir, c’est que ce sont 10h de moins pour le repos entre les grands entraînements. Autant de temps que je pourrais utiliser pour des soins divers (kiné etc.) et que je néglige complètement depuis quelques années. De plus le fait de travailler m’oblige à rester constamment sur le Territoire et m’empêche donc de partir en stage en altitude ou autre. Mais bon je ne plains pas car c’est depuis que je suis revenu sur le Territoire que je suis parvenu à trouver un véritable équilibre, sans doute en étroit rapport avec l’obtention de mes résultats.
Patrick Vernay : C’est la machine la plus performante que j’ai utilisée jusqu’à aujourd’hui. Légèreté, aérodynamisme, maniabilité parfaite et j’en passe. Ce sont mes jambes qui n’ont pas été à la hauteur.
Patrick Vernay : Comme je l’ai déjà dit, les athlètes de haut niveau français et particulièrement ceux qui bénéficient d’un contrat d’insertion professionnel (CIP) grâce à la fédé ne peuvent et ne pourront jamais organiser leur saison comme ils le voudront. En effet, s’ils perdent leur statut de Haut Niveau, ils perdent leur détachement et de ce fait retravaillent comme une personne lambda. Ils se doivent donc de réaliser des performances reconnues par la fédé et l’ITU pour pouvoir conserver ces avantages. Je pense qu’ils sont bien conscients que le Championnat du monde LD, le vrai, celui qui rassemble TOUS les meilleurs, est et sera toujours celui d’Hawaï. C’est une course mythique et je ne connais pas d’athlètes spécialistes du long n’ayant pas envie d’y participer et d’y faire quelque chose. La qualification pour Hawaï est à leur portée (d’autre s’y sont qualifiés comme Cyrille, Gilles, Hervé, Xavier, Christophe, Benji…), le tout est de pouvoir y performer et pour cela on ne peut jouer sur les deux tableaux à la fois (Ironman et ITU). Pour ma part, j’ai préféré m’assumer (de toutes façons même après 3 titres de Champion de France élite la fédé ne m’a jamais proposé de CIP), ne rien devoir à personne, et faire ce dont j’ai envie, courir sur des courses renommées et mythiques. Je préfère 1000 fois terminer 1er à Roth et 6ème à Hawaï plutôt que faire un podium ITU. J’ai joué le jeu comme eux auprès de la fédé pendant un moment, mais n’ayant eu aucune reconnaissance de cette dernière, j’ai préféré voler de mes propres ailes. Ca a été un choix difficile mais je ne regrette rien.
Patrick Vernay : Oui c’est vrai que je ne peux pas en rester là. Je sens que la course de ma vie peut se réaliser là-bas. Néanmoins ce sera plus facile d’échouer que de réussir. Cette année encore, beaucoup d’athlètes du Top 10 de l’an dernier ne sont pas entrés à nouveau dans les 10. Je suis régulier puisque sur les 3 dernières années, je termine dans les 10 mais je progresse aussi … Espérons que je poursuive dans cette voie.
Xtriathlon : Qu’aurais-tu à dire aux petits jeunes comme
José Jeuland qui font maintenant d’Hawaii un objectif de
carrière…
Patrick Vernay : J’ai rencontré José avec son amie dans
l’aire d’arrivée. C’est quelqu’un de très sympathique et j’espère
qu’il pourra un jour s’illustrer au plus haut niveau là-bas. Il
faudra qu’il soit patient c’est tout. Pour réussir à Hawaï il
faut être fort dans sa tête et savoir analyser ses échecs. Il ne
fut pas brûler les étapes. Mon premier Hawaï je l’ai abandonné.
Pour mon premier Ironman, j’avoue avoir marché sur le marathon.
Seules quelques exceptions réussissent du premier coup,
voire au second essai, mais pour ma part je pense que
c’est impossible, surtout à Hawaï qui est une course vraiment
particulière…
Xtriathlon : Le mot de la fin pour une saison 2008
exceptionnelle ?
Patrick Vernay : Je voudrais juste remercier mes sponsors
qui, je l’espère, se montreront encore plus généreux pour
la saison prochaine et surtout tous ceux qui m’ont adressé des
messages de félicitations pour toutes mes perfs. Je pense
également à tous les messages d’encouragements que j’ai reçus
avant Hawaï. Ils ont largement contribué à l’obtention de cette
6ème place. Je vous assure qu’on a le temps d’y penser
en 8h30 d’effort et qu'on a envie de les satisfaire. J’espère
faire encore mieux en 2009 mais avant de clore ma saison il me
reste encore à défendre mon titre à Busselton le 7 Décembre
prochain. Pff, ça me fera 5 Ironman en 12mois… Après repos
OBLIGATOIRE !
Xtriathlon : Merci Patrick. Et pas merci à la fédé qui n’a
absolument pas répercuté l’événement sur son site internet…
Patrick Vernay : Merci à Xtriathlon et à toi Roland pour
la qualité de ses infos et de ses interviews.



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commentaires
24 Octobre 2008, par : pepinForcément, on dit "chapeau bas" au Monsieur. Respect pour la performance, mais aussi ET SURTOUT pour l'approche qui est la sienne.
Pour tenir à son rêve à ce point, pour résister aux sirènes des fédérations à la vue basse, pour conduire toute son existence avec cette cohérence, pardon Mesdames, mais il faut avoir des couilles.
Continue.
"On ne fait rien de grand sans de grands hommes, et ceux-ci le sont pour l'avoir voulu" (Ch. de GAULLE)