Publié le: 26 Aout 2008
Par: Beaubois Roland
Lien: http://www.embrunman.com/
Les 12 de Chartres de Bretagne... Pépin,

Pépin, acteur du mythe

Photo par JM Bertho

Il leur faut une sacrée dose de courage et d'engagement à ces "Embrunmen" pour, depuis 25 années, s'engager sur un des événements les plus difficiles au monde. 2008 marquera l'histoire par ses conditions climatiques titanesques, circonstances exceptionnelles qui n'ont pas déstabilisé l'équipe de Jean-Marie Bertho, alias Pépin, et de ses partenaires Bretons de l'Espérance Chartres de Bretagne.

Je sais pas vous, mais moi, quand arrivent les vacances, j’ai toujours une pile de retard dans mes lectures. Cette année n’a pas fait exception : Quelques philosophes contemporains jugés radicaux ainsi qu’un couple d’archéologues éclairés du néolithique s’impatientaient de me livrer la fine quintessence de leurs pensées profondes, depuis plusieurs semaines déjà. Je m’imaginais refaire mon retard pendant mes congés sur un transat en sirotant quelque jus de malt fermenté au parfum de houblon… Pas de chance, mon programme estival passait cette année par Embrun le 15 août et, comme pour ajouter à la difficulté, mon périple me conduisait une semaine auparavant près de BANON (04) dans les Alpes de haute Provence. BANON au pied de la montagne de Lure, où les mouches sont plus dures à vaincre que les pourcentages. Il s’y trouve l’une des plus grandes librairies de France, le Bleuet. Alors mon retard a pris quelques volumes d’avance sur mes lectures… Au fil d’une d’entre elles, je suis tombé en arrêt sur une citation de Faust, reprise par un certain de GAULLE Charles dans un vieux bouquin des années trente, Le fil de l’épée que tous les triathlètes devraient avoir lu. Je cite : « Au commencement était le verbe. Non ! Au commencement était l’action ! » Je suis resté un temps pensif devant cette sentence. Bien sûr, vous me direz, tout le monde ne s’autorise pas à contredire la Bible. Certains croient même dur comme fer que nous sommes tous descendants d’Adam et Eve. On n’est pas à une bêtise près, chez les créationnistes ! Mais pour ce qui concerne le triathlon d’Embrun 2008, l’action aura primé chez moi sur le commentaire. Je me sens donc autorisé à vous en faire un exposé personnel.

Embrun, je ne connaissais pas. D’abord parce que c’est diamétralement à l’opposé du territoire, de ma mère Breizhourie. Ensuite parce que ma femme préfère la mer à la montagne pour les vacances. Pour faire passer en douceur cet écart de destination, j’ai donc trouvé pour la semaine qui précède la course, un nid accueillant près de Saint Apollinaire chez Jean-Pierre. Loin du brouhaha de la kermesse, des mémères piz-buinées qui bronzent toutes mamelles dehors et des chiards sur quad en échappement libre, c’est un endroit au calme, tout près de la première petite boucle vélo du parcours. Je donne l’adresse aux intéressés. Ce vendredi matin donc il est 4h30 quand ma chère et tendre me descend prudemment dans notre C3 familiale. Des éclairs nous flashent tels des mécréants en excès de vitesse, alors que nous descendons à deux à l’heure sous des trombes d’eau. Au passage à SAVINES, nous prenons Gwenaël, un pote de club, qui nous attend en K-way dans son Picasso en grignotant son Gatosport l’air détendu. En entrant dans le parc à vélo transformé en marécage, nous croisons le tenace chef organisateur de notre fête de l’assomption tri athlétique. La chemise trempée, les traits tirés, je devine qu’il n’a pas fermé l’œil de la nuit. Obnubilé par les nimbus patibulaires qui surplombent la région. On devine qu’il est préoccupé par le toit du parcours en particulier où chutent des flocons scélérats.

Six heures, le départ comme toujours depuis 25 ans. Cette année, les GO avaient eu la délicate attention de signaler les bouées du parcours natatoire par de (trop) petites lumières, pour qu’on évite de s’égarer. A la vérité, je ne les ai pas vues. En revanche, et malgré les coups plus ou moins amicaux de mes concurrents, j’ai trouvé la natation assez agréable. L’aurore magique éclaire par endroit le fond du plan d’eau où l’on aperçoit de ci, de là, les longues touffes d’algues brunes menaçantes qui saluent notre passage en ondoyant majestueusement. Au passage du premier tour, un œil au chrono : 34mn. Bon temps pour un modeste nageur comme moi. J’ai la patate. Ca va être une bonne journée.

Transition dans les flaques du parc à vélo. Tenue option grand froid avec manchettes, coupe-vent et verres de lunette teintés brouillard. Les premiers hectomètres cyclistes viendront à bout de mon enthousiasme naïf. Vous décrire mon parcours vélo reviendrait à convoquer un dictionnaire de gastro-entérologie. Je n’en n’ai ni l’envie, ni la compétence. Par ailleurs une telle lecture pourrait détourner de nombreux lecteurs non amateurs d’épopées scatologiques… Pour résumer, je dirais mal au bide du parc au sommet de l’Izoard. Peu de ravitaillements donc peu de jambes. Je me fais passer, et passer encore…C’est là que je commence à me remémorer les temps limites de passage aux points fatidiques du parcours. Pause obligatoire au sommet. J’ai une pensée pour Jean-Marie GOASMAT qui passa en tête à cet endroit lors d’une étape du Tour 1938. GOASMAT mort en 2006 était surnommé « le farfadet de PLUVIGNER (56) ». Mon Pépé appréciait ce voisin de CAMORS (56) pour son brio mais aussi pour sa fragilité surtout dans les descentes. Pétoches qui lui laissèrent échapper la victoire ce jour là à Gino BARTALI à BRIANÇON (05). Retour au présent, les volontaires grelottants retrouvent mes victuailles que j’enfourne en claquant des dents dans mes poches dorsales. Je bascule donc, entrainé par mon destin et par la pente, sur le versant Briançonnais du parcours. En quelques hectomètres, me voici plongé dans d’épais cumulus qui me cinglent sadiquement de leurs brassées de grêlons d’acier. Option freinage en délicatesse et cuisses rougies écarlates par le fouet de l’orage. Rapidement, mes bras sont pris de mouvements parkinsoniens et je ne sens plus mes doigts. Le contrôle du vélo devient problématique et mes mains se muent en pinces inertes qui serrent mollement les cocotes. Un peu comme les doigts de BASHUNG cet été à BOBITAL (22) au festival des terre-neuvas. Sauf que lui, c’est le talent pur d’un artiste qui assure malgré la maladie, et que moi, c’est l’obstination d’un mec qui s’est lancé dans un truc insensé. J’aperçois ici et là des concurrents agglutinés en grappes aux moindres abris naturels ou non qu’offre le parcours. Une seule idée en tête : Ne pas traîner dans ces contrées inhospitalières. En ce moment précis où je tapote ces quelques lignes plus d’une semaine après l’événement, je ne sens toujours pas la pulpe de certains de mes doigts, sans doute gelés lors de cette descente. Arrive ensuite la montée vers Pallon : Un calvaire sans les stations. Sans aucun doute le passage le plus dur du parcours. Je passe le Pont Neuf avec de l’avance sur le temps limite. Je pense à toutes ces demi-journées de RTT que j’ai consacrées à rouler en forêt de Brocéliande cette année. Je peste aussi contre les députés ventrus qui s’évertuent à supprimer ces créneaux d’entrainement dans leur entêtement libéral stupide (Amis triathlètes salariés, ne laissez pas faire ! Votez aux prud’homales le 3 décembre prochain !) J’ai maintenant l’assurance que je vais pouvoir finir cette course dans les délais sans subir la sanction injuste d’un Directeur de course tatillon. Cette pensée me met du baume au cœur, d’autant que la montée vers le hameau de Chalvet n’est pas facultative. Je ne suis plus à un sacrifice près !

Les jambes couvertes de résidus de rinçage des routes, je me pointe pour T2. Là encore j’enfile l’option « grand froid ». La même que pour le marathon du Mont Saint Michel que j’ai couru fin mai dernier, là encore sous des trombes d’eau. Décidément ! La plaquette d’engagement indiquait une difficulté de 1,5km à 5% sur chaque tour. Mensonge ! Le marathon d’embrun est en réalité une montagne Géorgienne (du Caucase) bombardée par les Russes ! Malgré cela, je cours mon premier semi en deux heures. Petite foulée économe et système gastrique muet. Salut à la foule. Croisement des potes du Club plus ou moins frais qui m’encouragent généreusement. Bises à ma petite famille. Un bref instant de répit et de bonheur dans cette épopée alpestre. Le reste devrait être une formalité. Le second tour m’accueille avec un gobelet de cette boisson originaire d’ATLANTA (Géorgie des USA). Brouf ! Des brûlures d’estomac au napalm coupent net ma foulée de joggeuse fessue du dimanche matin. Un peu comme ce premier verre de gnôle que m’avait fait goûter mon Pépé à six ans et demi. Je me serais bien passé de cette madeleine de PROUST pourrie. Parce que c’était un costaud mon Pépé. Grand amateur de cyclisme, lui au moins avait un œsophage en PVC. Cet éthanol pur de cidre, il le gobait insensible et droit dans ses sabots, comme un gel énergétique de notre industrie chimique actuelle. Il ne se serait pas attardé, lui, sur de petites douleurs corporelles d’omelette en lycra qui fait le malin un 15 août au lieu d’aller à la messe ! Je trouve finalement un valenciennois compagnon d’infortune. Nous nous encourageons mutuellement à alterner course en marche vers la finish line. Un fiston à chaque main, je passe enfin la ligne, trop tardivement à mon goût, mais souriant sur la photo.

J’avais envisagé cette course comme un rite de passage dans la quarantaine. J’ai été servi ! Après Nice et Roth, je pensais avoir la caisse pour ne pas trop souffrir ici. Raccourci de raisonnement totalement erroné : A côté d’Embrun, Roth – malgré tout le grand bien que j’en pense par ailleurs – fait figure d’aimable promenade de santé. Cette course est tellurique, violente et redoutablement interminable. Elle engage totalement chaque concurrent. On ne peut pas venir ici en consommateur de la course. Aucune « enquête de satisfaction » n’aurait ici de sens, tant l’implication requise mue chaque concurrent en acteur du mythe.

Nous étions douze du club de Chartes de Bretagne au départ. Onze à l’arrivée. De plus, Gervais remporte le CD en V5. Une vraie réussite pour notre Club de 36 licenciés qui se glisse dans le TOP du nombre de finishers. Cette édition était faite pour les rudes guerriers du triple effort. Respect à Xavier l’ancien chasseur de GOURIN (56) ainsi qu’à Bella la cousine écossaise, pour leur particulièrement remarquable victoire, dans des circonstances d’une indicible difficulté.

Le site du club de Chartres de Bretagne : http://ecbt.sport24.com/
Auteur : Pépin

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