Sindballe : notre sport est excellent pour l’esprit
Photo par Tony Svensson
Le Danois TorbjørnSindballe n'est pas forcément la "brute" qu'on
imagine à vélo, avalant les kilomètres sans réfléchir afin
d'arriver le premier sur la ligne d'arrivée. Le Danois est au
contraire un homme sensible et intelligent, que son sport fait
évoluer… à moins qu'il ne s'agisse du contraire !
Rencontre avec un athlète unique.
Bonjour Torbjørn. Tout d’abord, la rédaction te remercie de nous accorder un peu de ton temps malgré un emploi du temps chargé. Tout au long de cet interview, nous parlerons de nombreux sujets te concernant, en partant de tes débuts en triathlon jusqu’à tes objectifs 2008, et aussi en passant par ce qui fait de toi un athlète de classe mondiale.
Cette interview sera d'ailleurs scindée en deux, tant la teneur et l'enthousiasme de tes réponses ont été généreux.
Xtriathlon : Tu as pratiqué de nombreux sports avant
de te mettre au triathlon (judo, football, basketball,…). Comment
es-tu venu au triathlon?
Torbjørn : La première fois que j’ai goûté au
triathlon fut lors de la journée sportive organisée dans mon
école quand j’étais enfant. A cette époque, je nageais déjÃ
depuis deux ans et comme j’avais commencé la natation un peu
tard, je me suis vite orienté vers le triathlon. Je me suis
inscrit au club local et j’ai tout de suite accroché avec ce
challenge de gérer trois disciplines dans un seule course ainsi
qu’avec l’esprit et l’énergie qui gravitent autour du
triathlon.
Xtriathlon : As-tu une idole parmi les athlètes,
voire une personne en dehors du monde sportif?
Torbjørn : Je ne suis pas du genre à idolâtrer, mais
beaucoup d’athlètes m’inspirent. Mark Allen, avec sa connexion
corps/esprit et son approche simple et efficace de
l’entraînement. Thomas Hellriegel, pour ses efforts que lui et
d’autres athlètes Allemands ont faits au milieu des années 90 en
explorant les limites de la performance humaine.
Je suis également inspiré par l’élégance d’athlètes comme Wilson Kipketer ou Miguel Indurain.
Si tu veux plus parler de ma philosophie, je suis un grand fan du concept « Flow », et essaye d’atteindre cela en ayant des objectifs clairs et des retours sur tout ce que je fais. Tout cela avec un ajustement permanent et journalier de manière à atteindre ce sentiment de plénitude.
Xtriathlon : Quels sont tes meilleurs et pires
souvenirs en triathlon ?
Torbjørn :
Ohh difficile à dire… Mais mes premiers Championnats du Monde en
2004 furent spéciaux puisque je revenais d’une sérieuse blessure
à peine trois mois avant l'événement. Ma victoire au Half Ironman
Californie en 2002 a été un grand moment aussi, ce n’est pas tous
les jours que tu peux sortir des gars comme Craig Alexander, Tim
Deboom et Cameron Brown. Ma victoire sur cette même course en
2005 illustra pour moi la course parfaite. Et enfin ma 3ème place
à Hawaii l’an dernier, pas seulement pour le fait que je monte
sur le podium de la plus prestigieuse course sur terre, mais
également parce que je reviens de 5 ans de galère à cause de la
chaleur.
Mes pires souvenirs sont les nombreuses blessures, les périodes de surentraînement, l’incertitude sur la gravité d’une blessure au début de celle-ci. Dès que tu sais ce qui ne va pas, et comment te rétablir, la vie devient beaucoup plus simple.
Mon échec de qualification pour Hawaii 2006 fut aussi très difficile. La course avait lieu le jour de mon 30ème anniversaire le 21 Octobre et je m’étais fixé comme objectif une victoire 3 ans auparavant. La raison de mon échec était le surentraînement, et cela reste une grande frustration.
La façon dont je vois tout ça est que je dois comprendre les mauvais moments de manière à vivre plus intensément les bonnes périodes. Une course gagnée facilement n’a rien à voir avec une victoire remportée après une grande bataille, que ce soit contre d’autres athlètes ou des conditions difficiles.
Xtriathlon : Dirais-tu que l’Université a fait de
toi un nouveau Torbjørn Sindballe ?
Torbjørn : Assurément ! Etudier le sport a été
un grand terrain de jeu à tous les niveaux. L’environnement est
fantastique et j’ai soudainement eu accès à toutes les bases de
connaissances du monde dans les domaines qui m’intéressent. La
connaissance sur le corps et les facultés d’analyse que j’utilise
chaque jour sont nées à cette période de ma vie et cela m’a donné
encore plus de motivation pour aller plus loin.
Xtriathlon : On peut voir dans ton planning de
courses que tu as planifié les Championnats Danois de
contre-la-montre. Participes-tu à beaucoup de courses cyclistes,
fais-tu partie d’une équipe ?
Torbjørn : Non, je fais un contre-la-montre une ou
deux fois par an. C’est excellent de donner tout ce que l’on a
sur le vélo sans avoir à se soucier de la course à pied
ensuite.
L’an dernier j’ai participé aux championnats Danois et j’ai terminé 13ème en battant quelques cyclistes pros. Donc cette année, j’espère m’améliorer encore.
Xtriathlon : Te sers-tu du contre-la-montre pour
améliorer ta position sur le vélo, ton matériel, tests en
soufflerie… ?
Torbjørn : Non, je dirais que c’est plutôt
l’inverse. Ces domaines viennent plus du monde du triathlon que
du contre la montre. Beaucoup de marques de vélo ont d’abord été
des marques de triathlon et toutes les inventions que les
triathlètes ont utilisées sont à présent utilisées par les
cyclistes : guidon aéro, roues pleines…
Xtriathlon : La plupart des meilleurs triathlètes
Ironman vivent aux USA ; et
toi ?
Torbjørn : Ma famille et moi
sommes très ancrés au Danemark et à la culture Danoise. Même si
nous avons évoqué quelques fois le déménagement, nous n’avons
jamais considéré que c’était la meilleure solution.
Nous avons de très bonnes conditions au Danemark, avec de supers entraîneurs, athlètes et infrastructures difficiles à égaler. Je me sens très bien au Danemark, même si ce n’est pas un pays très tourné vers le triathlon. Et aussi, les conditions climatiques me rendent plus fort !
Xtriathlon : Le triathlon n’est pas aussi populaire
que le cyclisme ou le football et très peu d’athlètes peuvent en
vivre. Gères-tu ta carrière seul ou as-tu une équipe autour
de toi ?
Torbjørn : Comme je le disais, la communauté
triathlétique au Danemark est très petite, ce qui m’a amené Ã
gérer ma carrière seul, sponsors, relations presse. C’est devenu
une sorte de petite entreprise pour moi puisque je considère que
le sponsoring doit aller au-delà d’un simple logo sur un t-shirt.
Je travaille beaucoup sur les tests et développements de
produits, j’interviens dans des séminaires de motivation ce qui
est un excellent stimuli pour l’esprit et permet de penser à pas
mal de choses lors des longues sorties vélo.
D’un autre côté, c’est un vrai challenge de jongler avec les entraînements et la gestion de carrière. Habituellement, je m’occupe de sponsoring lors de la coupure et lors des périodes où l’entraînement est moindre. Ensuite je me concentre à 100% sur mes objectifs sportifs 2-3 mois avant les évènements. Tous mes sponsors le savent et respectent ce mode de fonctionnement puisque c’est aussi leur intérêt que mes résultats soient bons.
Xtriathlon : Tu viens juste de prolonger ton contrat
avec un de tes principaux sponsors (ECCO). As-tu beaucoup de
partenaires financiers ?
Torbjørn : Ces dernières années j’ai été raisonnable
en termes de sponsoring et je suis très content de l’équipe qu’il
y a derrière moi aujourd’hui. Dans un sport de niche comme le
triathlon, et d’autant plus quand tu vis dans un petit pays,
c’est très difficile de vivre de son sport. Il a été
nécessaire pour moi d’aller plus loin dans ce que je pouvais
offrir à une entreprise par rapport à ce qui se fait
habituellement dans ce cadre-là .
Dans le futur, j’aimerais que le triathlon prenne une part plus grande dans le monde de la santé et de l’exercice physique. Notre sport est excellent pour l’esprit, pas simplement pour les fans, mais aussi pour les personnes ne voulant pas faire plus de 2-3 entraînements par semaine.
Xtriathlon : Tu sembles être très impliqué dans la
création de nouveaux produits pour tes partenaires ECCO et Craft.
Quelles sont tes responsabilités envers eux ?
Torbjørn : Dans les deux cas, et aussi avec Argon
18, je suis intégré au plus près des équipes de développement. Je
cherche continuellement comment améliorer les produits dans le
moindre détail. J’ai beaucoup d’idées et ca motive les équipes de
développement à aller encore plus loin. Je joue aussi un grand
rôle lors des brainstorming et des retours d’impressions sur les
produits pendant les phases de test.
As-tu des amis parmi des athletes comme
Chris McCormack ou les Allemands Norman Stadler et Faris
Al-Sultan…
La suite de l'interview bientôt !
Les informations Xtriathlon sur
Torbjørn
Le site Internet de
l'athlète



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