Les athlètes se préparent pour l'épreuve de la pollution aux J.O. de Pékin. Comment courir dans l'une des villes les plus polluées du monde ? C'est l'autre défi des JO de Pékin. Athlètes et entraîneurs s'interrogent.
« Les athlètes vont souffrir. Et il est impossible de les préparer à de telles conditions. » Isabelle Gautheron, la directrice technique nationale du triathlon français, est très préoccupée par la pollution qui règne à Pékin, qui accueille dans quelques mois les prochains Jeux olympiques d'été. Et pour cause, le triathlon est l'une des disciplines les plus exposées, puisque qu'elle se dispute en plein air pendant près de deux heures. Seule parade : réduire au maximum la durée du séjour dans la ville des Jeux. « L'épreuve du triathlon se déroulera à une trentaine de kilomètres de Pékin, où l'air est plus respirable, poursuit-elle. Nous y installerons notre camp de base. »
Classée en bonne position parmi les capitales les plus polluées de la planète, Pékin inquiète les délégations olympiques. En début d'année, les pics de pollution ont atteint le niveau 5, le plus élevé de l'échelle. Selon certains rapports, la piètre qualité de l'air aurait causé le décès de près de 25 000 habitants depuis 2002. En cause, la combustion du charbon, les particules en suspension et les gaz d'échappement. Selon les autorités, le parc automobile augmenterait actuellement d'un millier de nouveaux véhicules par jour.
En fin d'été dernier, un concurrent américain d'un critérium cycliste organisé au nord de la ville s'est écroulé après trente minutes de course, victime de nausées. Et seulement huit des cinquante coureurs ont rallié l'arrivée. « Sur le bassin, on ne voyait pas à 500 mètres », raconte Pascal Berrest, le patron de l'équipe de France d'aviron, en visite sur le site olympique à l'occasion des championnats du monde juniors, en août 2007. En première ligne : les sportifs asthmatiques. « Ils étaient une vingtaine dans la délégation française aux Jeux d'Athènes en 2004 , pointe le docteur Maurice Vrillac, le responsable médical de l'équipe de France olympique. Les conditions à Pékin pourraient provoquer des asthmes d'effort. »
Les Anglais ont opté pour une solution radicale : le port d'un masque filtrant. Paula Radcliffe, la recordwoman du monde du marathon, en a testé plusieurs modèles lors d'un stage en Afrique du Sud. Elle envisage de s'en couvrir le visage pendant l'épreuve olympique, au risque de vexer ses hôtes asiatiques, évidemment très sensibles à l'image que les Jeux renverront de la Chine. Plus diplomates, les Américains pourraient s'entraîner masqués, mais ils laisseront l'accessoire au vestiaire pour les compétitions. Les Australiens ont loué une école en plein coeur de Pékin, où sera déployée une armada de 70 médecins, physiothérapeutes, nutritionnistes... Quant à l'Ethiopien Hailé Gébrésélassié, numéro un mondial du marathon mais asthmatique, il vient d'annoncer sa décision de renoncer à cette épreuve, jugée trop risquée, pour se contenter du 10 000 mètres : « Il n'est pas question de mettre ma santé en danger, dit-il. Ma carrière ne s'arrêtera pas aux Jeux de Pékin. »
Pour autant, il ne faut pas verser dans la psychose. A trois mois du début des Jeux, Fabien Canu, le directeur de la préparation olympique et paralympique, fait confiance aux Chinois. « Ils nous ont promis de régler le problème, ils n'ont pas envie que la pollution vienne gâcher leur événement », suggère-t-il. La circulation automobile sera réduite pendant les dix-sept jours des Jeux. Les usines fermées, un mois avant, dans un rayon de 20 kilomètres autour de la capitale. Et les nuages percés par des roquettes. Car depuis des mois un bataillon de « faiseurs de pluie »-32 000 personnes armées de plusieurs milliers de roquettes chargées d'iodure d'argent-s'entraîne à crever les nuages au-dessus de la capitale chinoise afin de provoquer des averses. Un arsenal censé condenser l'humidité et former des gouttes assez lourdes pour tomber au moment voulu. Officiellement, il s'agit d'éviter un déluge au beau milieu de la cérémonie d'ouverture. Mais plus encore de laver le ciel de sa suffocante pollution.
« L'an passé, les conditions étaient épouvantables avant le début des épreuves, mais le temps fut magnifique du premier au dernier jour de compétition », se souvient Pascal Berrest. Comment dit-on « miracle » en chinois ?
Source : http://www.lepoint.fr







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