La folle saison d'Étienne Caprin
Photo par Ouest France
Le marathon de Paris n'était qu'une mise en bouche pour Etienne Caprin qui s'apprête à vivre une saison sportive des plus chargées. Avec un objectif : tout rafler.
Rencontre. Triathlon, duathlon, double Ironman, l'athlète handisports sarthois s'est concocté un programme 2008 démentiel.
Une opération chirurgicale au genou somme toute banale. Une infection nosocomiale et en sortant de l'hôpital un genou bloqué à tout jamais. Ce jour de 1996, la vie d'Etienne Caprin a basculé et le sport est devenu, par accident, son quotidien. Un exutoire, une opportunité de s'évader dans l'effort. Et comme l'homme n'aime pas faire la chose dans la demi-mesure, il s'est jeté à corps perdu dans sa passion : le triathlon.
Les résultats n'ont pas tardé à suivre. A la hauteur de son engagement. Quintuple champion du monde handicap jambe, champion de France à de multiples reprises, Etienne Caprin est loin d'avoir étanché son appétit. Lorsqu'il se met à parler de sport, le débit de sa voix s'accélère comme son coeur sur le parcours d'un triathlon ou d'un duathlon. Rien ne peut l'arrêter. Pas même l'idée d'aller courir un marathon comme celui de Paris dernièrement. Il a bouclé les 42,195 km en 5h25'. « Mon but était de finir. J'ai connu des passages à vide notamment vers le 30e km. » Il a tout de même rallié l'arrivée sur une moyenne horaire de 8 km. « Cette course m'a servi de préparation pour la suite de ma saison. »
Justement la suite de sa saison, c'est une succession de rendez-vous. Un programme des plus copieux où figurent entre autres choses les championnats de France de triathlon longue distance, un double Ironman (7 km de natation, 360 km à vélo et 84 km à pied) au Québec, les championnats du monde triathlon en Hollande... Une liste à ébouriffer un agenda de ministre.
Des épreuves où le Sarthois ne va pas pour faire bonne figure ou même de la figuration. « Mon objectif est de tout rafler. Mentalement si je suis bien, j'en suis capable. Si je reviens du Québec avec une médaille d'or, ce serait du jamais vu. » Ses yeux pétillent en pensant qu'il pourrait se voir affubler d'une nouvelle breloque plaquée or.
A 50 ans, Etienne Caprin a faim comme jamais. Rien ne semble pouvoir l'effrayer comme l'idée de s'engager pour 30 voire 35 heures d'efforts en continu, à lutter contre le sommeil sur un double Iron Man.
En plus, de batailler avec son corps sur des épreuves « de malade », Etienne Caprin consacre beaucoup d'énergie dans la recherche de partenaires financiers. « Une saison, c'est 60000 € de budget. C'est dérisoire si l'on compare cela à d'autres disciplines. Cette année, je vais sans doute être obligé de payer une partie de mes affaires. » Les discours sur la réinsertion des handicapés, sur l'égalité des chances ne laissent aucune illusion au triathlète sarthois. « Au delà des frontières de l'Hexagone, l'handisport est perçu autrement, les temps d'antenne à la TV sont égaux entre les valides et les handisports. En France, il y a encore des tabous. »
Il y a bien longtemps qu'Etienne Caprin ne court plus après la gloire et la gratitude. « Je n'ai même pas le droit à la reconnaissance et au statut de sportif de haut niveau parce que le triathlon n'est pas une discipline olympique. » Qu'importe, le licencié du club Endurance 72 triathlon court, pédale et nage avec une seule idée en tête : le dépassement de lui-même. Cette saison, il va avoir de nombreuses occasions de satisfaire son immense appétit de souffrance, de plaisir, de joie et peut-être de médailles.
Auteur : Stéphane BOIS.
Source : Ouest-France












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