L'entraînement en piscine est devenu un passage obligé pour les triathlètes, et pour certains d'entre eux le calvaire d'une semaine de training consacrée à un sport exigeant. Plus fort que le simple maillot de bain, on voit désormais fleurir çà et là lors des séances d'entraînement, des combinaisons jusqu'alors utilisées exclusivement en compétition, qui permettent aux nageurs manquant de technique de se mesurer aux meilleurs. Mode ou véritable découverte, les Championnats d'Europe de natation ont obligé les observateurs à porter leurs regards vers leurs costumes autant que vers les nageurs…
Championnats d'Europe de natation ou défilé de mode aquatique ?
Dès les premières séries à Eindhoven (Pays-Bas), les yeux se sont
autant tournés vers les visages radieux des vainqueurs que leur
costume de bain. La faute à un Australien blondinet, Eamon
Sullivan, auteur d'un crime de lèse-majesté le 17 février.
A Sydney, aux championnats de Nouvelle-Galles du Sud, il bat l'un
des plus prestigieux records du monde : celui du 50 m nage libre,
en 21"56, 8 centièmes de mieux qu'Alexander Popov en 2000. Il
noie surtout le souvenir glorieux du slip de bain, ce maillot
moulant que Popov portait haut sur les plots de départ. Sullivan
était engoncé dans la combinaison dernier cri de Speedo, au nom
très science-fiction de LZR Racer, nouvelle étape d'une natation
toujours plus high-tech.
Début février, l'arrivée de cette seconde peau passe presque
inaperçue. Speedo évoque le maillot de bain «le plus rapide du
monde», parle de trois ans de recherches avec la Nasa et
l'Institut australien du sport. La star américaine Michael
Phelps, qui a participé à sa conception, dit se sentir «comme une
fusée» lorsqu'il l'enfile. Jusqu'ici, un bon coup marketing
visant les nageurs, soucieux de choisir la tenue judicieuse en
cette année olympique. Va donc, va donc chez Speedo,
Speedo.
Mais la circonspection gagne les bassins avec la démonstration de
Sullivan, couplée, le même week-end, à celles de l'Américaine
Natalie Coughlin et de la Zimbabwéenne Kirsty Coventry qui
améliorent, en LZR Racer, les marques planétaires du 100 m et du
200 m dos. Dans l'Equipe, Pieter Van Den Hoogenband, champion
olympique en titre du 100 m libre, s'emporte : «Elle flotte,
c'est clair, je l'ai vue. C'est tellement plus facile d'être haut
sur l'eau !»
Voilà le problème bien résumé : une combinaison qui permet une
meilleure flottabilité est interdite par la Fédération
internationale de natation (Fina). Un débat vieux comme la
combinaison en natation, apparue en 1998 et tolérée par la Fina à
partir d'octobre 1999. A l'époque, Popov maniait la parabole pour
décrypter la révolution : «C'est la différence entre un spaghetti
cuit ou non. Avant l'apparition de la combinaison, beaucoup de
nageurs limités techniquement se déplaçaient dans l'eau comme un
spaghetti cuit. Avec la combinaison, ils peuvent flotter comme un
spaghetti pas encore cuit. C'est à dire qu'à l'avenir on aura de
moins en moins de techniciens au départ car quelqu'un sans aucune
technique se verra automatiquement repositionné dans l'eau grâce
à sa combinaison.»
Jusqu'ici, les combinaisons avaient joué sur deux aspects : la
glisse et le gainage. Le brasseur Hugues Duboscq, qui a essayé la
LZR Racer en avril 2007, explique : «Quand on plonge, elle nous
compresse, elle nous maintient les abdos bien gainés, on est
mieux profilé dans la coulée. Le maintien du corps est plus
rectiligne.» Quant aux coutures, elles ont disparu, les pièces
sont soudées par ultrasons : «La matière est surprenante, on sent
que l'eau n'accroche pas dessus, il n'y a plus de friction, on
fuse.» Et la flottabilité ? Philippe Hellard, responsable du
département recherche à la fédération française : «Cette
combinaison l'améliore peut-être un petit peu. On est
probablement à 0,8 % d'amélioration, il est difficile d'évaluer
précisément. Par contre, un petit gain de cette nature peut faire
la différence de deux, voire trois dixièmes de seconde. Et
aujourd'hui, trois dixièmes, cela différencie 4 à 6 nageurs sur
une finale olympique.»
La LZR Racer pourrait donc forcer la gravité, complétant la
poussée d'Archimède. Pas de quoi émouvoir la Fina et son
inébranlable directeur roumain Cornel Marculescu, chargé
d'homologuer les tenues : «Aujourd'hui, il n'y a pas de tests
scientifiques pour mesurer la flottabilité, on ne peut pas
contrôler ce facteur.» Pourtant, il semble que Speedo y soit
parvenu. «Nous, on regarde simplement l'épaisseur, la coupe, la
transparence, la texture.» D'un coté, les compères de la Fina qui
tripotent les combinaisons comme au vide grenier du quartier. De
l'autre, Speedo et ses tests futuristes : «A Canberra, on nageait
avec des traceurs sur le corps et le bonnet, on alignait les
longueurs dans une cage où étaient disposées des caméras, ainsi
que des capteurs à l'entrée et à la sortie, précise Duboscq. On a
été aussi tracté dans le bassin par un câble.» La Fina s'est fait
une raison. Plutôt que d'entamer un bras de fer contre les
équipementiers, elle veille à un marché équilibré. «Les maillots
doivent être accessibles aux nageurs du monde entier, souligne
Marculescu. A Pékin, si un nageur pakistanais réclame un maillot
Speedo avant les séries olympiques, la marque devra le lui
prêter.» Concurrence. L'argument ne convainc pas Christos
Paparraodopoulos, l'entraîneur de Duboscq : «Les tenues sont de
plus en plus chères. Le prix de la LZR Racer atteint 450 euros,
les anciennes coûtaient déjà 250 euros. La natation ne se
démocratise pas vraiment. Et, sans faire le réac, c'était un
sport bien plus esthétique sans les combinaisons.» Mais moins
rentable. La concurrence va s'intensifier. Arena dévoile
aujourd'hui la combinaison qui habillera normalement Manaudou à
Pékin. Nike et Adidas suivront. La fédération française observe
de loin. Bonnets, survêtements, tongs et autres peignoirs sont
aux couleurs de l'équipementier officiel, Tyr. Pour le maillot,
elle laisse les nageurs choisir. «On prend acte de ces
nouveautés, la natation a aujourd'hui une part technologique,
soupire le DTN Claude Fauquet. On ne travaille plus sur les
combinaisons depuis des années. A quoi bon, si cela bénéficie aux
sportifs du monde entier ? Pour améliorer les performances, on se
concentre sur les départs, les virages et les coulées. Là , il y
a vraiment du temps à grappiller.»
Auteur : Mathieu Grégoire
Source : http://www.liberation.fr












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