Publié le: 10 Mars 2008
Par: Penel Arnaud
Lien: http://www.nxtri.com/
Le Norseman, un nom qu ien dit beaucoup...Des paysages difficiles

Norseman, l’incontestable Ironman 1/2

Photo par Laurent Planes

Le Norseman, désormais célèbre Ironman disputé en Norvège, ne peut pas être comparé à un autre événement Ironman. Ici pas de plateau de stars, pas de milliers de participants. Les difficultés du Norseman font tout simplement de cette compétition une course à part, et de ses participants des triathlètes hors du commun. Laurent Planes y était, et relate pour Xtriathlon des moments intenses et exceptionnels. Petite précision, l’assistance est autorisée, vous comprendrez pourquoi…

Plantons le décor : on est en Norvège, un village qui s'appelle Eidfjord. Comme son nom l'indique, le village se situe au bord d'un fjord, d'un côté un bout de mer, de l'autre les montagnes, et nous tout petits entre les deux... Trois potes qui se retrouvent là (avec femmes, enfants et copains...) parce qu'un jour il y en a un qui a dit : vous ne savez pas ce que j'ai trouvé sur internet ? Un Ironman en Norvège ! Il avait une certaine lueur dans les yeux... Comme des envies d'espace...

Vendredi 3 août 2007 – 15 heures : briefing

La salle de sport est plongée dans le noir, il y a là plus de 200 personnes entre les coureurs et les accompagnateurs. Nous sommes assis par terre. Une norvégienne en tenue folklorique vient nous jouer deux morceaux au violon. Elle donne quelques explications en anglais que je ne comprends pas. C’est ensuite au tour des organisateurs de prendre la parole. Là non plus je ne comprends pas tout, il faudra absolument que j’apprenne l’anglais. Heureusement les commentaires sont accompagnés de diapos projetées au mur, ça aide bien. Cela reprend essentiellement le descriptif qui est disponible sur internet. On apprend que comme l’eau est froide on ne nagera pas en direction d’Eidfjord, mais on partira dans l’autre sens et on sortira de l’eau à Ringoy. Cela veut dire 20 km de plus sur le vélo… Ca y est, on est dans l’ambiance.
Ils feront un feu à 1,3 km sur une berge avec une sortie à l'australienne. Ceux qui ne se sentiront pas bien pourront se signaler à ce moment-là.
Le reste de la journée se passe à préparer les vélos, les sacs, faire le point avec nos « supports » (in english in the text…), on fait aussi 2 bons repas pleins de sucres lents, les derniers…

Samedi 4 août 2007… J-DAY
Le vendredi soir on se couche tôt. La nuit est courte mais on arrive à dormir, pour moi pas trop mal, c’est plutôt étonnant… Réveil à deux heures du mat, le bateau doit partir entre 3 heures et 3 heures 30. Nos équipes iront à Ringoy préparer nos affaires dans le parc. Au bateau nous sommes 200 pingouins, en combi de natation, pieds nus…

On fait connaissance avec un français, on discute aussi 5 minutes avec un des membres de l’organisation qui est déjà venu ne France et connaît notre langue, il nous annonce une météo plutôt clémente et une eau à 14 – 15 degrés …

Une fois dans le bateau on nous marque au feutre avec nos numéros de dossards, sur le mollet et la main gauche. Ensuite on va se poser sur des banquettes et on attend. On ne parle pas beaucoup. Je regarde autour de moi ce qui se passe, les photographes, les interviews… Je suis dans ma bulle. On y est un peu tous je crois… On approche de 5 heures, heure prévue du départ ; on s’avance vers le sas du bateau d’où l’on doit sauter. Du hublot on voit le feu sur la berge. Ce sera facile de se diriger. Les portes s’ouvrent… Ce n’est pas la ruée, chacun prend son temps… Plonger dans l’eau froide à 5 heure du mat, personne n’y va en courant… On se souhaite bonne chance avec Gilles et Jean Marc.

Gilles est le premier à sauter à l’eau. J’attends qu’il n’y ait plus personne sur le ponton. Je m’avance au bord et je reste quelques secondes à regarder les autres nageurs dans l’eau. Moment magique où j’ai l’impression que le temps s’arrête…Je me jette à l’eau et le premier contact est disons… froid et tonique… L’eau rentre d’un coup dans la combi , elle doit bien être à 14 degrés… Je m’approche de la ligne et je me dis que ça va aller. L’eau est meilleure qu’à la sortie des glaciers à Eidfjord où on a nagé deux jours plus tôt… Je reste deux minutes à faire du sur place et la corne du bateau donne le départ.
Ca y est… On y est, c’est parti…
La tension s’en va d’un coup, comme il y a deux ans à Embrun… Maintenant il n’y a plus à réfléchir, juste à avancer. Ca avance bien jusqu’au feu, on y est vite. La sortie de l’eau n’est pas évidente sur les rochers glissants, on fait un peu d’escalade, on passe en courant devant le feu immense qui brûlerait presque la peau si on s’arrêtait trop longtemps… On passe derrière pour descendre sur d’autres rochers et replonger dans l’eau froide. On passe juste devant une sortie d’eau de glaciers, le contraste est saisissant, l’eau doit être à 12 degrés, mais ça ne dure pas trop longtemps. Sur la seconde partie il n’y a pas de feu pour se diriger… Je trouve que les autres nagent très au centre du fjord alors que la sortie de l’eau est sur le bord et qu’il serait plus logique de le longer… Je fais un compromis et je reste au milieu histoire de ne pas trop rallonger la distance. Je ne vois pas le temps passer et on arrive déjà à la sortie de l’eau… On apprendra plus tard qu’on avait un courant favorable, ce qui explique les temps de la natation…

Dès la sortie Laetitia me prend en charge et m’amène à mon vélo dans le parc. Elle a tout préparé et me tend tout ce dont j’ai besoin au fur et à mesure, quasiment sans que je lui dise quoi que ce soit, elle est vraiment au top ! Elle me cale 2 barres de céréales dans la bouche, le temps de prendre quelques photos et me voilà parti sur le vélo. Les 20 premiers kilomètres (ceux qu’on fait en plus !) jusqu’à Eidfjord sont roulants, plat ou plat descendant, ça permet de s’échauffer avant d’attaquer le col vers Dyranut. Je commence à bien boire et à m’alimenter. En fait je vais passer la journée à manger. Quelques kilomètres après Eidfjord on quitte la route principale pour emprunter une ancienne route touristique fermée à la circulation, on passe quelques tunnels, ça commence à monter. Le cadre est magnifique, une vallée encaissée avec des parois verticales de part et d’autre de la route, des cascades, des éboulis de rocher… Je reprends pas mal de concurrents dans la côte. Le haut du col est un peu moins pentu et offre des reliefs plus arrondis. Il y a peu de végétation et le vent fait son apparition. Un gars se met dans ma roue sur plusieurs kilomètres et me double juste avant le passage du col, j’apprécie le geste…

Au col Laetitia et Jérôme sont là avec du thé chaud, de quoi manger… Je m’habille pour la descente. Ils n’ont pas mes sur-chaussures, je les mettrai un peu plus loin dans la descente. Gilles est devant, Jean Marc derrière, Patricia me dit qu’il est sorti glacé de la natation…

Les 50 kilomètres qui suivent jusqu’à Geilo sont plutôt roulants, globalement descendants, toujours avec des paysages magnifiques, ce sera une constante sur le parcours vélo… Après Geilo on arrive sur 4 cols successifs. Laetitia et Jérôme ont eu la bonne idée de s’arrêter en bas du premier, je commençais justement à avoir faim. Je ne sais pas trop comment m’habiller pour la montée, j’ai peur d’avoir chaud mais je garde l’option veste de vélo en prévision de la descente… Dans le col je rejoins un Norvégien, on fait un peu connaissance, il a 53 ans, c’est son premier triathlon, il y a un an il ne savait pas nager… Un vrai Norvégien quoi ! On se retrouvera dans les 3 cols suivants, il va plus vite que moi dans les descentes et je le reprends dans les montées…

En haut du troisième col on décide avec Laetitia et Jérôme de ne se retrouver qu’à la zone de transition, il reste un col et 30 kilomètres de descente et ça devrait se passer sans problème (la suite me prouvera le contraire…). Le dernier col est le plus long et le plus dur des quatre. Je passe le petit plateau pour jouer la sécurité... Ca monte bien. Arrivé en haut le vent se fait de plus en plus fort. Passé le col on débouche sur une mer intérieure : un lac immense agité par des vagues ! Etonnant ce spectacle en haut d'un col de montagne. Le vent est violent et même sur le plat ça n'avance pas... Jérôme et Laetitia ont fait demi-tour pour me prévenir qu'il y avait du brouillard un peu plus loin et ils sont venus me donner de quoi m'habiller. Ils ont bien fait ! Les conditions sont vraiment très difficiles sur le plateau : brouillard, vent de face, froid... On ne sait pas où est le début de la descente (j'ai rejoint le Français avec qui on était sur le bateau avant le départ...). Cela dure un moment. Quand arrive enfin la descente je suis déjà trempé. Le brouillard se dissipe mais c'est la pluie qui prend le relais. Après quelques kilomètres de ce régime je suis frigorifié, trempé jusqu'aux os, crispé sur le vélo, j'ai du mal à freiner, à pédaler, mal partout... Je commence à bailler beaucoup, je me dis que ce n'est pas bon signe. Je décide de m'arrêter faire une pause, histoire de me réchauffer (au moins ne plus me refroidir) et me ravitailler. Ca commence à aller un peu mieux et je repars. Le répit ne dure pas, et en 2 minutes je suis de nouveau glacé... La descente dure 30 kms, une heure de calvaire. Je me sens incapable d'enchaîner sur un marathon et je décide d'arrêter la course à la zone de transition, d'assurer la fin du vélo, mais le plaisir n'est plus là et je ne veux pas me faire mal en continuant à tout prix.

Retrouvez l’aventure de Laurent Planes dès demain sur Xtriathlon… « Laetitia me tire et me pousse avec ses encouragements, elle n'arrête pas. Une Norvégienne nous double, elle va deux fois plus vite que moi et fait des pas de danse quand elle arrive à hauteur de son équipe. Ils sont fous ces Norvégiens !... »

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