Norseman, l’incontestable Ironman 1/2
Photo par Laurent Planes
Le Norseman, désormais célèbre Ironman disputé en Norvège, ne peut pas être comparé à un autre événement Ironman. Ici pas de plateau de stars, pas de milliers de participants. Les difficultés du Norseman font tout simplement de cette compétition une course à part, et de ses participants des triathlètes hors du commun. Laurent Planes y était, et relate pour Xtriathlon des moments intenses et exceptionnels. Petite précision, l’assistance est autorisée, vous comprendrez pourquoi…
Plantons le décor : on est en Norvège, un village qui s'appelle
Eidfjord. Comme son nom l'indique, le village se situe au bord
d'un fjord, d'un côté un bout de mer, de l'autre les montagnes,
et nous tout petits entre les deux... Trois potes qui se
retrouvent là (avec femmes, enfants et copains...) parce qu'un
jour il y en a un qui a dit : vous ne savez pas ce que j'ai
trouvé sur internet ? Un Ironman en Norvège ! Il avait une
certaine lueur dans les yeux... Comme des envies
d'espace...
Vendredi 3 août 2007 – 15 heures : briefing
La salle de sport est plongée dans le noir, il y a là plus de 200
personnes entre les coureurs et les accompagnateurs. Nous sommes
assis par terre. Une norvégienne en tenue folklorique vient nous
jouer deux morceaux au violon. Elle donne quelques explications
en anglais que je ne comprends pas. C’est ensuite au tour des
organisateurs de prendre la parole. Là non plus je ne comprends
pas tout, il faudra absolument que j’apprenne l’anglais.
Heureusement les commentaires sont accompagnés de diapos
projetées au mur, ça aide bien. Cela reprend essentiellement le
descriptif qui est disponible sur internet. On apprend que comme
l’eau est froide on ne nagera pas en direction d’Eidfjord, mais
on partira dans l’autre sens et on sortira de l’eau à Ringoy.
Cela veut dire 20 km de plus sur le vélo… Ca y est, on est dans
l’ambiance.
Ils feront un feu à 1,3 km sur une berge avec une sortie à
l'australienne. Ceux qui ne se sentiront pas bien pourront se
signaler à ce moment-là.
Le reste de la journée se passe à préparer les vélos, les sacs,
faire le point avec nos « supports » (in english in the text…),
on fait aussi 2 bons repas pleins de sucres lents, les derniers…
Samedi 4 août 2007… J-DAY
Le vendredi soir on se couche tôt. La nuit est courte mais on
arrive à dormir, pour moi pas trop mal, c’est plutôt étonnant…
Réveil à deux heures du mat, le bateau doit partir entre 3 heures
et 3 heures 30. Nos équipes iront à Ringoy préparer nos affaires
dans le parc. Au bateau nous sommes 200 pingouins, en combi de
natation, pieds nus…
On fait connaissance avec un français, on discute aussi 5 minutes
avec un des membres de l’organisation qui est déjà venu ne France
et connaît notre langue, il nous annonce une météo plutôt
clémente et une eau à 14 – 15 degrés …
Une fois dans le bateau on nous marque au feutre avec nos numéros
de dossards, sur le mollet et la main gauche. Ensuite on va se
poser sur des banquettes et on attend. On ne parle pas beaucoup.
Je regarde autour de moi ce qui se passe, les photographes, les
interviews… Je suis dans ma bulle. On y est un peu tous je crois…
On approche de 5 heures, heure prévue du départ ; on s’avance
vers le sas du bateau d’où l’on doit sauter. Du hublot on voit le
feu sur la berge. Ce sera facile de se diriger. Les portes
s’ouvrent… Ce n’est pas la ruée, chacun prend son temps… Plonger
dans l’eau froide à 5 heure du mat, personne n’y va en courant…
On se souhaite bonne chance avec Gilles et Jean Marc.
Gilles est le premier à sauter à l’eau. J’attends qu’il n’y ait
plus personne sur le ponton. Je m’avance au bord et je reste
quelques secondes à regarder les autres nageurs dans l’eau.
Moment magique où j’ai l’impression que le temps s’arrête…Je me
jette à l’eau et le premier contact est disons… froid et tonique…
L’eau rentre d’un coup dans la combi , elle doit bien être à 14
degrés… Je m’approche de la ligne et je me dis que ça va aller.
L’eau est meilleure qu’à la sortie des glaciers à Eidfjord où on
a nagé deux jours plus tôt… Je reste deux minutes à faire du sur
place et la corne du bateau donne le départ.
Ca y est… On y est, c’est parti…
La tension s’en va d’un coup, comme il y a deux ans à Embrun…
Maintenant il n’y a plus à réfléchir, juste à avancer. Ca avance
bien jusqu’au feu, on y est vite. La sortie de l’eau n’est pas
évidente sur les rochers glissants, on fait un peu d’escalade, on
passe en courant devant le feu immense qui brûlerait presque la
peau si on s’arrêtait trop longtemps… On passe derrière pour
descendre sur d’autres rochers et replonger dans l’eau froide. On
passe juste devant une sortie d’eau de glaciers, le contraste est
saisissant, l’eau doit être à 12 degrés, mais ça ne dure pas trop
longtemps. Sur la seconde partie il n’y a pas de feu pour se
diriger… Je trouve que les autres nagent très au centre du fjord
alors que la sortie de l’eau est sur le bord et qu’il serait plus
logique de le longer… Je fais un compromis et je reste au milieu
histoire de ne pas trop rallonger la distance. Je ne vois pas le
temps passer et on arrive déjà à la sortie de l’eau… On apprendra
plus tard qu’on avait un courant favorable, ce qui explique les
temps de la natation…
Dès la sortie Laetitia me prend en charge et m’amène à mon vélo
dans le parc. Elle a tout préparé et me tend tout ce dont j’ai
besoin au fur et à mesure, quasiment sans que je lui dise quoi
que ce soit, elle est vraiment au top ! Elle me cale 2 barres de
céréales dans la bouche, le temps de prendre quelques photos et
me voilà parti sur le vélo. Les 20 premiers kilomètres (ceux
qu’on fait en plus !) jusqu’à Eidfjord sont roulants, plat ou
plat descendant, ça permet de s’échauffer avant d’attaquer le col
vers Dyranut. Je commence à bien boire et à m’alimenter. En fait
je vais passer la journée à manger. Quelques kilomètres après
Eidfjord on quitte la route principale pour emprunter une
ancienne route touristique fermée à la circulation, on passe
quelques tunnels, ça commence à monter. Le cadre est magnifique,
une vallée encaissée avec des parois verticales de part et
d’autre de la route, des cascades, des éboulis de rocher… Je
reprends pas mal de concurrents dans la côte. Le haut du col est
un peu moins pentu et offre des reliefs plus arrondis. Il y a peu
de végétation et le vent fait son apparition. Un gars se met dans
ma roue sur plusieurs kilomètres et me double juste avant le
passage du col, j’apprécie le geste…
Au col Laetitia et Jérôme sont là avec du thé chaud, de quoi
manger… Je m’habille pour la descente. Ils n’ont pas mes
sur-chaussures, je les mettrai un peu plus loin dans la descente.
Gilles est devant, Jean Marc derrière, Patricia me dit qu’il est
sorti glacé de la natation…
Les 50 kilomètres qui suivent jusqu’à Geilo sont plutôt roulants,
globalement descendants, toujours avec des paysages magnifiques,
ce sera une constante sur le parcours vélo… Après Geilo on arrive
sur 4 cols successifs. Laetitia et Jérôme ont eu la bonne idée de
s’arrêter en bas du premier, je commençais justement à avoir
faim. Je ne sais pas trop comment m’habiller pour la montée, j’ai
peur d’avoir chaud mais je garde l’option veste de vélo en
prévision de la descente… Dans le col je rejoins un Norvégien, on
fait un peu connaissance, il a 53 ans, c’est son premier
triathlon, il y a un an il ne savait pas nager… Un vrai Norvégien
quoi ! On se retrouvera dans les 3 cols suivants, il va plus vite
que moi dans les descentes et je le reprends dans les
montées…
En haut du troisième col on décide avec Laetitia et Jérôme de ne
se retrouver qu’à la zone de transition, il reste un col et 30
kilomètres de descente et ça devrait se passer sans problème (la
suite me prouvera le contraire…). Le dernier col est le plus long
et le plus dur des quatre. Je passe le petit plateau pour jouer
la sécurité... Ca monte bien. Arrivé en haut le vent se fait de
plus en plus fort. Passé le col on débouche sur une mer
intérieure : un lac immense agité par des vagues ! Etonnant ce
spectacle en haut d'un col de montagne. Le vent est violent et
même sur le plat ça n'avance pas... Jérôme et Laetitia ont fait
demi-tour pour me prévenir qu'il y avait du brouillard un peu
plus loin et ils sont venus me donner de quoi m'habiller. Ils ont
bien fait ! Les conditions sont vraiment très difficiles sur le
plateau : brouillard, vent de face, froid... On ne sait pas où
est le début de la descente (j'ai rejoint le Français avec qui on
était sur le bateau avant le départ...). Cela dure un moment.
Quand arrive enfin la descente je suis déjà trempé. Le brouillard
se dissipe mais c'est la pluie qui prend le relais. Après
quelques kilomètres de ce régime je suis frigorifié, trempé
jusqu'aux os, crispé sur le vélo, j'ai du mal à freiner, à
pédaler, mal partout... Je commence à bailler beaucoup, je me dis
que ce n'est pas bon signe. Je décide de m'arrêter faire une
pause, histoire de me réchauffer (au moins ne plus me refroidir)
et me ravitailler. Ca commence à aller un peu mieux et je repars.
Le répit ne dure pas, et en 2 minutes je suis de nouveau glacé...
La descente dure 30 kms, une heure de calvaire. Je me sens
incapable d'enchaîner sur un marathon et je décide d'arrêter la
course à la zone de transition, d'assurer la fin du vélo, mais le
plaisir n'est plus là et je ne veux pas me faire mal en
continuant à tout prix.
Retrouvez l’aventure de Laurent Planes dès demain sur Xtriathlon…
« Laetitia me tire et me pousse avec ses encouragements, elle
n'arrête pas. Une Norvégienne nous double, elle va deux fois plus
vite que moi et fait des pas de danse quand elle arrive à hauteur
de son équipe. Ils sont fous ces Norvégiens !... »













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