Peut-on être déçu au passage de la ligne d’arrivée d’un Ironman ? Le sentiment de certains passe pourtant, après une course de laquelle on attendait plus, par la déception de ne pas avoir accompli son propre rêve. C’est ce que nous narre aujourd’hui Raphaël Mentrel, six mois après l’Ironman de Lanzarote.
Ca y est, je suis arrivé, avec 7 autres gars du club, à Puerto
del Carmen. Ce n’était pas gagné d'avance car nous avons failli
ne pas partir de Bordeaux… l'avion était trop petit pour emporter
toutes les valises vélo. Après moult palabres, tout rentre dans
l'ordre et nous nous envolons vers l'île magique. Voyage très
long et c'est avec soulagement que nous découvrons notre appart'
avec vue sur la mer.
Remontage des vélos qui sont intacts malgré la "délicatesse" avec
laquelle ils sont brassés d'avion en avion par le personnel des
aéroports…
Jeudi, début du parcours vélo, en vélo, avec le groupe. Je
me sens bien et même dans le faux plat montant vent dans le nez,
j'avance bien. Petite balade jusqu'au parc de Timanfaya puis
retour. 1h30' environ et assez souple. Après midi, direction La
Santa pour récupérer les dossards et participer à la parade des
nations ainsi qu'Ã la Pasta.
Vendredi, 1 tour du parcours natation. C'est beau, beaucoup de
poissons bleus et de houle ; ça ne va pas être facile.
L'après-midi c'est photos de l'île et reco en voiture de Teguise
puis les miradors et le retour.
Samedi, jour J. Pas trop bien dormi. Je suis un peu tendu.
Pendant le petit déj', je m'isole un peu de mes deux camarades
pour lire les petits mots d'encouragements que mes proches m'ont
remis avant de partir. Séquence émotion et je ne peux retenir
quelques larmes. La pression monte, un peu trop même peut-être.
Arrivée sur le site, tout le monde à l'air serein et prépare son
matos dans le calme. Je fais pareil, j'aide une concurrente
anglaise à gonfler son vélo et j'enfile ma combi.
Direction la plage où je décide d'aller me mouiller avant la
course. L'eau est bonne et... agitée. Un détail, le vent souffle
de sud-ouest, c'est à dire à l'envers par rapport aux autres
années. La pression est de plus en plus forte, faudrait que ça
parte maintenant.
Et ça part, je suis dans le sas des moins de 65' et ça part vite.
C'est assez calme malgré le manque de place et l'étroitesse du
sas et j'essaie de prendre les bons pieds. J'en ai pris, mais
dans la figure. Je nage malgré tout dans des paquets en regardant
bien la ligne d'eau pour éviter de zigzaguer. Le retour est
difficile à cause de la houle contraire. J'ai l'impression de
bien nager mais le chrono me prouvera le contraire : 1h17'. Je
suis déjà loin de mes estimations pour la qualif'. Eric, avec
lequel je sors de l'eau, me remonte le moral en me disant que
j’allais faire un bon vélo. Merci Eric. Je me change et je coure
à mon emplacement pour la grosse partie de la journée. Le vélo
tant redouté, de par le dénivelé et le vent passera finalement
très bien. Pendant les 120 premiers kilomètres, le vent est
majoritairement favorable et c'est assez souvent que je mets tout
à droite. Je remonte beaucoup de monde et je prends un réel
plaisir sur ce parcours très sélectif mais aussi très beau. Je
rattrape tous les gars du club sortis avant moi mais je prends un
premier éclat dans la descente du Mont Haria. La montée du
Mirador del Rio est un peu pénible mais ça avance quand
même.
Le retour se fera vent défavorable et ce fût vraiment pénible.
C'est long… j'aimerais bien arriver. Enfin, on rentre sur Puerto
del Carmen et il y a déjà pas mal de monde sur le marathon. Je
pose enfin le vélo et les premiers pas sont durs. J'ais du mal Ã
me redresser. Changement et je repars. ça va mieux et
je prends un bon rythme dès le départ mais il faut que j’aille
aux toilettes. Fred D me passe, il entame sont deuxième tour et
m'encourage. Je prends sa foulée. Je le suis mais le souffle est
court et il faut vraiment que je pi.... Enfin les toilettes.
Petite pose. Il fait une chaleur terrible là -dedans. Je repars,
le rythme est bon et à la faveur des demi-tours, je vois que je
reste à distance de Fred. Je croise aussi Bruno M qui est
très concentré sur sa course et il n'a pas l'air de s'amuser. Au
gré des kilomètres, je rattrape Steph, le premier du club à ce
moment de la course et je le double aux alentours du semi. C'est
là que ça se gâte. J'ai un peu mal aux cuisses, mais c'est
normal et je ne suis plus dans les temps pour la qualif' (ça fait
longtemps !) Je commence à marcher un peu plus, et encore un peu
plus. Qu'importe le chrono maintenant, je veux finir. J'encourage
les athlètes dans le même état que moi, mais aussi ceux qui sont
dans leur dernier tour. Une dernière fois je vois Bruno. Il a
tout enlevé, casquette et lunettes et il fait le forcing pour
aller chercher le dernier slot de sa caté. Il y arrive le bougre,
chapeau bas !
Fred a toujours une belle allure avec son bob vissé sur la tête
mais aura moins de chance que son acolyte. Enfin le dernier
demi-tour. J'ais toujours mal aux pieds, j'aurais du changer de
chaussettes à T2 car elles sont pleines de sable. Je décide de
recourir pour finir dignement ce bel Ironman. Je me fais doubler
par Elise Caillet, ce qui me remotive. Je me surprends à courir Ã
bonne allure malgré les cuisses douloureuses. Comme quoi, c'est
bien la tête qui commande. Je finis la course isolé afin d'être
le seul sur la photo finish.
Je suis très content d'arriver mais les sentiments éprouvés sont
très bizarres. Je ne sais pas si ce sont des regrets, de la
frustration ou le sentiment de ne pas avoir fait le travail qu'il
aurait fallu durant la course. Tant pis c'est fais, je suis
Lanzarote finisher mais une envie prédomine, c'est de le refaire
et d'y réaliser une très belle course.
Tous les gars du club (en tout 8) sont finishers. Les Saintais
aussi font du 100%. Mention spéciale à Bruno qui se requalifie
pour Hawaii en 9h59', Ã Fred qui la rate de peu mais qui fait une
belle course pour son premier Ironman.
Félicitations à tous les français qualifiés et aux autres.
Courage à ceux qui sont passés à côté comme moi ou qui ont été
obligés d'abandonner (ce qui est pire). Il ne faut pas se laisser
abattre et rebondir sur autre chose.
Il y avait une très bonne ambiance sur cette épreuve.
Mesdames, Mesdemoiselles et Messieurs les athlètes mais aussi les
accompagnateurs, MERCI.


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commentaires
10 Décembre 2007, par : raphiMalgrè tout, c'est une super épreuve et je vous la recommande chaudement.