La Diagonale des Fous est un raid hors normes. Chaque année la traversée à pied de l'île de la Réunion, réunit une poignée d'inconditionnels des raids extrêmes. Cette compétition, nous vous proposons aujourd'hui de la vivre de l’intérieur grâce au "frangin" d'Erik Clavery, jeune triathlète talentueux et habitué des articles "fleuve", comme l'est celui-ci.
... Jusqu’au jour « J »
Le Grand Raid 07 avait commencé pour moi à Auckland. Au moment de
s’inscrire pour cette « Diagonale des fous », j’étais en effet
parti barouder autour du monde depuis six mois, sac à dos. Le
premier obstacle à franchir, avait donc été de constituer
le dossier d’inscription. Et je savais que seuls 2000 noms
seraient retenus au hasard parmi toutes les candidatures.
Pour résoudre ce premier problème et fournir les pièces exigées
(sans quoi pas de course) j’avais fait confiance à Laetitia, mon
amie restée au cœur de l’Océan Indien. Manque de bol, à la case
c’était le vide astral pour trouver une photo d’identité. C’est
donc de Nouvelle Zélande que je lui avais adressé, collée sur une
carte postale, une photocopie de la photo d’identité de mon
passeport.
Cette manip de la dernière chance me vaudra l’honneur de proposer
à l’organisation l’un des portraits les plus pourris des
participants.
Bref, le dossier fut remis en bonne et due forme et quelques
semaines plus tard j’avais le plaisir de décrocher le fameux
dossard au tirage au sort. Plaisir d’autant plus grand que Daf et
Christophe mes deux grands copains raideurs de la Réunion étaient
aussi retenus.
Je ne dirai pas que mes randonnées avec mon gros sac à dos autour
du monde étaient axées sur la course à venir mais il m’était
arrivé d’y penser en traversant l’Île de Pâques, dans les Sounds
de Nouvelle Zélande ou sur l’Altiplano bolivien.
Hélas, ce qui aurait éventuellement pu ressembler à une pseudo
préparation, d’ailleurs bien souvent en altitude, s’était
interrompu pour les vacances d’été sur la côte Royannaise. Au
programme farnienté, beach-tennis, surf et soirées avec les
copains n’avaient pas laissé de temps pour la course à
pied.
Bien rangé au fond de ma tête, ce Grand Raid 2007 approchait
cependant à grand pas. Les autres concurrents et notamment mes
dalons raideurs avaient probablement débuté les sorties en
montagne sur leur île. Pas évident de toute façon pour moi d’en
faire autant avec les dénivelés à La Palmyre…même si, pour le
fun, j’avais participé aux 12km de Vaux/mer et fini
laborieusement sous le cagnard la course sur route de St
Augustin.
Nous sommes maintenant le 3 septembre 2007. Je suis de retour sur
l’île de la Réunion. Le Grand Raid dit « Diagonale des Fous »
s’élancera le 19 octobre et l’entraînement n’a toujours pas
débuté !
Il reste donc un mois et demi soit exactement 47 jours avant le
jour « J ».
Sachant que par tradition et en toute logique (il parait que les
recherches l’ont prouvé…) la dernière semaine est consacrée au
repos, il ne reste donc plus qu’une quarantaine de jours pour
préparer ces 150 km de montées/ descentes et ces 9000 m de
dénivelé positif. En d’autres termes, durant ces 150 km tu
grimpes de 9 km et tu descends par conséquent de 9 km… ce qui
n’est pas toujours plus aisé ! A peu de chose près, c’est
l’ascension puis la descente de l’Everest…
De quoi laisser songeur…
Quelques semaines avant le départ, on annonce une modif de
l’itinéraire : une partie du sentier de l’effroyable descente du
coteau Kerveguen s’est effondrée et ne sera pas praticable. Un
ouf de soulagement pour certains car ses échelles vertigineuses
et son inclinaison en faisaient frémir plus d’un.
Moi j’aimais bien pourtant, j’y doublais des dizaines
d’adversaires… Tant pis.
Le problème est déplacé car il faut toujours descendre à Cilaos.
Alors pour ça, le gentil organisateur opte pour le prolongement
du coteau Kervéguen jusqu’au gîte de la Caverne Dufour (au pied
du Piton des Neiges) et descente par le Bloc. Descente un peu
moins traumatisante pour les genoux mais allongement de la
distance d’une poignée de kilomètres avec augmentation du
dénivelé.
De toute façon on a pas le choix.
On est donc le 3 septembre et il va falloir s’y mettre !
Je chausse ma paire de Salomon XA Pro 3D fraîchement achetées en
métropole, je sangle mon petit sac à dos et c’est parti pour une
première sortie entre Boucan Canot et la Saline. Au bout d’une
heure et demie de footing, c’est l’ennui qui me gagne et je
renonce au retour à pied. Ca sera du stop pour rentrer à la case,
j’en ai marre ! C’est pas gagné…
L’expérience que j’ai accumulée au cours de mes deux premières
Diagonales me fait opter pour une préparation légèrement
différente. Puisque je ne peux plus tabler sur une préparation
longue, sur plusieurs mois, ni faire une accumulation de sorties
dans un temps limité qui ne me permettraient pas de suffisamment
récupérer, j’opte pour la qualité et non la quantité. Ca
m’arrange bien car j’aime pas trop beaucoup courir. C’est vrai,
au bout d’un moment je m’ennuie !
J’entends par qualité des sorties pas forcément super longues
mais avec du dénivelé. Au programme on retrouvera ainsi 4
descentes/montées Dos d’Ane/ Rivière des Galets (3 km et 700 m de
dénivelé positif) et le cumul de toutes mes sorties (12 au total
) ne s’élèvera qu’à 30h. De quoi faire sourire les connaisseurs
!!!.
Pas de chance, foudroyé par une grosse grippe, la fièvre m’oblige
à laisser filer une semaine sans entraînement. Cela réduit encore
un peu plus ma préparation. L’arrivée de mon frère Erik une
semaine et demie avant le Grand Raid me permet de bénéficier
d’une compagnie motivante pour mes deux dernières sorties.
Ces 4h de course à petite allure raideur semblent peser lourd
dans les jambes de mon Ironman de frère peu habitué à ce genre de
terrain. Les courbatures, les jours suivants, lui donnent un
aperçu des efforts à fournir pendant au moins 30h.
Trente, c’est le temps que j’ai passé sur les sentiers aux
éditions précédentes.
Au vu du retard pris à cause de ma grippe et du ras le bol
pendant l’une de mes sorties dans le Cirque de Mafate, que j’ai
du reste écourtée, une partie du parcours me reste inconnue.
C’est pourquoi nous décidons alors avec Erik de marcher deux
jours dans Mafate avec le matos de bivouac et les vivres pour
repérer cette dernière boucle une semaine avant l’heure
fatidique. Nous parcourons ainsi environ trente kilomètres à
raison de neuf heures par jour. Marche façon randonnée sportive,
harnachés de nos sacs à dos accusant chacun 17 à 18 kg et
contenant le matériel de couchage, la nourriture et l’eau. Nous
en suons pendant 2 jours ! Les sensations sont quand même bonnes
et la fatigue absente.
Terminé ! Maintenant c’est repos à fond. Orteils en éventail sous
les cocotiers , bains de soleil sur la plage et baignades dans le
lagon. Arrêt de la prise de glucides de J-6 à J-3 et stockages de
réserves sur les 3 derniers jours pour pouvoir surcompenser
.
Accompagné de Laetitia et Erik qui constituent à la fois mon
staff technique, mes dévoués supporters , et mon équipe
médicale (…) , je me rends à Saint Denis au Stade d’arrivée de La
Redoute afin de récupérer mon dossard. Une heure d’attente plus
tard je prends en main le « 1641 », deux ou trois souvenirs
distribués par les sponsors de l’épreuve ainsi que les tee-shirts
de course. Nous rentrons ensuite à Boucan Canot.
Jour « J »
Réveil matinal vers 9h puis sieste d’une heure en début d’après
midi avant les derniers préparatifs. Je cuisine des salades de
riz et de pâtes et les répartis dans les deux glacières avec le
reste de nourriture et les boissons.
Vincent Mougin, un copain de Daf nous retrouve à la case puis
nous prenons tous les quatre la route du sud, le coffre archi
rempli. Pause à Saint Pierre pour déguster un carri poulet et
enchaînement vers Saint Philippe et le Cap Méchant.
Heure H-2
Arrivée sur le site deux heures avant le départ. Nous nous garons
assez facilement dans le champ juste à côté du stade de départ.
Pendant qu’Erik et Laetitia visitent l’air de départ, je profite
des derniers instants de repos à l’arrière de la voiture en
compagnie de Vincent.
Heure H-1
A peine assoupi, c’est déjà l’heure d’enfiler
l’accoutrement du coureur et de se diriger vers le parc de
départ, via les tentes de vérification de matériel.
Un peu de crème sur les pieds et j’enfile mes chaussures. Je
retrouve ensuite de l’autre côté du couloir d’isolement, avec le
public venu nombreux, mes deux supporters de choc : Laetitia et
Erik.
Derniers mots avant le départ qui approche. Impossible de
transmettre mon gilet en laine, alors il va falloir que je le
prenne pour leur donner une fois sur la route.
Le décompte approche. Laetitia et Erik partent pour prendre de
l’avance.
Les organisateurs commentent l’évènement à venir avec un humour
qui détend l’atmosphère. L’impatience de certains se mêle à
l’angoisse de l’inconnu des autres. Je sais en gros ce qui nous
attend.
Ca va être long, dur et pas toujours agréable, loin de là…
L'Heure « H »… dans quelques temps !












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commentaires
22 Novembre 2007, par : mattmoshCe trail est une vraie légende où il faut s'inscrire pratiquement un an à l'avance! Ce premier récit donne l'eau à la bouche