Publié le: 21 Novembre 2007
Par: Beaubois Roland

Les Fous de la Diagonale #1

Photo par

La Diagonale des Fous est un raid hors normes. Chaque année la traversée à pied de l'île de la Réunion, réunit une poignée d'inconditionnels des raids extrêmes. Cette compétition, nous vous proposons aujourd'hui de la vivre de l’intérieur grâce au "frangin" d'Erik Clavery, jeune triathlète talentueux et habitué des articles "fleuve", comme l'est celui-ci.

... Jusqu’au jour « J »

Le Grand Raid 07 avait commencé pour moi à Auckland. Au moment de s’inscrire pour cette « Diagonale des fous », j’étais en effet parti barouder autour du monde depuis six mois, sac à dos. Le premier obstacle à franchir,  avait donc été de constituer le dossier d’inscription. Et je savais que seuls 2000 noms seraient retenus au hasard parmi toutes les candidatures.

Pour résoudre ce premier problème et fournir les pièces exigées (sans quoi pas de course) j’avais fait confiance à Laetitia, mon amie restée au cœur de l’Océan Indien. Manque de bol, à la case c’était le vide astral pour trouver une photo d’identité. C’est donc de Nouvelle Zélande que je lui avais adressé, collée sur une carte postale, une photocopie de la photo d’identité de mon passeport.
Cette manip de la dernière chance me vaudra l’honneur de proposer à l’organisation l’un des portraits les plus pourris des participants.
Bref, le dossier fut remis en bonne et due forme et quelques semaines plus tard j’avais le plaisir de décrocher le fameux dossard au tirage au sort. Plaisir d’autant plus grand que Daf et Christophe mes deux grands copains raideurs de la Réunion étaient aussi retenus.

Je ne dirai pas que mes randonnées avec mon gros sac à dos autour du monde étaient axées sur la course à venir mais il m’était arrivé d’y penser en traversant l’Île de Pâques, dans les Sounds de Nouvelle Zélande ou sur  l’Altiplano bolivien.
Hélas, ce qui aurait éventuellement pu ressembler à une pseudo préparation, d’ailleurs bien souvent en altitude, s’était interrompu pour les vacances d’été sur la côte Royannaise. Au programme farnienté, beach-tennis,  surf et soirées avec les copains n’avaient pas laissé de temps pour la course à pied.
Bien rangé au fond de ma tête, ce Grand Raid 2007 approchait cependant à grand pas. Les autres concurrents et notamment mes dalons raideurs avaient probablement débuté les sorties en montagne sur leur île. Pas évident de toute façon pour moi d’en faire autant avec les dénivelés à La Palmyre…même si, pour le fun, j’avais participé aux 12km de Vaux/mer et fini laborieusement sous le cagnard la course sur route de St Augustin.

Nous sommes maintenant le 3 septembre 2007. Je suis de retour sur l’île de la Réunion. Le Grand Raid dit « Diagonale des Fous » s’élancera le 19 octobre et l’entraînement n’a toujours pas débuté !
Il reste donc un mois et demi soit exactement 47 jours avant le jour « J ».
Sachant que par tradition et en toute logique (il parait que les recherches l’ont prouvé…) la dernière semaine est consacrée au repos, il ne reste donc plus qu’une quarantaine de jours pour préparer ces 150 km de montées/ descentes et ces 9000 m de dénivelé  positif. En d’autres termes, durant ces 150 km tu grimpes de 9 km et tu descends par conséquent de 9 km… ce qui n’est pas toujours plus aisé ! A peu de chose près, c’est l’ascension puis la descente de l’Everest…
De quoi laisser songeur…

Quelques semaines avant le départ, on  annonce une modif de l’itinéraire : une partie du sentier de l’effroyable descente du coteau Kerveguen s’est effondrée et ne sera pas praticable. Un ouf de soulagement pour certains car ses échelles vertigineuses et son inclinaison en faisaient frémir plus d’un.
Moi j’aimais bien pourtant, j’y doublais des dizaines d’adversaires… Tant pis.
Le problème est déplacé car il faut toujours descendre à Cilaos. Alors pour ça, le gentil organisateur opte pour le prolongement du coteau Kervéguen jusqu’au gîte de la Caverne Dufour (au pied du Piton des Neiges) et descente par le Bloc. Descente un peu moins traumatisante pour les genoux mais allongement de la distance d’une poignée de kilomètres avec augmentation du dénivelé.
De toute façon on a pas le choix.

On est donc le 3 septembre et il va falloir s’y mettre !
Je chausse ma paire de Salomon XA Pro 3D fraîchement achetées en métropole, je sangle mon petit sac à dos et c’est parti pour une première sortie entre Boucan Canot et la Saline. Au bout d’une heure et demie de footing, c’est l’ennui qui me gagne et je renonce au retour à pied. Ca sera du stop pour rentrer à la case, j’en ai marre ! C’est pas gagné…
L’expérience que j’ai accumulée au cours de mes deux premières Diagonales me fait opter pour une préparation légèrement différente. Puisque je ne peux plus tabler sur une préparation longue, sur plusieurs mois, ni faire une accumulation de sorties dans un temps limité qui ne me permettraient pas de suffisamment récupérer, j’opte pour la qualité et non la quantité. Ca m’arrange bien car j’aime pas trop beaucoup courir. C’est vrai, au bout d’un moment je m’ennuie !
J’entends par qualité des sorties pas forcément super longues mais avec du dénivelé. Au programme on retrouvera ainsi 4 descentes/montées Dos d’Ane/ Rivière des Galets (3 km et 700 m de dénivelé positif) et le cumul de toutes mes sorties (12 au total ) ne s’élèvera qu’à 30h. De quoi faire sourire les connaisseurs !!!.
Pas de chance, foudroyé par une grosse grippe, la fièvre m’oblige à laisser filer une semaine sans entraînement. Cela réduit encore un peu plus ma préparation. L’arrivée de mon frère Erik une semaine et demie avant le Grand Raid me permet de bénéficier d’une compagnie motivante pour mes deux dernières sorties.
Ces 4h de course à petite allure raideur semblent peser lourd dans les jambes de mon Ironman de frère peu habitué à ce genre de terrain. Les courbatures, les jours suivants, lui donnent un aperçu des efforts à fournir pendant au moins 30h.
Trente, c’est le temps que j’ai passé sur les sentiers aux éditions précédentes.
Au vu du retard pris à cause de ma grippe et du ras le bol pendant l’une de mes sorties dans le Cirque de Mafate, que j’ai du reste écourtée, une partie du parcours me reste inconnue. C’est pourquoi nous décidons alors avec Erik de marcher deux jours dans Mafate avec le matos de bivouac et les vivres pour repérer cette dernière boucle une semaine avant l’heure fatidique. Nous parcourons ainsi environ trente kilomètres à raison de neuf heures par jour. Marche façon randonnée sportive, harnachés de nos sacs à dos accusant chacun 17 à 18 kg et contenant le matériel de couchage, la nourriture et l’eau. Nous en suons pendant 2 jours ! Les sensations sont quand même bonnes et la fatigue absente.
Terminé ! Maintenant c’est repos à fond. Orteils en éventail sous les cocotiers , bains de soleil sur la plage et baignades dans le lagon. Arrêt de la prise de glucides de J-6 à J-3 et stockages de réserves sur les 3 derniers jours pour pouvoir surcompenser .
Accompagné de Laetitia et Erik qui constituent à la fois mon staff technique,  mes dévoués supporters , et mon équipe médicale (…) , je me rends à Saint Denis au Stade d’arrivée de La Redoute afin de récupérer mon dossard. Une heure d’attente plus tard je prends en main le « 1641 », deux ou trois souvenirs distribués par les sponsors de l’épreuve ainsi que les tee-shirts de course. Nous rentrons ensuite à Boucan Canot.

Jour « J »

Réveil matinal vers 9h puis sieste d’une heure en début d’après midi avant les derniers préparatifs. Je cuisine des salades de riz et de pâtes et les répartis dans les deux glacières avec le reste de nourriture  et les boissons.
Vincent Mougin, un copain de Daf nous retrouve à la case puis nous prenons tous les quatre la route du sud, le coffre archi rempli. Pause à Saint Pierre pour déguster un carri poulet et enchaînement vers Saint Philippe et le Cap Méchant.

Heure H-2

Arrivée sur le site deux heures avant le départ. Nous nous garons assez facilement dans le champ juste à côté du stade de départ. Pendant qu’Erik et Laetitia visitent l’air de départ, je profite des derniers instants de repos à l’arrière de la voiture en compagnie de Vincent.

Heure H-1

A peine  assoupi, c’est déjà l’heure d’enfiler l’accoutrement du coureur et de se diriger vers le parc de départ, via les tentes de vérification de matériel.
Un peu de crème sur les pieds et j’enfile mes chaussures. Je retrouve ensuite de l’autre côté du couloir d’isolement, avec le public venu nombreux, mes deux supporters de choc : Laetitia et Erik.
Derniers mots avant le départ qui approche. Impossible de transmettre mon gilet en laine, alors il va falloir que je le prenne pour leur donner une fois sur la route.
Le décompte approche. Laetitia et Erik partent pour prendre de l’avance.
Les organisateurs commentent l’évènement à venir avec un humour qui détend l’atmosphère. L’impatience de certains se mêle à l’angoisse de l’inconnu des autres. Je sais en gros ce qui nous attend.
Ca va être long, dur et pas toujours agréable, loin de là…

L'Heure « H »… dans quelques temps !

> fin de l'article

commentaires


22 Novembre 2007, par : mattmoshCe trail est une vraie légende où il faut s'inscrire pratiquement un an à l'avance! Ce premier récit donne l'eau à la bouche


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