Encore 10ème
Photo par IronmanLive
" Pour être devant il faut être exclusivement professionnel, ne faire que ça, ne penser qu’à ça, ne vivre que pour ça". Tout est résumé dans le résultat de Patrick Vernay, pourtant meilleur français encore cette année à Hawaii.
Mais quand allons-nous avoir de réelles chances de gagner à Hawaii ? En 2008 ? Peut-être…
Le top 5 ne sera pas encore pour cette année. Tout avait bien commencé pourtant puisqu’à l’issue des 3800 m de natation, j’étais encore largement dans le coup. En sortant avec Brown, Stadler, Sindballe ou encore Vanhoenacker, c’était une grosse partie de manivelles qui se profilait. Je savais qu’il me serait impossible de suivre le rythme impulsé par Stadler et Sindballe mais pour les autres cela restait dans mes cordes.
Finalement impossible de rester avec eux vu le train d’enfer adopté dès le départ. J’ai dû me résoudre à lâcher prise dès le 35ème km pour rester en compagnie de Victor Zyemtsev pendant près de 120 km.
Comme d’habitude, c’est peu avant l’amorce du demi-tour de Hawi qu’il m’a été donné de constater la tournure que la course avait prise. Esseulé, je pointais déjà bien loin derrière un groupe de 10 hommes roulant assez fort sous l’impulsion de Mac Cormack, mais encore plus loin de Lieto et Sindballe qui caracolaient en tête.
Brown avait littéralement explosé et j’ai mis peu de temps à le déposer à mon tour au moment où Beke parvenait lui aussi à me doubler.
C’est finalement seul que je terminais les 50 derniers km pour rallier le parc à vélo, ayant retrouvé de bonnes jambes qui m’auraient été bien utiles en début de course. Finalement je rattrapais Zamora (avec qui j’étais sorti de l’aire de transition et que j’avais dû laisser partir au 50ème km), avant d’entamer le marathon sous un mercure qui affichait les 37°C.
Je m’élançais donc sur le marathon sans savoir ni à quelle place je me trouvais ni à combien se montait l’écart avec la tête de course. Il m’a fallut attendre le 6ème km pour être fixé. Ce fut Lieto qui déboucha en premier suivi par Sindballe. Je me mis alors à compter le nombre de concurrents qui me précédaient. Un, deux, trois… 25 ???!!!
Je pointais donc en 26ème position, très loin du top 10 de l’an dernier qui à ce moment-là avait une odeur d’inaccessible. Il me fallait alors tout donner et c’est ce que j’ai fait puisque mon chronomètre a rapidement affiché 57’30’’ au passage du 15ème km, soit 2’ de moins que l’an dernier et à un peu plus de 15km/h.
J’étais donc parti sur des bases de 2h48, la deuxième partie de course étant un peu plus difficile, notamment avec la montée de Palani Road où je doublais Beke qui marchait. Je venais de passer 19ème. Le suivant fût l’allemand Timo Bracht dès le 20ème km et là, le trou, plus personne en vue. Courir sans faiblir en attendant le turn-point d’Energy Lab pour de nouveau évaluer une éventuelle possibilité d’entrer dans le top 15, c’était là ma seule pensée. J’ai d’abord croisé Mac Cormack qui avait vraisemblablement course gagnée et j’ai pu m’apercevoir que mes concurrents les plus proches n’étaient pas au mieux.
A la sortie de la célèbre cuvette je pointais en 16ème position et il ne me restait qu’un gros 10km à parcourir. J’ai alors posé le cerveau -si si j’en ai un- et entrepris de me rapprocher le plus du top 10 sans véritablement y croire jusqu’à déboucher en haut de Palani road et apercevoir le 10ème et le 11ème à seulement 100 m devant moi.
100 mètres ça peut paraître très peu mais aussi très loin surtout quand il ne reste qu’un km à parcourir. J’ai alors tout lâché dans la descente véritablement porté par la foule et tous les Français et Calédoniens qui m’encourageaient. Je me devais de terminer dans les dix pour remplir mon contrat et récompenser ainsi tous les sacrifices de ces trois derniers mois.
J’ai fini en boulet de canon, bouclant mon marathon en 2H48 et ayant réussi à reprendre 16 places dans l’ultime discipline. Cette nouvelle 10ème place m’a bien plus comblé que l’an dernier, sans doute en raison d’une fin de course particulièrement animée et parce qu’au départ du marathon beaucoup, dont moi-même, n’auraient jamais parié sur une telle remontée.
Le bilan est donc mitigé. 10ème de nouveau c’est super mais au regard de mon temps sur marathon, j’étais en droit d’espérer mieux. Il m’a manqué 10’ sur le vélo et même en m’étant davantage entraîné je n’ai rien pu faire. Il faut avouer que chaque année la course est de plus en plus rapide et que tous se donnent les moyens pour finir devant.
Il n’y a pas de secret. Pour être devant il faut être exclusivement professionnel, ne faire que ça, ne penser qu’à ça, ne vivre que pour ça. Je l’avais déjà dit l’an dernier mais je ne suis pas parvenu à trouver les moyens nécessaires pour me permettre de prendre une année sabbatique et me consacrer exclusivement au triathlon. L’an prochain il me faudra de nouveau choisir et je ne compte pas refaire la même erreur. C’est maintenant que je dois faire l’effort et pas dans 4 ans. Au regard du niveau actuel, je ne peux me permettre de travailler 14 heures par semaine. Je dois pouvoir me reposer en rentrant de mes entraînements et ne pas avoir à courir sous la douche pour être en cours l’heure suivante. Je dois surtout me déplacer régulièrement sur des courses de haut niveau ou encore participer à des stages mettant l’accent sur le vélo pour être plus performant.
En tout cas, merci à tous ceux qui m’ont soutenu et j’espère que l’an prochain je pourrais n’avoir aucun regret en franchissant la ligne d’arrivée. Merci à ma famille, mon club de Beauvais, et tous mes autres sponsors sans lesquels je ne serais jamais parvenu à me hisser de nouveau parmi les 10 meilleurs mondiaux.
Quant aux contrôles anti-dopages, y en a-t-il réellement ? Cela fait deux fois que je termine dans les 10 premiers et je n’ai jamais été contrôlé. Espérons que les 9 premiers soient de vrais champions et qu’ils soient tous propres, histoire d’être sûr de courir à armes égales. Soyons naïfs et essayons d’y croire…












texte plus grand
texte plus petit







commentaires
Pas de commentaires pour le moment