Publié le: 11 Octobre 2007
Par: Beaubois Roland
Lien: http://www.nataschabadmann.ch/

Badmann… "Comme un soleil au fond de moi"

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Natascha Badmann, bientôt 41 ans, fait partie des meilleures triathlètes de la planète. La suissesse se confie avant l'Ironman d'Hawaii, son épreuve fétiche.

Natascha Badmann : 1m65 pour 52kg et 41 ans le 6 décembre. A priori, ce profil en laisserait plus d'un indifférent. Mais gare aux apparences car derrière le regard doux et la voix mélodieuse de l'Argovienne se cache une dame de fer!

Sacrée sportive suisse en 1998 et en 2002, la triathlète s'attaquera le 13 octobre à son 10e Ironman d'Hawaï.

Au menu: 3,8km de natation, 180 km de vélo et... 42,195km de course à pied ! Seule Européenne à avoir inscrit son nom dans le palmarès de cette épreuve (6 succès et 2 fois 2e), Badmann évoque ses débuts, ses ambitions et le plaisir qu'elle éprouve à concourir à Hawaii.

 
"Badmann rime avec Ironman"

TXT: Pourquoi vous êtes-vous dirigée vers le triathlon?
NATASCHA BADMANN: C'était avant tout pour perdre du poids. J'avais rencontré Toni (ndlr:...Hasler qui est devenu son entraîneur et compagnon). Il disputait un triathlon et je lui ai dit que j'étais intéressée par ce sport. Toni m'a tout d'abord appris à nager le crawl. Au début, le maître-nageur de la piscine était inquiet car je n'arrêtais pas de boire la tasse (rires). Pour ce qui est du vélo, je n'étais jamais monté sur un cycle à plus de 3 vitesses. En fait, je n'avais pratiqué aucun sport avant.

Vous n'avez commencé à pratiquer le triathlon qu'à l'âge de 24 ans...
NATASCHA BADMANN: Au départ, les plus critiques estimaient qu'il était trop tard pour apprendre et atteindre un bon niveau. Par rapport à d'autres triathlètes, il est évident que j'ai débuté tard. Mais je suis moins usée, aussi bien physiquement que mentalement. Je suis encore jeune sportivement parlant.

Contrairement à certains athlètes qui ont commencé tôt, j'ai eu une adolescence normale. Je suis allée en boîte quand j'étais jeune alors que d'autres de mon âge s'entraînaient très dur et faisaient beaucoup de sacrifices.

 

"Je connais les limites de mon corps"

Vous fêterez 41 ans le 6 décembre. Quel est votre secret pour garder une pareille forme?
NATASCHA BADMANN: J'ai réalisé que je n'ai plus 20 ans. Mon corps a logiquement changé. J'ai accepté mon âge. Le côté positif est que je connais beaucoup mieux les limites de mon corps qu'à mes débuts dans le triathlon. Je sais jusqu'où je peux le pousser et quand il a besoin de repos. Ca c'est un énorme avantage. Dans les moments de surchauffe, je ralentis la cadence et je respire. Il y a un énorme travail mental que j'effectue depuis de longues années.

Vous avez remporté les 6 épreuves auxquelles vous avez participé en 2007 ! Tenez-vous la forme de votre vie?
NATASCHA BADMANN: L'an passé, j'étais en forme aussi. Malheureusement, une bactérie à Hawaii m'a fortement diminuée. Le succès est devenu inaccessible. Cela démontre que même en forme, la nature reste plus forte que l'être humain.

Comment faites-vous pour être plus rapide que l'année dernière lors des mêmes compétitions disputées?
NATASCHA BADMANN: Après mon 10e rang obtenu à Hawaï l'année dernière, j'étais un peu frustrée du résultat. Je me suis alors quasiment tout de suite remise au travail.

 

"Le défi est de surmonter les crises"

Vous disputerez samedi prochain votre 10e Ironman d'Hawaï. Des anecdotes particulières?
NATASCHA BADMANN: En 1998, lors de ma première victoire j'avais éprouvé des émotions extrêmement fortes. J'étais arrivée à un point pendant la course où je n'en pouvais vraiment plus. C'était comme si je mourais. Et puis l'année dernière, lorsque j'ai fini 10e, le public et certains concurrents n'ont cessé de me motiver pour que je n'abandonne pas. C'était un moment inoubliable.

Vous demeurez la seule Européenne à avoir remporté l'Ironman d'Hawaï...
NATASCHA BADMANN: Je me demande parfois comment j'ai pu gagner autant de fois (ndlr: 6 victoires).

 
"Ce n'est pas drôle toute la journée"

Qu'est-ce qui rend cette épreuve si particulière à vos yeux?
NATASCHA BADMANN: Chaque participant qui franchit la ligne d'arrivée est en fin de compte vainqueur. Tous les athlètes traversent des moments difficiles durant l'épreuve. Le défi et la beauté de cette discipline est de surmonter ces crises. Vous comprenez maintenant pourquoi les participants, du premier au dernier, sont heureux lorsqu'ils franchissent la ligne d'arrivée.

 
"Une tarte avec peut-être de la crème"

La notion de plaisir est un élément essentiel dans votre philosophie. Quel sera votre but le 13 octobre?
NATASCHA BADMANN: Le premier objectif est de savourer ce moment puis de disputer une course parfaite, au niveau de la concentration par exemple. Cela ne signifie pas forcément la victoire. Je veux être en accord avec mes émotions. Je suis reconnaissante de pouvoir fournir un tel effort à mon âge. Le jour de la course, j'éprouve d'abord du plaisir. Mais il ne faut pas se leurrer. Ce n'est pas drôle toute la journée. Si je me focalisais sur la douleur, je n'aurais aucune chance de rallier l'arrivée. Je porte mon attention sur des éléments extérieurs, tels que la mer.

Un mot de conclusion?
NATASCHA BADMANN: En langage imagé je dirais que si je finis la course, j'aurai gagné une tarte au chocolat. Si je m'impose, j'aurai la crème fraîche en supplément. En ce moment, j'ai comme un soleil en moi. J'aimerais être animée du même feeling pendant la course.

TXT. Propos recueillis par Miguel Bao

Source : http://www.tsr.ch

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