Publié le: 17 Juillet 2007
Par: Beaubois Roland
Laurent en préparation à Obernai

Roth : Etre là est bon

Photo par Laurent Martel

Que ce soit chez les hommes ou les femmes le 6ème Quelle Challenge Roth restera dans l'histoire. Roth, le plus populaire triathlon longue distance du monde, a célébré son sixième anniversaire en tant que course indépendante.

Mon objectif de la journée était de descendre sous les 10 heures sur L’Ironman de Roth (niveau international), et être le premier du club du Mulhouse Olympique Triathlon (meilleur club D1 en Alsace).


Wake up 3h30. P'tit déjeuner sympa puis direction Roth. Pas de bousculade pour arriver au parc, tout est génialement organisé. Le vélo est toujours là, parmi les 4000 autres, dont 600 Français venus vivre un moment inoubliable au sein de l’Usine à rêves. L'ambiance est omniprésente avec des milliers de décibels qui nous rappellent que l'événement est là, présent, et que c'est à nous de jouer… Dernières vérifications…


6h00. Je rejoins la berge afin de prendre le départ et m’échauffer. Les commentaires du speaker sont prenants, je suis à côté de Damien Favre-Félix, 1er Français en 2006. J’ai été classé en vague Pro, dû à mes résultats précédents, donc je pars dans la première vague. Nous savions que l’ambiance allait être exceptionnelle, mais là c’est fou, 28 chaînes de télévisions dans le monde retransmettent la course. Avec un départ à 6h30 du matin. C’est la plus belle épreuve d’Europe. Ces quelques mots d’un athlète en pleurs suffisent à imager ce que tous les participants de l’épreuve bavaroise ont pu vivre durant la journée avec un plateau d’athlète professionnel digne d’un championnat du monde.
Je nage bien, mon meilleur temps (à Roth) est de 56 minutes. J'allonge les bras et laisse glisser au maximum. J’ai de très bonne sensation, et je me dis qu'un temps canon est possible ! Dernière ligne… 58’20 minutes. Les bénévoles m'aident à sortir de l'eau. Passage par la tente où on se change, aidés par les bénévoles tous aussi gentils les uns que les autres. Casque et chaussures, et c'est parti après 1'03" minutes de transition pour la grande aventure.


Je m'alimente tout de suite, et le premier village rencontré me donne le ton de cette journée. Wallesau, quelques maisons plantées le long d'une route unique est "en feu" et les habitants se sont préparés à nous accueillir. La course est vraiment lancée et jamais on ne s'ennuie, tant le revêtement "rend" bien lors des parties roulantes, et parait inexistant lorsqu'on est poussés par tant d'acclamations. Lorsque vous avez le bonheur de passer dans les villages, les crécelles redoublent de vigueur, les mains géantes s'agitent, les hourrah vous poussent… Cela en devient presque facile !


Je lève la tête, après un virage à 90 degrés, et là j'hallucine : une ascension en forme d'entonnoir noire de monde se présente à moi. En 2001, 2005 c’était déjà pareil. En aval l'entonnoir est protégé par des barrières qui contiennent la foule en délire (ce n'est rien de le dire, 50.000 spectateurs sont présents à cet endroit sur les 150.000 recensés) puis les barrières disparaissent en amont et la foule se rapproche, ne vous laissant que quelques centimètres pour passer, en s'écartant à la dernière seconde. C'est un moment fou, délirant, inimaginable et tellement inhabituel que la difficulté n'est ressentie à aucun moment, même lorsqu'on se retrouve sur le faux plat montant qui succède à cet invraisemblable instant. On se croirait dans le Tour de France lors des étapes de montagnes. On passera deux fois à cet endroit, imaginez un peu… Au 2ème tour le vent se lève et c'est plus dur. Par moment sur le plat j’étais debout sur les pédales ! Le super chrono vélo ne sera pas là, mais j’améliore mon temps vélo quand même par rapport à la précédente édition, de 3 minutes.



A la transition un bénévole m'aide à descendre de ma monture, et s'occupe d'elle tandis que je cours me changer.
5h20 de vélo, soit 33,75 km/h de moyenne sur 180km, pas mal, mais j’aurai pu mieux faire, sans ce vent et mes 7000 KM au compteur.



Sortie de la tente après 2'01" minutes de transition. Je cours et j’ai une très belle foulée sur le marathon. J'avale aussi des gels et beaucoup d'eau mêlée. La forme est là. Schwand, au bout du canal, au passage de l'écluse, est le village où je prendrai le plus de plaisir. Je ne cesse de doubler et de redoubler pendant tout le marathon, un moment d'euphorie qui "s'éternisera" car de nombreux spectateurs m’encouragent en Allemand. Je ne comprends pas un seul mot, mais vu l’intonation de leur voix, ce n’est que du bon, il faut dire qu’en Allemagne le triathlon est très populaire, comme en Australie, ce n’est malheureusement pas le cas en France. L’ambiance est géniale et cette ferveur Allemande, vous prend par les tripes. Je croise Damien, le 1er Français au classement, du club de Vesoul qui me semble bien, puis le temps passe. Je suis au 20ème kilomètre quand je reviens du premier demi tour et là les choses se corsent, le vent se lève, je suis scotché. Mais comme plus d’une fois sur le parcours, je continue sur ma lancée de la même manière qu'au début. Je suis bien. Entre le 25ème et le 30ème Km, le parcours monte dans la forêt, cela devient dur, je sers les dents. Je n’ai pas le souvenir que c’était aussi dur à la précédente édition. Je continue, au demi tour du 30ème cela redescend avant d’attaquer la remontée vers le canal et la montée dans le sous-bois. Qui a dit que le marathon de l’Ironman du Quelle Challenge de Roth était plat ? Après la traversée du sous-bois, je me retrouve à 2 kilomètres de l'arrivée, heureux d’en finir et d’avoir retrouvé de meilleures sensations. Je rentre dans l’arène en finissant au sprint ou je dépose 1 concurrent de plus, et là mon nom est scandé par le public en folie. Le présentateur me prend par le bras et me félicite en me tendant une boisson. Cette journée fut longue, et pourtant qu'est-ce que ça a passé vite !


J'y ai véritablement pris du plaisir et je sais maintenant pourquoi j'aime tant cette distance : elle procure des sensations que nulle autre type de triathlon n'alimente. Elle nourrit le suspens d'une journée extraordinaire et reste l'aboutissement de tant de sacrifices et de renoncements… C'est aussi pour cela que tant d'athlètes mettent un point d'honneur à rallier l'arrivée, non pas pour le T-Shirt, non pas pour la médaille, mais pour leur conscience de sportif et leur bien-être intérieur. Après ça, on est en paix avec soi-même, différent. La distance Ironman du Triathlon reste pour moi la distance Reine de notre discipline.


Pas besoin de faire trois tours d'un stade de foot pour passer le portail d'arrivée… La foule est immense, intense, et la fourmilière que nous composions auparavant a maintenant changé de physionomie : elle nous tend les mains, nous sourit, nous congratule, elle nous aide, nous soutient et nous renforce dans notre perception du triathlon et de la vérité du sport. Etre là est bon, et arriver est une récompense que tous, ici présent, nous offrent.


J'arrive en 3h33 pour mes 42,195km et 9h56 pour mon temps total. Je fais 10 minutes de plus au total avec des conditions météo plus dures, dont 12 minutes de plus sur le marathon (la barrière des 10h est quand même battue, mais il me reste à analyser ma course, le plus important pour moi, je suis un peu déçu…). C’est une course qui requiert de la patience et chacun doit s'attendre à être dans le dur lors de la course, avec des moments d’absence. La soirée était festive avec un feu d’artifice et le dernier Finisher.


D’un point de vue sportif, la course a été marquée par le coup de poker réussit par l’Australien Chris Mac Cormack. Un one man show dont il a le secret et qui lui permet de devancer les autres stars en brisant une nouvelle fois la barre des huit heures.


L’équipe d’assistance Mavic a coloré l’épreuve en jaune mais a également prouvé une fois encore que l’assistance mécanique était comme toujours de grande qualité et inégalable.

 

Je remercie tous mes sponsors de la confiance accordée.

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