Publié le: 04 Avril 2007
Par: Roland Beaubois
Lien: http://patrick-vernay.xtriathlon.com/

IM Australie : "Macca n'aurait rien pu faire"

Photo par IronmanLive

"Macca n'aurait rien pu faire." Tels étaient les mots de félicitations des dauphins de Patrick Vernay, les australiens Jason Shortis et Craig Alexander. Vainqueur à Port Macquarie cette année, le néo-calédonien était le plus fort, et il l'a prouvé
On s'y attendait un peu... on l'espérait bien entendu, et finalement on n'a pas été surpris. Patrick l'a fait ! Il a remporté une énorme victoire, et démontré qu'il faudrait compter sur les tricolores cette année à Hawaii
Beaucoup d'observateurs, dont les rédacteurs d'Xtriathlon, se doutaient que Patrick Vernay était destiné à la plus haute marche du podium cette année en Australie, pourtant on n'osait y croire…
La gloire est donc arrivée en ce jour de 1er avril, devant un public australien conquis et des néo-calédoniens plus tricolores que jamais. Et comme la gloire ça se partage, j'ai demandé à Patrick de nous faire partager ces instants de bonheur.
Comme à son habitude, il s'est plié avec délice à ce jeu de l'interview…

Interview d'un grand bonhomme…

Xtriathlon : On va dire qu'il n'y en a que pour toi sur Xtriathlon (quatre articles dans Xtriathlon l'an passé), mais après tout ce sont tes performances qui provoquent cela. Comment te sens-tu de retour d'Australie ?
Patrick Vernay : Xtriathlon est le site de triathlon par excellence et le longue distance y trouve enfin la place qu’il mérite. Les Français ont actuellement de très bons résultats sur ces formats de courses et il est donc normal qu’on en parle. L’an dernier, mes performances m’ont enfin permis de susciter un intérêt de la part des médias et j’en suis très heureux. Je suis également conscient que certains puissent m’apprécier alors que d’autres sont blasés de lire des articles à mon sujet. Il en faut pour tout le monde. Ma 10ème place à Hawaï associée à la polémique qui a suivi ma participation au Championnat du Monde de Canberra ont également largement contribué à faire parler de moi l’an dernier et dans les deux cas cela m’aura permis d’être mieux compris et surtout d’être enfin reconnu. On sait qu’Hawaï est la course la plus médiatisée et c’est pour cette raison que j’ai bénéficié d’une attention importante de la part de toute la presse spécialisée et autres sites Internet .
Cette année je me devais de confirmer ma place de leader tricolore sur Ironman et avec cette 1ère place en Australie, c’est chose faite même s’il ne faut pas occulter la performance de Xavier qui revient au plus haut niveau cette année avec sa victoire en Malaisie. Il a les capacités de faire très fort cette année maintenant qu’il a résolu les soucis qui l’empêchaient de mener à bien ses objectifs de haut niveau.
Pour ma part, j’ai encore progressé cette année et cela s’annonce prometteur pour la saison et surtout pour Hawaï.

Xtriathlon : Il s'agit de ta première très grande victoire sur Ironman, après tes deux premières places en Corée en 2004 et 2005. Ca doit provoquer de grands frissons d'inscrire son nom en haut d'une telle épreuve, surtout après l'avoir préparée si méticuleusement ?
Patrick Vernay : Gagner un Ironman en Australie, berceau du triathlon si on peut dire, et surtout nation pour qui le triathlon est plus que populaire, est véritablement une satisfaction, une petite consécration. C’est ma troisième victoire sur Ironman mais c’est la plus importante car elle me confère un statut particulier. Quand un Champion du Monde comme Alexander vous félicite et vous affirme que vous avez été très fort ce jour-là et que vous auriez largement tenu la dragée haute à Macca, cela fait plus que plaisir. Le fait de terminer à une minute du temps de référence de ce dernier sur la même épreuve l’an dernier est également très encourageant sachant que j’ai presque tout fait seul cette année. D’autre part je gagne 6 minutes alors que le vent était un peu plus établi ce week-end. J’espère néanmoins que je pourrai réitérer une performance similaire dans le courant de l’année. Il faut que ma préparation se déroule aussi bien et qu’en aucune façon je ne sois gêné par une blessure quelconque car c’est ce qui a fait la différence cette année. J’ai en effet pu réaliser à l’entraînement tout ce que j’avais prévu de faire.

Xtriathlon : Tu peux nous résumer ta course ?
Patrick Vernay : Ma course n’aurait pas pu mieux se dérouler. Pour la natation, j’ai su me faire mal au bon moment, c’est à dire lorsque je me suis aperçu qu’un petit groupe avait opéré une cassure dès les 1000 premiers mètres. J’ai dû m’extirper du groupe dans lequel je me trouvais pour boucher les 15 mètres de retard que nous accusions. Il m’a fallu au moins 200 m pour que je me retrouve dans le sillage du premier groupe, persuadé alors d’être avec Alexander, un de mes principaux adversaires.
A la sortie de l’eau, ayant toujours de bonnes sensations je me retrouve rapidement aux avant-postes dès le 5ème km, avec le numéro 27, Cameron Watt. La voiture ouvreuse est devant nous et je me demande alors ce qu’il est advenu d’Alexander plutôt bon nageur et qui était sorti bien devant moi à Canberra en novembre dernier. Je me dis alors que je dois être en forme et que l’entraînement a enfin payé. Quand je croise Alexander après avoir opéré mon premier demi-tour, toujours flanqué de Cameron Watt qui n’est pas avare pour relancer quand je lui fais signe de passer devant, il est tout seul à 2’. Là je me dis que j’ai une carte à jouer. En croisant Cyrille Neveu qui emmène un petit groupe à déjà 3’, je suis également bien renseigné sur mon état de forme. Shortis suit à 4’ seulement et je sais qu’il va revenir sur le groupe de Cyrille. Petit doute de ma part car je pressens un regroupement qui pourrait bien me nuire. Au 60ème je les recroise tous ensemble et l’écart est toujours de 4’. J’ai de bonnes jambes et l’écart n’a pas bougé sauf sur Alexander qui s’est fait absorber par le groupe. Avec Cameron nous négocions assez bien les parties vallonnées qui constituent les 10 premiers km du parcours puis nous devons affronter un vent assez soutenu sur 12 km avant de rentrer de nouveau dans une petite forêt abritée du vent et dans laquelle nous opérons notre troisième demi-tour. Là encore le verdict est encourageant : 90 km et toujours 4’ d’avance. Shortis a accéléré et derrière le groupe a explosé, il est seul comme moi, ce qui me remotive. Le retour sur le site d’arrivée se fait vent dans le dos mais il y a toujours ces fameux 10 derniers kms où le parcours grimpe correctement. 120ème km, toujours 4’ et il nous reste une boucle de 60 km. Cameron ne passe plus et montre des signes de faiblesse. Au dernier demi-tour dans la forêt je tourne seul et il m’a concédé déjà 2’ alors que derrière Shortis roule avec Anderson qui l’a rejoint. Je me fais un peu de souci car si Shortis se repose un peu il a largement de quoi venir m’inquiéter à pied lui qui court toujours entre 2H50 et 2H55.
Mais j’ai de bonnes jambes et je roule super fort sur les 30 derniers km. A mon premier demi-tour à pied vers le 5ème km, j’ai 4’40’’ d’avance sur Shortis qui semble voler . Je suis parti un peu vite comme à mon habitude (7’25’’ au 2ème km) et pourtant l’écart n’a que faiblement grossi. Il va me falloir tenir encore 37 km. Mitch Anderson est déjà loin et Alexander est pointé à plus de 14’. Même s’il court très vite il ne devrait plus m’inquiéter d’autant plus que j’ai de bonnes jambes. Mon premier semi est bouclé en 1H22 et Shortis ne m’a toujours rien repris malgré la foule qui l’acclame quand je le croise. A 5 km de l’arrivée je le vois pour la dernière fois en chasse derrière moi et il est à 3’35. Je sais que la victoire est plus qu’à ma portée mais il me reste trois bosses à gravir et il ne faut pas que des crampes viennent me priver et me stopper sur le chemin du retour.
Finalement je termine assez fort et j’ai tout le loisir d’apprécier le dernier km, encouragé par une foule australienne acquise à ma cause et surtout par tous les Calédoniens qui ont fait le déplacement avec moi. Avec les 17 autres compétiteurs qui m’accompagnaient, nous n’étions pas moins de 40 Néo-Calédoniens présents sur le site. Le dernier 200 m est énorme. Je m’arrête pour faire une bise à ma mère, (ma femme n’ayant pu m’accompagner mais je sais qu’elle est derrière l’ordinateur) qui me tend le drapeau tricolore flanqué du Cagou Calédonien, notre emblème. Là je cours encore un peu, je m’arrête, me retourne pour saluer le public et je franchis la ligne en marchant avec notre beau drapeau au dessus de la tête. Après Xavier en Malaisie, les Français ont encore marqué les esprits. Là je pense à ma femme et à mon petit garçon qui a 16 mois juste ce jour-là. Cette victoire est pour eux car avec tous les sacrifices consentis, je me devais de finir devant ce 1er avril. Ils auront été mon moteur tout au long de la course, le petit plus qui m’a fait m’arracher davantage.

Xtriathlon : Tu prives Shortis d'une victoire qu'il recherche depuis treize éditions. Tu te rends compte que tu as réalisé un exploit hors du commun ?
Patrick Vernay :Je savais que Shortis voulait gagner à tout prix. Il semblait très confiant et surtout il était plus qu’affûté. Mais je redoutais aussi Alexander, vice champion du Monde à Canberra et Champion du Monde sur Half-Ironman à Clearwater.
J’ai réalisé un peu plus tard que j’avais véritablement réalisé une belle performance, quand, lors de la remise des prix durant mon discours, j’ai évoqué que Macca m’aurait sans doute battu s’il avait été présent. Mes deux dauphins m’ont ensuite pris à part pour me dire que même Macca n’aurait rien pu faire ce jour et que j’étais le plus fort. Même si je ne suis pas de leur avis, ça vous fait quand même quelque chose d’entendre ça de la bouche de grands champions. Il me faudra confirmer leur déclaration…

Xtriathlon : Ton papa courait également et de nombreux Calédoniens, ça a dû te donner encore plus d'énergie..
Patrick Vernay :Mon père et ma mère me suivent presque toujours sur mes Ironman. Quand mon père ne participe pas, il assure la logistique avec ma mère. Ils réservent billets, voiture, hôtel, partent avant moi et viennent me chercher à l’aéroport. Cela m’ôte une grosse dose de soucis et de fatigue superflus. Cette fois-ci, j'ai croisé mon père dans mon dernier km. Sa joie et le sourire qu’il arborait malgré l’effort m’ont donné des frissons.

Xtriathlon : Avec le drapeau tricolore brandit au-dessus de la tête au passage de la ligne, les américains ne se tromperont plus désormais !
Patrick Vernay :Je suis fier d’être français et chaque fois que je le peux je le montre. Cette fois-ci, beaucoup d’australiens auront entendu parler des Français et de la Nouvelle-Calédonie. C’est une chance pour moi de pouvoir brandir notre drapeau contribuant ainsi à montrer que la France elle aussi dispose de champions de Triathlon .

Xtriathlon : Xavier en Malaisie, toi en Australie, vous devriez être qualifiés d'office pour Lorient non ?
Patrick Vernay :Pour Lorient, les critères de sélection sont clairement établis. Il faut se qualifier à Vendôme le 27 mai. Ceci signifie que je vais devoir me déplacer par deux fois à 20000 km en un mois et demi si je suis retenu en équipe de France. Ce sera un challenge difficile mais je n’ai pas le choix et il n’y aura pas de passe-droit.
Pourtant je sais que la Fédération suit mes performances puisque j’ai reçu un message de félicitations de la DTN et de notre Président. Cela m’a fait très plaisir de voir l’intérêt qu’ils portent à la performance que j’ai réalisée. Néanmoins ils ne peuvent me favoriser car certains triathlètes y trouveraient encore à redire et l’expérience de l’an dernier à Canberra a montré combien certains peuvent parfois avoir des comportements inattendus et refuser l’évidence.

Xtriathlon : Keat sur le podium ça t'évoque quoi (elle avait remporté le Western Australia en 2004 mais avait été contrôlée positive à la nandrolone) ?
Patrick Vernay :Rébecca Keat a réalisé une grosse performance et on connaît mes positions sur le dopage. Quand tu es pris à tricher une fois, tu ne devrais plus avoir la possibilité de recourir. On connaît actuellement le problème des récidivistes. Tôt ou tard ils recommencent.
De plus pour moi il faut être fort psychologiquement mais surtout avoir excessivement peu d’amour propre (cf Nina Kraft) pour revenir sur une épreuve après avoir été contrôlé positif. A moins qu’elle ne soit innocente comme elle le prétend, et dans ce cas Keat a dû vivre des moments plus que difficiles. Quand on ne sait pas, mieux vaut s’abstenir de tenir des discours sans fondement et sans preuve. En tout cas les australiens la considère innocente c’est sûr, et de mon côté je préfère rester évasif à ce sujet et ne pas condamner sans connaître réellement le fondement de l’histoire.
Le dopage est un véritable fléau qu’il faut éradiquer tant que le triathlon n’est pas encore gangrené. Je le dis une fois encore, il faut également éviter de tenir des propos catégoriques et diffamatoires quand on ne dispose pas de preuves. Il y a 5 ans, je me disais que pour faire dans les 5 à Hawaï il fallait être dopé. Aujourd’hui je me sens capable de faire dans les 5 et pourtant je ne suis pas et ne me doperai jamais. Peut-être que je suis également naïf et que mes concurrents directs à Hawaï sont tous dopés, mais non je ne pense pas. Bien évidemment il y a des individus sur lesquels j’ai d’énormes suspicions mais je me garderais bien de dire publiquement qui ils sont sauf à mon entourage proche. Il y a des signes qui ne trompent pas et mes soupçons se sont toujours trouvés confortés par des contrôles positifs sur les individus en question.

Xtriathlon : Merci Patrick, repose toi bien !

Résultats de l'Ironman Australie : http://www.xtriathlon.com/eventresult.php?idEvent=703
Le site de Patrick Vernay : http://patrick-vernay.xtriathlon.com/
Sa fiche : http://www.xtriathlon.com/fiche-athlete.php?coureur_id=174

> fin de l'article

commentaires


07 Avril 2007, par : laurentc'est vrai Macca est encore au dessus de toi (ton tour viendra comme il est venu pour être 1er Français), mais tu fais une très belle course, en parlant de dopage, il suffit de voir les perfs de Hawai au temps de mark allen avec son temps marathon de 2h42 dans ce climat et du record de 7h50 à roth pour s'intérroger fortement sur leur temps et le dopage mais malheureusement celui là aura toujours de l'avance sur les contrôles car depuis la mise en place de contrôle ses records ne sont jamais tombés et poutant ils datent...


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