IM Australie : "Macca n'aurait rien pu faire"
Photo par IronmanLive
Beaucoup d'observateurs, dont les rédacteurs d'Xtriathlon, se doutaient que Patrick Vernay était destiné à la plus haute marche du podium cette année en Australie, pourtant on n'osait y croire…
La gloire est donc arrivée en ce jour de 1er avril, devant un public australien conquis et des néo-calédoniens plus tricolores que jamais. Et comme la gloire ça se partage, j'ai demandé à Patrick de nous faire partager ces instants de bonheur.
Comme à son habitude, il s'est plié avec délice à ce jeu de l'interview…
Interview d'un grand bonhomme…
Xtriathlon : On va dire qu'il n'y en a que pour
toi sur Xtriathlon (quatre articles dans Xtriathlon l'an passé),
mais après tout ce sont tes performances qui provoquent cela.
Comment te sens-tu de retour d'Australie ?
Patrick Vernay : Xtriathlon est le site de
triathlon par excellence et le longue distance y trouve enfin la
place qu’il mérite. Les Français ont actuellement de très bons
résultats sur ces formats de courses et il est donc normal qu’on
en parle. L’an dernier, mes performances m’ont enfin permis de
susciter un intérêt de la part des médias et j’en suis très
heureux. Je suis également conscient que certains puissent
m’apprécier alors que d’autres sont blasés de lire des articles à
mon sujet. Il en faut pour tout le monde. Ma 10ème place à Hawaï
associée à la polémique qui a suivi ma participation au
Championnat du Monde de Canberra ont également largement
contribué à faire parler de moi l’an dernier et dans les deux cas
cela m’aura permis d’être mieux compris et surtout d’être enfin
reconnu. On sait qu’Hawaï est la course la plus médiatisée et
c’est pour cette raison que j’ai bénéficié d’une attention
importante de la part de toute la presse spécialisée et autres
sites Internet .
Cette année je me devais de confirmer ma place de leader
tricolore sur Ironman et avec cette 1ère place en Australie,
c’est chose faite même s’il ne faut pas occulter la performance
de Xavier qui revient au plus haut niveau cette année avec sa
victoire en Malaisie. Il a les capacités de faire très fort cette
année maintenant qu’il a résolu les soucis qui l’empêchaient de
mener à bien ses objectifs de haut niveau.
Pour ma part, j’ai encore progressé cette année et cela s’annonce
prometteur pour la saison et surtout pour Hawaï.
Xtriathlon : Il s'agit de ta première très
grande victoire sur Ironman, après tes deux premières places en
Corée en 2004 et 2005. Ca doit provoquer de grands frissons
d'inscrire son nom en haut d'une telle épreuve, surtout après
l'avoir préparée si méticuleusement ?
Patrick Vernay : Gagner un Ironman en Australie,
berceau du triathlon si on peut dire, et surtout nation pour qui
le triathlon est plus que populaire, est véritablement une
satisfaction, une petite consécration. C’est ma troisième
victoire sur Ironman mais c’est la plus importante car elle me
confère un statut particulier. Quand un Champion du Monde comme
Alexander vous félicite et vous affirme que vous avez été très
fort ce jour-là et que vous auriez largement tenu la dragée haute
à Macca, cela fait plus que plaisir. Le fait de terminer à une
minute du temps de référence de ce dernier sur la même épreuve
l’an dernier est également très encourageant sachant que j’ai
presque tout fait seul cette année. D’autre part je gagne 6
minutes alors que le vent était un peu plus établi ce week-end.
J’espère néanmoins que je pourrai réitérer une performance
similaire dans le courant de l’année. Il faut que ma préparation
se déroule aussi bien et qu’en aucune façon je ne sois gêné par
une blessure quelconque car c’est ce qui a fait la différence
cette année. J’ai en effet pu réaliser à l’entraînement tout ce
que j’avais prévu de faire.
Xtriathlon : Tu peux nous résumer ta course
?
Patrick Vernay : Ma course n’aurait pas pu mieux
se dérouler. Pour la natation, j’ai su me faire mal au bon
moment, c’est à dire lorsque je me suis aperçu qu’un petit groupe
avait opéré une cassure dès les 1000 premiers mètres. J’ai dû
m’extirper du groupe dans lequel je me trouvais pour boucher les
15 mètres de retard que nous accusions. Il m’a fallu au moins 200
m pour que je me retrouve dans le sillage du premier groupe,
persuadé alors d’être avec Alexander, un de mes principaux
adversaires.
A la sortie de l’eau, ayant toujours de bonnes sensations je me
retrouve rapidement aux avant-postes dès le 5ème km, avec le
numéro 27, Cameron Watt. La voiture ouvreuse est devant nous et
je me demande alors ce qu’il est advenu d’Alexander plutôt bon
nageur et qui était sorti bien devant moi à Canberra en novembre
dernier. Je me dis alors que je dois être en forme et que
l’entraînement a enfin payé. Quand je croise Alexander après
avoir opéré mon premier demi-tour, toujours flanqué de Cameron
Watt qui n’est pas avare pour relancer quand je lui fais signe de
passer devant, il est tout seul à 2’. Là je me dis que j’ai une
carte à jouer. En croisant Cyrille Neveu qui emmène un petit
groupe à déjà 3’, je suis également bien renseigné sur mon état
de forme. Shortis suit à 4’ seulement et je sais qu’il va revenir
sur le groupe de Cyrille. Petit doute de ma part car je pressens
un regroupement qui pourrait bien me nuire. Au 60ème je les
recroise tous ensemble et l’écart est toujours de 4’. J’ai de
bonnes jambes et l’écart n’a pas bougé sauf sur Alexander qui
s’est fait absorber par le groupe. Avec Cameron nous négocions
assez bien les parties vallonnées qui constituent les 10 premiers
km du parcours puis nous devons affronter un vent assez soutenu
sur 12 km avant de rentrer de nouveau dans une petite forêt
abritée du vent et dans laquelle nous opérons notre troisième
demi-tour. Là encore le verdict est encourageant : 90 km et
toujours 4’ d’avance. Shortis a accéléré et derrière le groupe a
explosé, il est seul comme moi, ce qui me remotive. Le retour sur
le site d’arrivée se fait vent dans le dos mais il y a toujours
ces fameux 10 derniers kms où le parcours grimpe correctement.
120ème km, toujours 4’ et il nous reste une boucle de 60 km.
Cameron ne passe plus et montre des signes de faiblesse. Au
dernier demi-tour dans la forêt je tourne seul et il m’a concédé
déjà 2’ alors que derrière Shortis roule avec Anderson qui l’a
rejoint. Je me fais un peu de souci car si Shortis se repose un
peu il a largement de quoi venir m’inquiéter à pied lui qui court
toujours entre 2H50 et 2H55.
Mais j’ai de bonnes jambes et je roule super fort sur les 30
derniers km. A mon premier demi-tour à pied vers le 5ème km, j’ai
4’40’’ d’avance sur Shortis qui semble voler . Je suis parti un
peu vite comme à mon habitude (7’25’’ au 2ème km) et pourtant
l’écart n’a que faiblement grossi. Il va me falloir tenir encore
37 km. Mitch Anderson est déjà loin et Alexander est pointé à
plus de 14’. Même s’il court très vite il ne devrait plus
m’inquiéter d’autant plus que j’ai de bonnes jambes. Mon premier
semi est bouclé en 1H22 et Shortis ne m’a toujours rien repris
malgré la foule qui l’acclame quand je le croise. A 5 km de
l’arrivée je le vois pour la dernière fois en chasse derrière moi
et il est à 3’35. Je sais que la victoire est plus qu’à ma portée
mais il me reste trois bosses à gravir et il ne faut pas que des
crampes viennent me priver et me stopper sur le chemin du
retour.
Finalement je termine assez fort et j’ai tout le loisir
d’apprécier le dernier km, encouragé par une foule australienne
acquise à ma cause et surtout par tous les Calédoniens qui ont
fait le déplacement avec moi. Avec les 17 autres compétiteurs qui
m’accompagnaient, nous n’étions pas moins de 40 Néo-Calédoniens
présents sur le site. Le dernier 200 m est énorme. Je m’arrête
pour faire une bise à ma mère, (ma femme n’ayant pu m’accompagner
mais je sais qu’elle est derrière l’ordinateur) qui me tend le
drapeau tricolore flanqué du Cagou Calédonien, notre emblème. Là
je cours encore un peu, je m’arrête, me retourne pour saluer le
public et je franchis la ligne en marchant avec notre beau
drapeau au dessus de la tête. Après Xavier en Malaisie, les
Français ont encore marqué les esprits. Là je pense à ma femme et
à mon petit garçon qui a 16 mois juste ce jour-là. Cette victoire
est pour eux car avec tous les sacrifices consentis, je me devais
de finir devant ce 1er avril. Ils auront été mon moteur tout au
long de la course, le petit plus qui m’a fait m’arracher
davantage.
Xtriathlon : Tu prives Shortis d'une victoire
qu'il recherche depuis treize éditions. Tu te rends compte que tu
as réalisé un exploit hors du commun ?
Patrick Vernay :Je savais que Shortis voulait
gagner à tout prix. Il semblait très confiant et surtout il était
plus qu’affûté. Mais je redoutais aussi Alexander, vice champion
du Monde à Canberra et Champion du Monde sur Half-Ironman à
Clearwater.
J’ai réalisé un peu plus tard que j’avais véritablement réalisé
une belle performance, quand, lors de la remise des prix durant
mon discours, j’ai évoqué que Macca m’aurait sans doute battu
s’il avait été présent. Mes deux dauphins m’ont ensuite pris à
part pour me dire que même Macca n’aurait rien pu faire ce jour
et que j’étais le plus fort. Même si je ne suis pas de leur avis,
ça vous fait quand même quelque chose d’entendre ça de la bouche
de grands champions. Il me faudra confirmer leur déclaration…
Xtriathlon : Ton papa courait également et de
nombreux Calédoniens, ça a dû te donner encore plus
d'énergie..
Patrick Vernay :Mon père et ma mère me suivent
presque toujours sur mes Ironman. Quand mon père ne participe
pas, il assure la logistique avec ma mère. Ils réservent billets,
voiture, hôtel, partent avant moi et viennent me chercher à
l’aéroport. Cela m’ôte une grosse dose de soucis et de fatigue
superflus. Cette fois-ci, j'ai croisé mon père dans mon dernier
km. Sa joie et le sourire qu’il arborait malgré l’effort m’ont
donné des frissons.
Xtriathlon : Avec le drapeau tricolore brandit
au-dessus de la tête au passage de la ligne, les américains ne se
tromperont plus désormais !
Patrick Vernay :Je suis fier d’être français et
chaque fois que je le peux je le montre. Cette fois-ci, beaucoup
d’australiens auront entendu parler des Français et de la
Nouvelle-Calédonie. C’est une chance pour moi de pouvoir brandir
notre drapeau contribuant ainsi à montrer que la France elle
aussi dispose de champions de Triathlon .
Xtriathlon : Xavier en Malaisie, toi en
Australie, vous devriez être qualifiés d'office pour Lorient non
?
Patrick Vernay :Pour Lorient, les critères de
sélection sont clairement établis. Il faut se qualifier à Vendôme
le 27 mai. Ceci signifie que je vais devoir me déplacer par deux
fois à 20000 km en un mois et demi si je suis retenu en équipe de
France. Ce sera un challenge difficile mais je n’ai pas le choix
et il n’y aura pas de passe-droit.
Pourtant je sais que la Fédération suit mes performances puisque
j’ai reçu un message de félicitations de la DTN et de notre
Président. Cela m’a fait très plaisir de voir l’intérêt qu’ils
portent à la performance que j’ai réalisée. Néanmoins ils ne
peuvent me favoriser car certains triathlètes y trouveraient
encore à redire et l’expérience de l’an dernier à Canberra a
montré combien certains peuvent parfois avoir des comportements
inattendus et refuser l’évidence.
Xtriathlon : Keat sur le podium ça t'évoque quoi
(elle avait remporté le Western Australia en 2004 mais avait été
contrôlée positive à la nandrolone) ?
Patrick Vernay :Rébecca Keat a réalisé une
grosse performance et on connaît mes positions sur le dopage.
Quand tu es pris à tricher une fois, tu ne devrais plus avoir la
possibilité de recourir. On connaît actuellement le problème des
récidivistes. Tôt ou tard ils recommencent.
De plus pour moi il faut être fort psychologiquement mais surtout
avoir excessivement peu d’amour propre (cf Nina Kraft) pour
revenir sur une épreuve après avoir été contrôlé positif. A moins
qu’elle ne soit innocente comme elle le prétend, et dans ce cas
Keat a dû vivre des moments plus que difficiles. Quand on ne sait
pas, mieux vaut s’abstenir de tenir des discours sans fondement
et sans preuve. En tout cas les australiens la considère
innocente c’est sûr, et de mon côté je préfère rester évasif à ce
sujet et ne pas condamner sans connaître réellement le fondement
de l’histoire.
Le dopage est un véritable fléau qu’il faut éradiquer tant que le
triathlon n’est pas encore gangrené. Je le dis une fois encore,
il faut également éviter de tenir des propos catégoriques et
diffamatoires quand on ne dispose pas de preuves. Il y a 5 ans,
je me disais que pour faire dans les 5 à Hawaï il fallait être
dopé. Aujourd’hui je me sens capable de faire dans les 5 et
pourtant je ne suis pas et ne me doperai jamais. Peut-être que je
suis également naïf et que mes concurrents directs à Hawaï sont
tous dopés, mais non je ne pense pas. Bien évidemment il y a des
individus sur lesquels j’ai d’énormes suspicions mais je me
garderais bien de dire publiquement qui ils sont sauf à mon
entourage proche. Il y a des signes qui ne trompent pas et mes
soupçons se sont toujours trouvés confortés par des contrôles
positifs sur les individus en question.
Xtriathlon : Merci Patrick, repose toi bien !
Résultats de l'Ironman Australie : http://www.xtriathlon.com/eventresult.php?idEvent=703
Le site de Patrick Vernay : http://patrick-vernay.xtriathlon.com/
Sa fiche : http://www.xtriathlon.com/fiche-athlete.php?coureur_id=174












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commentaires
07 Avril 2007, par : laurentc'est vrai Macca est encore au dessus de toi (ton tour viendra comme il est venu pour être 1er Français), mais tu fais une très belle course, en parlant de dopage, il suffit de voir les perfs de Hawai au temps de mark allen avec son temps marathon de 2h42 dans ce climat et du record de 7h50 à roth pour s'intérroger fortement sur leur temps et le dopage mais malheureusement celui là aura toujours de l'avance sur les contrôles car depuis la mise en place de contrôle ses records ne sont jamais tombés et poutant ils datent...