Monde 2007 : c’était mieux avant
Photo par Xtriathlon
La mauvaise foi caractéristique du conservateur aigri, m’inspire un profond mépris. L’absence de doute chez les péremptoires, également. Aussi, je dois avouer que ma propre réaction de rejet à l’annonce du format de Lorient 2007, m’a plongé dans une grande perplexité. Aurais-je donc franchi le Rubicon des acariâtres du « c’était mieux avant » ?
A Lorient, quand la pluie approchait, la cour du Lycée embaumait le port de pêche. Les Embraer Xingu, les Bréguet Atlantic et les Fouga Magister survolaient nos récréations en approche de Lann-Bihoué. L’internat était strict, mais on y a passé de joyeuses et saines années entre hommes. C’est vrai, certains Frères Lassaliens transformaient parfois l’extrémité carrée de leurs godasses en instrument autoritaire de leur pédagogie pré-soixante-huitarde. C’est vrai aussi, les manifs contre DEVAQUET, on a zappé total… Bien sûr, il y avait le foot obligatoire sous la menace du moyen coercitif évoqué ci-dessus, mais il y avait aussi le cross. On en a conservé la mémoire du goût de l’essoufflement au fond de la gorge, « le bruit et l’odeur » des vestiaires sans douches et des cours qui suivaient. L’été, il y avait les vacances au Fort Bloq’ chez les potes. Les remontées de filets et de casiers sur la coque de noix des paternels. Les coups d’encre de seiche dans la gueule et les plats de fruits de mer. La découverte de la planche à voile et de tout ce qu’on trouvait en maillot fluo à l’époque sur la plage …
Etre né quelque part, dit le chanteur.
Vingt ans après, la vie a construit un bonhomme sur cette base asthmatique. Habité par l’envie de courir au point qu’il s’entraîne chaque fois qu’il le peut, il aurait bien aimé dérouler son LD annuel dans ces contrées si chargées de souvenirs. Un championnat du monde, qui plus est dans son pays aux chapeaux ronds, c’est-y pas top ? Il se serait fait un plaisir de vivre une semaine de fête triathlétique autour d’une épreuve phare, entraînant famille et potes locaux à l’applaudir au son des crécelles ramenées de ROTH l’année passée. Voilà une occasion unique de convertir les derniers irréductibles et indécrottables footeux de l’Argoat qui hantent encore son entourage ! De leur montrer combien leur sport de fiotte ne justifie pas le monopole que les journaleux ventripotents lui accordent. De leur faire voir enfin que les nanas dignes d’intérêt, on les trouve sur ce genre de rendez-vous « mythiques ».
Seulement voilà, cette année, c’est « trois petits tours et puis s’en vont ». Lui qui prend son temps sur chacun des trois agrès de la discipline, lui qui goûte chacun des ravitos, qui répond aux applaudissements par un sourire (jusqu’au semi environ, après c’est plus aléatoire), il n’est pas vraiment attendu à l’étang du TER cette année. Parce qu’il va lui falloir courir comme sur un CD, sur une distance double. Parce que c’est l’éjaculation précoce obligatoire, sinon porte close à l’arrivée. Parce que c’est le double du prix de 2004 pour la même épreuve, il a déjà planifié autre chose en 2007 avec son club.
Il a musardé longuement sur le site de l’ITU à la recherche d’explications sur son rejet épidermique du barnum mis en place sur le nouveau format. Il a trouvé du lourd. Il y a trouvé des résultats à la pelle, des biographies à la brouette, des calendriers à la truelle, des images à la taloche et des vidéos à la bétonneuse. De la belle ouvrage. Ca sent le béton fraîchement décoffré et la peinture qui sèche. Le nouveau format de LD version ITU promet sans aucun doute d’être un beau produit. Il fera envie aux consommateurs. Ceux-ci afflueront telles les mouches sur le miel, tels les parents coupables aux dernières heures des emplettes de noël sur les rayons made in China. Au créneau « populaire et de masse » larmoyant à l’américaine que cible la WTC, l’ITU oppose une offre plus « compet’» à destination des vieilles gloires du CD et avec pour target la captation du marché des accédants au LD. Ca brille comme une tête de gondole, c’est appétissant comme un présentoir de poissonnerie. Bravo Mesdames et Messieurs !
L’économie libérale est fondée, entre autres, sur la liberté de consommation, ce qui fait déjà l’objet de très longs et très savants commentaires, qu’il serait extrêmement tentant de développer. Mais passons.
Pour ma part, je reste fidèle à l’US Navy Commander John COLLINS. J’accorde une importance supérieure à la dimension esthétique et symbolique du soldat désoeuvré qui pose les armes et se lance un défi physique impensable. Par cet acte fondateur, la puissance de l’homme n’est désormais plus destinée à la destruction de ses semblables, mais elle promeut la construction très Nitschéenne de l’homme nouveau. Je reste marqué par la dimension tragique incarnée par ce père qui porte physiquement son fils tétraplégique vers la ligne d’arrivée. C’est la métaphore de l’homme nouveau qui assume ses actes, et notamment celui d’avoir donné la vie. Comme il y aurait beaucoup à dire là-dessus ! Il y a aussi la dramatique épopée de Mademoiselle MOSS en 1982. La tête commande le corps. Développements innombrables possibles ici aussi. A plus grande échelle, c’est la somme des récits passionnés que chacun confie à Rolland à son retour de course qui porte notre sport à la dimension du mythique, bien au-delà de la sueur et des larmes que chacun y aura versées. C’est enfin et c’est essentiel, l’esprit qui anime les organisateurs et les bénévoles, les véritables artisans d’une réussite… ou les complices d’un fiasco.
Parce que pour moi, l’Histoire est réductible à sa dimension humaine exclusive, je refuse fondamentalement qu’on me cantonne au rôle de consommateur, qu’on ne me considère que sous l’angle de mon pouvoir d’achat, qu’on me mène par le bout du nez, qu’on me fasse prendre des vessies pour des lanternes. Je sors du supermarché le caddy vide, si tel est mon choix, car je préfère la faim à la soumission. Je le fais le cœur libre, pour « la plus grande gloire du monde, celle des hommes qui n’ont pas cédé » comme le confiait un jour de GAULLE à MALRAUX, deux hommes qui ont toujours fui l’odeur du troupeau.
En photo : Bella Comerford lors de l'étape de Coupe du Monde LD 2006 de Lorient (4, 120, 30)






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commentaires
18 Décembre 2006, par : LucRespect !!
18 Décembre 2006, par : arnaudUne fois de plus notre chère fédération cautionne tout cela.... Seul le CD compte... C'est aux licenciés de réagir aussi et de savoir ce qu'ils veulent !! alors réagissons ... sinon dans quelques années il n'y aura même plus d'IRONMAN...
18 Décembre 2006, par : girardstephaTout ça pour dire que t'es pas prêt à leur filer ton pognon...
Pas besoin de croire en un "idéal du triathlète longue distance" , d'alleurs très pompeux, pour s'en convaincre..
18 Décembre 2006, par : la tortuedepuis 1988...
MD 2.5-80-20 C1 3.8-120-30 C2 3.8-180-42.2 C3 5-180-42.2 puis plus de MD tout est devenu LD du 2-80-20 au 3.8-180-42.2 en passant par les 4-120-30 des défunts "nice"-"val de reuil"-"st jean de luz", a l'Ironman soit de 4 à 17h de course...
bref les instances françaises et européennes n'ont toujours pas choisi leur distance pour le long alors que la seule qui n'a pas changé depuis 78 c'est l'ironman....
qu'ils continuent a se creuser la tete et ça donnera bientot 6-160-40 pour ne pas admettre la distance étalon originale - pour une fois que les américains pondent quelque chose de bien -(les nageurs vont etre comtents....)
c'est comme si le marathon passait de 42.2 à 20km car c'est pile un double 10000m....
magnifique article mr pépin.
19 Décembre 2006, par : erik.clavery@club-internet.frMerci pour ces revendications. Belle histoire...espérons que d'Autres en tiennent compte.
20 Décembre 2006, par : laurentL'ITU était déjà pas crédible au niveau mondiale, là elle y est encore moins avec ses distances de tampéte