Kona : Apprenez de quelqu'un qui sait
Photo par Steve Handwerker
J'ai couru à Kona en 2002, 2003, et 2004. J'avais rêvé de ce slot pour Kona durant des années, et je me suis un jour suffisamment entraîné pour y venir. Après avoir remporté mon slot lors de l'Ironman USA Lake Placid, l'excitation que je ressentais en me disant que "j'allais y aller" était à son comble. Cette excitation augmentait même au fur et à mesure que la course approchait. La pasta party à laquelle je me suis joint, et où la communauté des triathlètes tient le premier rôle, vous fait vous sentir comme s'il n'existait aucun autre endroit où vous devriez être à ce moment précis. C'est déjà énorme d'être là. La récompense est ce numéro de dossard. La course semble en fait juste une pensée pour l'instant. Mais il y a toujours un Ironman triathlon, et un des plus difficiles au monde, à courir.
Le jour de la course – Avant l'aube
Le petit matin de l'Ironman de Kona sera bien supérieur à toutes
vos expériences de pré courses antérieures. Il y existe en effet
quelques différences par rapport aux "autres". Première chose,
vous devrez faire la queue pour vous faire formellement marquer
votre numéro sur le corps - c'est un vrai processus – et la ligne
n'arrive pas rapidement… Si vous êtes du genre à avoir besoin de
beaucoup de temps pour vous relaxer dans l'aire de transition,
faites-vous marquer très tôt.
Seconde chose, il y a des équipes de télévision qui slalomeront
entre les athlètes, s'attachant particulièrement à filmer les
pros et quelques groupes d'âges présélectionnés. Ce sont les
premières images de ce que vous avez forcément vu des films de la
course. Il y a Natascha Badmann… il y a Faris Al Sultan… Cela
vous frappera à un moment : C'est Réel, je suis Là. Le rêve
débute.
Il n'y a qu'une chose pour laquelle vous devez vous inquiéter : être à l'eau avant que le canon de retentisse à 7 heures. Le très petit passage vers l'océan à Dig Me Beach veut dire qu'on ne peut passer qu'à une personne de front : la file est donc longue. La ligne peut s'étendre aussi loin que celle du marquage, aussi, si vous êtes du genre à prendre votre tempsdans l'eau avant le départ, soyez-y tôt !
Natation
Il n'y pas d'autre natation sur Ironman qui ne soit plus agréable
que celle de Kailua-Kona Bay. A moins q'une tempête ait rendu la
mer très forte, ce qui entraîne une visibilité sous l'eau très
limitée, comme c'est arrivé en 2002, l'eau est claire et la vue
est spectaculaire.
Quand vous êtes dans l'eau avant le départ, regardez autour de
vous. C'est un moment incroyable. Vous êtes vraiment là. C'est
tout ce dont vous rêviez, et c'est arrivé. Puis… boom ! Et à
bientôt, vous voilà parti.
Tandis que vous tentez de faire votre place et d'avoir un bon
rythme dans l'eau, vous commencerez à noter que vous êtes parmi
un bon, même "poli", groupe de nageurs. Mais peut-être est-ce
plus vrai pour les nageurs plus lents, comme moi. Dans d'autres
Ironman, avec plus de 2500 athlètes dans l'eau en même temps, la
congestion peut être irréelle, le contact constant
frustrant.
Mais à Kona, vous semblez toujours être entourés de bons nageurs,
certains sachant où ils doivent aller, et qui ne dévient pas tout
le temps sur vous. Vous trouverez cette expérience très agréable
parce que vous nagerez vraiment avec un groupe de nageurs de
votre niveau. C'est comme un peloton en course à pied, vous
trouverez plaisante la présence d'athlètes autour de vous. Ce
sera nouveau.
Soyez sûr de regarder derrière vous la scène qui se déroule. Ce
sera merveilleux et même très distrayant. C'est de cette partie
de la natation que vous vous souviendrez le plus.
Certains athlètes qui connaissent bien la natation de Kona disent
que l'eau est plus fraîche après le demi-tour, parce que le
retour est plus dur. Le retour à terre est maintenant facilité
par un tapis; mais vous n'avancerez pas aussi rapidement que vous
pensez. Aucune importance, vous êtes ici pour "votre" expérience.
Profitez !
Vélo
Une des choses que j'ai le plus regardées durant le parcours de
180km était les gisements de lave. J'ai admiré cela comme une
expérience spirituelle, que j'avais visionné et re-visionné à la
télé, et j'ai trouvé extraordinaire de me trouver là, en
personne. Mais première chose, vous devez être là…
J'ai divisé le parcours vélo de Kona en cinq parties :
l'échauffement, rapide et extra, la montée légendaire, la
descente infernale, rentre chez toi (…) de vent.
L'échauffement
Les premiers kilomètres du parcours, à l'intérieur et autour de
la ville de Kona, semblent conçus pour casser d'éventuels paquets
qui se seraient formés. Il y a de petites montées et descentes
qui basiquement donnent au cycliste l'opportunité de s'échauffer
sans céder à l'excitation. Ces premiers kilomètres sont tels que
vous ne verrez pas beaucoup de dépassements, et vous réaliserez
qu'il est alors mieux de garder votre position et de vous
concentrer dans un rythme confortable et sûr.
Rapide et extra : vers Waikoloa
Quand vous arriverez sur la célèbre Queen K highway, la meilleure
partie du parcours s'offrira à vous. Cette autoroute a un
revêtement impeccable, les ondulations ne sont pas
contraignantes. Vous êtes de plus en pleine forme et vous
aimeriez bien augmenter un peu le rythme de croisière. Allez-y.
Mais gardez cela en mémoire : les kilomètres les plus difficiles
sont à venir.
Regardez autour de vous. Et vous verrez de la lave. Vous êtes au
beau milieu de nulle part, et c'est presque silencieux, si l'on
excepte le son des cyclistes qui pédalent. Kilomètre après
kilomètre les champs de lave vous propulseront dans un univers
lunaire. Ou avez-vous déjà eu une expérience comme celle-là ?
Voilà l'endroit où vous êtes censé être. Le compteur de votre
vélo dira que vous allez vite, que vous allez faire un bon vélo.
Et ce sera une impression réelle durant les deux premières
heures. Mais lorsque vous arriverez à l'intersection de Waikoloa
Village, il sera temps d'envisager un travail sérieux.
La montée légendaire "The Road to Hawi…"
Après Waikoloa, la route va se rétrécir quelque peu et vous
proposer quelques ascensions et descentes, durant quelques
kilomètres. A un moment vous prendrez un virage à gauche vers la
côte ouest de l'île, et vous retrouverez dans la montée d'Hawi.
Regardez bien où elle se trouve sur la carte, il y a un point où
vous pourrez voir où le début de la côte débute, 19 kilomètres
avant d'arriver en haut. Les marques des miles sur la route
mesureront votre progression. Mais ils ne passeront certainement
pas assez rapidement pour vous. Vous commencez à penser : 19
kilomètres, c'est pas mal. Et oui, ça pourrait être pire, mais ce
n'est pas facile. Profitez de ce moment pour bien manger et vous
hydrater, si vous le pouvez. Les derniers huit kilomètres vers
Hawi sont plus exposés au vent, et vous aurez à ajouter cette
nouvelle bataille à l'ascension. Gravité et vent. Pas cool. Mais
bientôt vous serez dans Hawi, une ville remarquable pour le rôle
qu'elle joue dans l'Ironman. Ca y est vous êtes en haut.
La descente infernale : à travers le vent
Ce qui monte doit descendre. Et après Hawi, vous allez
redescendre tout ce que vous venez de monter. C'est une descente
très facile, pas trop rapide mais vous aurez tout de même à bien
vous concentrer afin de garder le contrôle de votre machine. Elle
est suffisamment rapide pour vous aider à reprendre la moyenne
horaire que vous aviez au pied de la montée. La mauvaise nouvelle
est que ce ne sont QUE 19km de descente. Les choses vont ensuite
se corser sur les 20 prochains kilomètres en direction de
Waikoloa. Le vent en effet pourra être un peu plus fort, et vous
pouvez être pratiquement assuré qu'il soufflera en face de vous.
Rentre chez toi (…) vent
Vous allez atteindre l'intersection de Waikoloa en relative bonne
forme, et le compteur de votre vélo vous révélera que vous avez
jusqu'ici une bonne moyenne horaire. A chaque fois que je me suis
retrouvé à ce point j'ai pensé : garde ce rythme et tu vas finir
avec les pros ! Aucune chance d'y arriver donc, dans tous les
cas. Tandis que les 40 derniers kilomètres sont relativement
plats, ce sont les vents contraires qui vont mettre à mort vos
rêves. Je me souviens rouler à 20-25km/h, ne pouvant maintenir le
rythme. Ces vents sont énervants. Et les marques des miles sont
là, encore, vous rappelant constamment que c'est loin d'être
terminé. Réfléchissez. Tous les autres athlètes sont dans le même
cas. Et chacun doit raconter la même histoire quand la course est
terminée : les vents étaient bien les mêmes que ceux qui vous ont
tant hantés. "Rugueux".
La course à pied
En 2004, je me souviens sortir de la transition vélo-course à
pied dans une sorte de fournaise, la chaleur la plus importante
que j'ai jamais eu à subir sur aucune autre course. Avant que
vous ne commenciez à courir, le soleil sera très haut dans le
ciel, l'humidité frisera les 100%, et l'asphalte diffusera encore
plus de chaleur. Cela prend du temps pour s'acclimater à ce genre
de chaleur après avoir nagé 3.8km et roulé 180km. La bonne
nouvelle est que la première moitié du parcours procure pas mal
d'opportunités de courir à l'ombre, et de s'asperger d'eau et de
glace à de nombreuses et très bien achalandées aires de
ravitaillement.
Après être venu de l'est de la ville sur Alii Drive, le parcours
vous mène à un angle de rue sur le front de mer, aux alentours du
9ème kilomètre. Vous effectuerez un virage à 180 degrés et
retournerez alors dans la ville. Le relief est assez plat pendant
les 19 premiers kilomètres. Puis vous reviendrez de nouveau en
ville, par Palani Drive. Un ami, groupe d'âge et Finisher à Kona
me disait : la course débute à Palani Drive. Pour lui, il fallait
courir la première moitié du marathon relativement
rapidement.
Si vous voulez être compétitif à Kona, il a en partie raison. Le
second half-marathon de Kona est l'endroit où tout peut en effet
se passer. Vous êtes alors totalement exposé au soleil. Il y a de
longues pentes qui vous écrasent encore un peu plus. Et pour
plusieurs raisons les quelques kilomètres de l'aller-retour dans
the Energy Lab sont capables de vous enlever toute votre… énergie
! Certains compétiteurs arrivent pourtant à tirer avantage de ces
incroyables conditions. Quant à nous – nous courrons pour la
majorité à Kona pour le fun non ? – nous devons absolument passer
au mode "conservation", en essayant de maintenir un rythme
correct. L'Energy Lab n'est pas aussi impossible à gérer que
certains films de l'Ironman nous le font voir; on peut y
survivre. Une fois passé cette partie de la course, vous aurez
accompli environ 34 kilomètres. Plus que 8 kilomètres pour
rentrer à la ville, et vous serez un Ironman. Les 6 à 7
kilomètres qui viennent n'ont pourtant jamais été agréables pour
moi. J'ai eu l'impression que cela montait tout le temps, et cela
passait vraiment trop lentement. Mais quand vous atteignez Palani
Drive, et faites ce virage à droite après le panneau du 40ème,
vos meilleurs moments vous attendent.
Finish
Savourez ces deux derniers kilomètres. Vous vous serez entraîné
durant des centaines et des centaines de kilomètres durant des
années, pour être là. Pendant les 1000 derniers mètres, vous
serez probablement seul. La plupart des spectateurs sont en effet
sur la ligne d'arrivée. Dans cette relative solitude,
rappelez-vous de ce que vous avez fait pour en arriver là. Deux
virages à droites plus loin, vous serez sur Alii Drive. La Terre
Sacrée. Au début vous ne verrez pas la ligne d'arrivée, mais vous
l'entendrez. Continuez d'avancer. Vous allez voir enfin les
lumières, vous allez entendre Mike Reilly accueillir un à un les
athlètes, en attendant votre tour.
Puis ce sera à vous. Les plus beaux 100 derniers mètres de tous les sports d'endurance. Ralentissez. Saluez les spectateurs, puis passez la ligne en vainqueur, tandis que Mike Reilly vous dit :
You are An Ironman!
Par Raymond Britt :: Nantucket Media" http://www.runtri.com/







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commentaires
17 Octobre 2006, par : phiphiGénial !
17 Octobre 2006, par : dom the gripj'ai visionné er revisionné je ne sais pas combien de fois les courses de kona depuis 1989 ( merci la tortue pour les trous ... ) mais je n'avais encore jamais lu un récit de course comme celui là !!
ça donne envie !!
20 Octobre 2006, par : laurentL'Ironman reste une distance à part et quand au fil de la saison,on jongle avec d'autres distances inférieures pour préparer l'Ironman, on a une impression bizare de c'est déjà terminé, pour moi cette distance,reste la distance reine du triathlon et quand cette année j'ai franchi la ligne d'arrivé des championnats de France LD, j'ai eu la même sensation mais malheureusement pour notre sport,plus la distance est longue, plus le prix explose vers le haut, pour ma part, je trouve qu'il est inutile de courir une course label Ironman, si on ne veut pas se qualifier pour hawai, autant allé à roth sur la même distance et pour moins de 100 euros de différence à un label Ironman est croyais pour avoir fait cette course 3 fois c'est géniale l'ambiance, j'y suis encore inscrit pour 2007