Publié le: 07 Septembre 2006
Par: Philippe Llobell
Lien: http://philippell.over-blog.com/

Embrun : une aventure belle et difficile

Photo par Philippe Llobell

A l'heure de la rentrée des classes, petit exercice d'expression écrite :"Racontez un événement qui vous à marqué durant vos vacances". C'est phiphi qui s'y colle, et il n'ira pas au coin
Donc, tout d'abord, le plan : Introduction comprenant la préparation et l'avant course .Puis le développement, c'est à dire, le récit de la journée puis la conclusion avec l'analyse de la course mais aussi, les sentiments et humeurs vis à vis de celle-ci.

Au départ, rien ne me prédisposait à m'inscrire à l'Embrun Man, surtout pas mon niveau triathlétique et mes possibilités à faire une grosse préparation (notamment au niveau vélo). Mais après Roth en 2005, j'avais une grosse envie de goûter à nouveau aux joies de l'Ironman. Rapidement, avec l'impossibilité de m'aligner sur Nice, j'ai pris la décision de m'inscrire à Embrun, par dépit c'est sûr, mais quand même par défi aussi. Dès le début de la saison, mise en place d'objectifs "ciblés" : CD de Toulon et MD de Cublize. Pas terrible sur le premier, un peu mieux sur le second, je m'accroche d'autant plus que des événements extra sportifs (professionnels…) viennent perturber ma préparation et surtout entamer un moral qui jusque-là m'a toujours fait avancer.
Je fais tout ce que je peux en terme d’entraînement, pour ne rien regretter (au cas où…) et le 12.08 au soir, je me retrouve sur place avec mon incertitude totale sur la finalité de cette future terrible journée du 15.08.
Le 13, J-2, petit pique-nique au bord du lac avec ma petite famille et des copains. Le 14, J-1, retrait des dossards, dépôt du vélo, repos et… l'angoisse qui arrive…

3 heures 15, le réveil sonne. Ca y est, j’y suis. Mon "gateausport" avalé, une douche et me voilà dans ma voiture pour descendre des Orres en direction d’Embrun. Marquage,, installation des affaires, petites discutions entre amis et déjà, il est 5h45. Direction le départ dans le froid…
Dès le départ, je me place sur la droite et mon angoisse pour le manque de visibilité s’estompe rapidement. Pas de baston, tout de suite dans mon rythme, la partie natation passe comme une lettre à la poste (enfin, ça dépend des fois… pour la poste !).
1h14 plus tard, je sors de l’eau. Séchage rapide et mise en place d’habits censés me protéger du froid. Car il fait froid !
Début d’un parcours vélo que je n’ai pas reconnu, donc surprise totale. Mais je sais quand même que ça va être dur. Le plus difficile pour moi dans la première partie, c’est que je suis complètement gelé et qu’il me tarde que le soleil apparaisse. J’arrive au rond-point des Orres, j’aperçois notre fan-club du tri club Isle/Sorgue (que c’est bon !) et m’engage sur la route qui doit me conduire à L’Izoard. Je suis bien.
Dans la vallée du Guil, je roule à une bonne allure et je suis réchauffé. J’arrive à Brunissard à 25 de moyenne. C’est bien et j’ai bon moral avant d’attaquer les 10 derniers km de l’ascension. Et là, la catastrophe. Des crampes au niveau de mes cuisses apparaissent à chaque fois que je me mets en danseuse. Est-ce le froid au départ, est-ce une mauvaise préparation ? Avant le sommet, je m’arrête 2 fois, mon moral comme mes jambes m’abandonne. Le sommet n’est pas la fin de la partie vélo et il reste derrière 90 terribles km.Mon copain Jean-S. est au sommet pour prendre des photos. C’est décidé, je monte dans sa voiture et je rentre. Toutes les "mauvaises pensées" de l’année écoulée ressurgissent. La fin de la montée est un véritable calvaire. Arrivé à sa hauteur, je lui fais part de ma décision.
"Pas question" me répond-il. "Tu vas te refaire dans la descente !".
Alors je me résous et passe l’Izoard dans le froid. Dans la descente, je grelotte et ça me fait guidonner. Je réfléchis et me dis que je dois continuer, pour tous les sacrifices, pour ma famille, pour les copains qui croient en moi et dont Jean-S fait partie.
La décision est prise. Je vais me battre jusqu’au bout, je vais aller chercher au plus profond de moi toutes les forces qui me restent et on verra bien.
Les Vigneaux, Pallon, Chalvet, tout ce passe bien, par miracle. Mais j’arrive au parc après 9 heures de selle complètement cuit. Comment vais-je faire pour courir ?
Je décide alors de mettre les running et voir combien de temps je tiens. A la sortie du parc, le fan-club est là et je leur fais part de mes doutes. Rebelote. Je reçois l’interdiction d’abandonner et Pierre fait le premier km en courant à coté de moi. Et de nouveau, comme par miracle, je me sens bien. Je prends un bon rythme et pars en direction d’Embrun. Dans la première montée, les crampes refont leur apparition. Je décide alors de marcher dans les côtes pour m’économiser. Ma femme et mes enfants ont du descendre des Orres pour m’encourager. J’ai une furieuse envie de les voir et pour eux, maintenant, je sais que je vais finir. Vers la fin du premier semi, je suis rejoint par JC, en VTT, mon copain de club qui va faire toute la fin du marathon à mes côtés. Trop,trop sympa !
J’attaque le deuxième semi, lorsque je vois ma famille. L’habituel bisou et je repars pour les 20 derniers kilomètres. Quelques encouragements à des "e-connaissances", tel que Luc Tgvr et Philippe "le coach", le moral est là.
Il n’y a plus de doutes. Je vais finir.
Le temps, menaçant depuis quelques minutes, finit par se mettre en colère. Les premières gouttes apparaissent et augmentent ainsi la difficulté de cette épreuve qui n’en avait vraiment pas besoin…
Peu m’importe. Je continue mon petit bonhomme de chemin avec JC, rejoint un temps par Jean-S et son VTT. Le dernier aller-retour le long de la Durance est un peu dur moralement et physiquement car la pluie redouble et le froid revient. Au moment où je prends la direction de Baratier, l’organisation nous donne des sacs poubelles pour nous protéger. Si on m’avait dit que je ferai un marathon d’IM avec un sac sur les épaules…
De retour vers le lac, j’aperçois mon fiston, trempé et lui dis d’aller vers l’arrivée. Ca y est, j’en finis. Mon "sauveur de l’Izoard", Jean-S court un instant avec moi et je ne sais comment lui montrer ma gratitude. Il fait nuit lorsque je débouche dans la dernière ligne droite. Mes enfants sont là, au bout, et m’attendent. Je lève les bras au ciel. Je prends Valentine dans les bras et Marie et Arthur emboîtent le pas.
Cette scène, j’en ai rêvé toute la journée et c'est pour elle que je me suis battu.

14h58. Pas terrible, c’est vrai, mais ce n’est pas là l’important !

Que retenir de cette aventure ?
Tout d’abord, la difficulté de l’épreuve. Qui plus est, les conditions météo l’ont rendue dantesque. Pour le commun des mortels, cette course est irréalisable. Mais pour un triathlète, c’est une épreuve mythique qu’il faut tenter au moins une fois. Je ne vais pas dire que je me suis régalé, c’est vrai, mais j’éprouve une certaine fierté à l’avoir terminée. C’était dur et je me suis vraiment battu comme jamais je ne l’avais fait auparavant, car je me devais de réussir pour tous les gens qui croyaient en moi et qui m’ont soutenu : ma Famille, JC, Jean-S, notre fan-club, Jean-Phiphi, Fred, Juju, Serge, Bruno F, et tous ceux que j’ai déjà remerciés.
Pendant le marathon, JC m’a dit : "Allez, tu finis, comme tu ne sera pas obligé de revenir le faire !"
Ca, c’est sûr. Je pense que les futurs Ironman auxquels je participerai me paraîtront bien plus "faciles", mais auront-ils la même saveur ?
En effet, j’ai vécu une aventure humaine extraordinaire dont je me souviendrai toute ma vie.

> fin de l'article

commentaires


07 Septembre 2006, par : joseph"14h58. Pas terrible, c’est vrai, mais ce n’est pas là l’important !"
L'important c'est que tu l'aies terminé.
Félicitation.


09 Septembre 2006, par : Roland / XtriathlonPa terrible, pas terrible, vas t'en le faire déjà...
Moi je dis bravo Phiphi !


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