Embrun : une aventure belle et difficile
Photo par Philippe Llobell
Au départ, rien ne me prédisposait à m'inscrire à l'Embrun Man,
surtout pas mon niveau triathlétique et mes possibilités à faire
une grosse préparation (notamment au niveau vélo). Mais après
Roth en 2005, j'avais une grosse envie de goûter à nouveau aux
joies de l'Ironman. Rapidement, avec l'impossibilité de m'aligner
sur Nice, j'ai pris la décision de m'inscrire à Embrun, par dépit
c'est sûr, mais quand même par défi aussi. Dès le début de la
saison, mise en place d'objectifs "ciblés" : CD de Toulon et MD
de Cublize. Pas terrible sur le premier, un peu mieux sur le
second, je m'accroche d'autant plus que des événements extra
sportifs (professionnels…) viennent perturber ma préparation et
surtout entamer un moral qui jusque-là m'a toujours fait
avancer.
Je fais tout ce que je peux en terme d’entraînement, pour ne rien
regretter (au cas où…) et le 12.08 au soir, je me retrouve sur
place avec mon incertitude totale sur la finalité de cette future
terrible journée du 15.08.
Le 13, J-2, petit pique-nique au bord du lac avec ma petite
famille et des copains. Le 14, J-1, retrait des dossards, dépôt
du vélo, repos et… l'angoisse qui arrive…
3 heures 15, le réveil sonne. Ca y est, j’y suis. Mon
"gateausport" avalé, une douche et me voilà dans ma voiture pour
descendre des Orres en direction d’Embrun. Marquage,,
installation des affaires, petites discutions entre amis et déjà,
il est 5h45. Direction le départ dans le froid…
Dès le départ, je me place sur la droite et mon angoisse pour le
manque de visibilité s’estompe rapidement. Pas de baston, tout de
suite dans mon rythme, la partie natation passe comme une lettre
à la poste (enfin, ça dépend des fois… pour la poste !).
1h14 plus tard, je sors de l’eau. Séchage rapide et mise en place
d’habits censés me protéger du froid. Car il fait froid !
Début d’un parcours vélo que je n’ai pas reconnu, donc surprise
totale. Mais je sais quand même que ça va être dur. Le plus
difficile pour moi dans la première partie, c’est que je suis
complètement gelé et qu’il me tarde que le soleil apparaisse.
J’arrive au rond-point des Orres, j’aperçois notre fan-club du
tri club Isle/Sorgue (que c’est bon !) et m’engage sur la route
qui doit me conduire à L’Izoard. Je suis bien.
Dans la vallée du Guil, je roule à une bonne allure et je suis
réchauffé. J’arrive à Brunissard à 25 de moyenne. C’est bien et
j’ai bon moral avant d’attaquer les 10 derniers km de
l’ascension. Et là, la catastrophe. Des crampes au niveau de mes
cuisses apparaissent à chaque fois que je me mets en danseuse.
Est-ce le froid au départ, est-ce une mauvaise préparation ?
Avant le sommet, je m’arrête 2 fois, mon moral comme mes jambes
m’abandonne. Le sommet n’est pas la fin de la partie vélo et il
reste derrière 90 terribles km.Mon copain Jean-S. est au sommet
pour prendre des photos. C’est décidé, je monte dans sa voiture
et je rentre. Toutes les "mauvaises pensées" de l’année écoulée
ressurgissent. La fin de la montée est un véritable calvaire.
Arrivé à sa hauteur, je lui fais part de ma décision.
"Pas question" me répond-il. "Tu vas te refaire dans
la descente !".
Alors je me résous et passe l’Izoard dans le froid. Dans la
descente, je grelotte et ça me fait guidonner. Je réfléchis et me
dis que je dois continuer, pour tous les sacrifices, pour ma
famille, pour les copains qui croient en moi et dont Jean-S fait
partie.
La décision est prise. Je vais me battre jusqu’au bout, je vais
aller chercher au plus profond de moi toutes les forces qui me
restent et on verra bien.
Les Vigneaux, Pallon, Chalvet, tout ce passe bien, par miracle.
Mais j’arrive au parc après 9 heures de selle complètement cuit.
Comment vais-je faire pour courir ?
Je décide alors de mettre les running et voir combien de temps je
tiens. A la sortie du parc, le fan-club est là et je leur fais
part de mes doutes. Rebelote. Je reçois l’interdiction
d’abandonner et Pierre fait le premier km en courant à coté de
moi. Et de nouveau, comme par miracle, je me sens bien. Je prends
un bon rythme et pars en direction d’Embrun. Dans la première
montée, les crampes refont leur apparition. Je décide alors de
marcher dans les côtes pour m’économiser. Ma femme et mes enfants
ont du descendre des Orres pour m’encourager. J’ai une furieuse
envie de les voir et pour eux, maintenant, je sais que je vais
finir. Vers la fin du premier semi, je suis rejoint par JC, en
VTT, mon copain de club qui va faire toute la fin du marathon à
mes côtés. Trop,trop sympa !
J’attaque le deuxième semi, lorsque je vois ma famille.
L’habituel bisou et je repars pour les 20 derniers kilomètres.
Quelques encouragements à des "e-connaissances", tel que Luc Tgvr
et Philippe "le coach", le moral est là.
Il n’y a plus de doutes. Je vais finir.
Le temps, menaçant depuis quelques minutes, finit par se mettre
en colère. Les premières gouttes apparaissent et augmentent ainsi
la difficulté de cette épreuve qui n’en avait vraiment pas
besoin…
Peu m’importe. Je continue mon petit bonhomme de chemin avec JC,
rejoint un temps par Jean-S et son VTT. Le dernier aller-retour
le long de la Durance est un peu dur moralement et physiquement
car la pluie redouble et le froid revient. Au moment où je prends
la direction de Baratier, l’organisation nous donne des sacs
poubelles pour nous protéger. Si on m’avait dit que je ferai un
marathon d’IM avec un sac sur les épaules…
De retour vers le lac, j’aperçois mon fiston, trempé et lui dis
d’aller vers l’arrivée. Ca y est, j’en finis. Mon "sauveur de
l’Izoard", Jean-S court un instant avec moi et je ne sais comment
lui montrer ma gratitude. Il fait nuit lorsque je débouche dans
la dernière ligne droite. Mes enfants sont là, au bout, et
m’attendent. Je lève les bras au ciel. Je prends Valentine dans
les bras et Marie et Arthur emboîtent le pas.
Cette scène, j’en ai rêvé toute la journée et c'est pour elle que
je me suis battu.
14h58. Pas terrible, c’est vrai, mais ce n’est pas là l’important !
Que retenir de cette aventure ?
Tout d’abord, la difficulté de l’épreuve. Qui plus est, les
conditions météo l’ont rendue dantesque. Pour le commun des
mortels, cette course est irréalisable. Mais pour un triathlète,
c’est une épreuve mythique qu’il faut tenter au moins une fois.
Je ne vais pas dire que je me suis régalé, c’est vrai, mais
j’éprouve une certaine fierté à l’avoir terminée. C’était dur et
je me suis vraiment battu comme jamais je ne l’avais fait
auparavant, car je me devais de réussir pour tous les gens qui
croyaient en moi et qui m’ont soutenu : ma Famille, JC, Jean-S,
notre fan-club, Jean-Phiphi, Fred, Juju, Serge, Bruno F, et tous
ceux que j’ai déjà remerciés.
Pendant le marathon, JC m’a dit : "Allez, tu finis, comme tu
ne sera pas obligé de revenir le faire !"
Ca, c’est sûr. Je pense que les futurs Ironman auxquels je
participerai me paraîtront bien plus "faciles", mais auront-ils
la même saveur ?
En effet, j’ai vécu une aventure humaine extraordinaire dont je
me souviendrai toute ma vie.




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commentaires
07 Septembre 2006, par : joseph"14h58. Pas terrible, c’est vrai, mais ce n’est pas là l’important !"
L'important c'est que tu l'aies terminé.
Félicitation.
09 Septembre 2006, par : Roland / XtriathlonPa terrible, pas terrible, vas t'en le faire déjà...
Moi je dis bravo Phiphi !