Par: Pépin
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Roth : impressions indélébiles
Photo par Pépin
Située dans la communauté d'Agglomération Rennes Métropole, à 5 km de la capitale bretonne, Chartres de Bretagne compte un peu plus de 6500 habitants. Notre club compte lui près de 40 licenciés qui écument – dans un esprit toujours convivial - les épreuves régionales et nationales, avec les résultats très honorables que l’on verra. Chaque année, de généreux sponsors contribuent largement au déplacement du club sur un objectif phare : Nice en 2004, Biscarosse en 2005. Quatorze concurrents étaient inscrits cette année à Roth, tous classés à l’arrivée en moins de 12h45. Excusez du peu !
Bien au-delà de la course et des résultats individuels, on revient du triathlon de Roth la musette pleine d’impressions indélébiles. Roth, c’est un caléidoscope d’images, de sons et d’odeurs que l’on garde à l’esprit.
Ainsi, actualité germanique oblige, notre arrivée à Nuremberg, après quelques longues heures de minibus, fut saluée par les supporters de la Mannschaft passablement émus par la victoire du onze national contre l’Argentine.
Plus sérieusement, du moins pour nous, le samedi fut consacré à l’immersion dans le sujet avec le briefing aux 526 français, la remise des dossards et le bagage des pigeons que nous étions désormais devenus, obnubilés encore pour 36 heures par cette course. S’ensuivit l’incontournable pèlerinage chez les marchands de performance qui peuplent ce temple du triple effort. La descente des vélos et la découverte du « kanal » clôtura notre virée sur les sites de transitions. Le parc à vélo relève ici du salon du Bourget avec ses fusées et ses missiles tout en carbone, un parc bientôt couvert de son écrin de housses plastiques jaune pétant. Retour à la base pour se gaver d’hydrates (elles aussi de carbone). Le match de foutchebao - et la victoire des bleus en quart de finale – distraira chacun de l’incontournable angoisse nocturne qui précède l’épreuve.
Le réveil est rude et le transfert rapide, parce que bien organisé. L’accès au parc est optimal, l’organisation toute bavaroise. Arrivés sur le site, chacun déhousse son spad. Déjà les pros se gainent de néoprène et les montgolfières toute luisantes de rosée champêtre se gonflent dans le soleil levant qui nous réchauffe. Une foule - qui serait à l’étroit dans le Stade de France - se masse déjà bruyamment sur les ponts et les abords du spot. Le pipi du triathlète s’annonce à l’appel de notre vague.
J’ignore le sens dans lequel l’eau du canal s’écoule. Du Main au Danube, ou l’inverse ? Pour ma part, il me plaît de penser que je me suis baigné dans l’eau du Danube. Se tremper les fesses dans l’eau du deuxième plus grand fleuve d’Europe, chargé d’une histoire grosse comme ça, ça a de la gueule. En tout cas, au passage dans son eau tiède et légendaire, succède une transition rapidement suivie d’un parcours vélo propice à la perf’ avec son asphalte neuve et roulante, bordée d’un gazon coupé nickel au raz de la route. Les kilomètres se succèdent délicieusement au rythme des traversées de villages enthousiastes et de cours aux odeurs de ferme. Je note la similitude de relief de cette belle région avec la nôtre, toute en bosses douces. Et je me fais la réflexion d’une sorte de communauté de destin avec la Bretagne par la prépondérance de l’agriculture dans une région très catholique …
Putain Pépin, va falloir que tu choisisses entre triathlon et poésie-philosophico-ethnologique option théorie-à-deux-balles, mon vieux. Concentre-toi un peu sur ta course, t’es pas en promenade !
Bon. Donc je disais, chacune des bosses de la boucle à Greding et Hilpoltstein (avec son célèbre Solarerberg) est bordée de « hop hop hop ! », qui feraient se dresser les poils des cuisses les mieux épilées ! Le vent d’Est qui forcit au second tour, nous sèche et le climat continental se charge de nos coups de soleil…
La seconde transition fera atterrir notre biclou (qui s’est bizarrement alourdi sur 180 bornes) entre les mains d’un volontaire dévoué qui le rentrera à l’écurie, tout écumant de bonheur. Nous-même (également écumants) atterrirons entre les mains expertes d’un volontaire tout aussi dévoué (de préférence de sexe féminin pour les messieurs), qui prendra le plus grand soin de notre transformation en marathonien.
Le dernier agrès de l’exercice prend part lui aussi sur les bords du canal. D’interminables bords à tirer tel des chevaux de trait (je parle de ma perf personnelle) sur ce chemin de halage. Après quelques heures d’abnégation, où le temps – Dieu merci – sait faire preuve d’accélération, la poussière du chemin laisse bientôt la place au bitume des derniers kilomètres.
Tous les finishers de la planète triathlon savent combien ces ultimes minutes nourrissent les jours, les semaines, les mois qui séparent deux épreuves de ce type. Et il faut toute la convivialité d’un groupe tel que le nôtre pour noyer dans la bonne humeur et la déconne (toute en finesse), l’émotion qui nous serre la gorge au départ le lendemain pour notre petite promenade retour.
Tous ceux qui l’ont vécue vous le disent. Croyez-les : Roth n’est pas une course comme les autres. On n’en revient pas indemne. Elle vous tatoue la mémoire à jamais.












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