Toytoy à l'Iron Sapin
Photo par Nicolas Vernay
Voilà ça fait maintenant une semaine que je commence à avoir sérieusement la trouille, avant c’était trop loin et improbable mais quelques coups de fil de Laurent (l'homme qui m’a amené au tri cette année), des conversations dans le vestiaire de la piscine ont achevé de me faire rentrer dedans. On y est !
Finalement je ne suis pas préparé pour un truc comme ça avec une à deux sorties en course à pied par semaine maxi 10 km à chaque fois; le vélo c’est idem une moyenne de 2 à 3 sorties par mois plutôt du long 100km pour me rassurer dans la tête quand même, mais ça prend tellement de temps de faire des bornes… bon en gros 1200 km maxi sur 2006. Y a eu le stage d’Annecy là je me suis bien entraîné, je me suis accroché au groupe et les sorties courtes en vélo étaient très intenses pour moi dans les ascensions, en revanche la course à pied c’était le cauchemar à chaque fois… Je savais que je pouvais mieux courir (façon de parler) mais c’était peu rassurant pour les transitions. Même en natation qui est ma spécialité y a ces fichues angoisses du départ en eau libre et de la bagarre que je traîne depuis un fameux 400 4 nages aux Championnats de France Masters 2001 (mais ça c’est une autre histoire).
Pour les trucs un peu positifs quand même le triathlon de Bourg
en Bresse qui m’a bien rassuré sur mes capacités. Mais ce n’est
que sur deux heures et demie…
Je prépare mes affaires, vêtements, nutrition et vélo avec tout
l’équipement depuis une semaine (comme la trouille… tiens tiens…)
et un petit tour à Décathlon par ici, chez Districycle par-là,
des fois qu’il manquerait quelque chose…
Un jour de RTT le vendredi pour se préparer, se reposer… et bien
continuer d’angoisser… résultat je passe la journée sur mon lit à
ne rien faire d’autre que jouer au casse brique de mon téléphone
portable. Un petit coup de cinéma en soirée, un appel de Laurent
pour prendre des nouvelles du trouillomètre…
Samedi rendez-vous à 14h30 avec Laurent et J-Pierre (the
Terminator) pour le départ; je prends des tonnes d’affaires car
Météo France indique des orages toute la journée de dimanche ce
qui désespère Laurent. Je sais pas comment ils font tout le deux
avec leur petit sac de sport qui contiendrait même pas mes
affaires de réparation vélo.
Arrivé sur le site, là on est dedans pour de bon; Gilles nous
appelle (pour une fois on n’est pas en retard), il y a des
triathlètes de partout des vélos des bagnoles… Y sont tous plus
balaises que moi ces mecs parfaitement épilés et équipés…
On installe le matos dans un parc à vélo assez impressionnant
pour le novice que je suis il y a quand même 950 triathlètes sur
le papier…
Direction le gîte, repas avec la propriétaire très gentille, elle
fait partie depuis des années de l’organisation (le ravito de
Mardore c’est elle) du coup elle nous parle avec regret du petit
sapin qui ne sera plus là l’an prochain… Et avant d’aller nous
coucher nous avons droit au DVD des éditions 2002 et 2003, des
Championnats longue distance afin de faire de beaux rêves et
d’achever surtout de nous coller la pression. Couché 10h45.
La nuit est courte et la campagne étonnement silencieuse, et
comme la plupart des triathlètes j’imagine, j’ai mal dormi;
réveillé à 1h et à 3h puis à 4h28 réveil tout seul sans attendre
la sonnerie de 4h30… L’horloge interne sûrement…
Déjeuner habituel surtout ne rien changer j’ai tout amené pain,
confiture, cacao, lait (j’ignorais que la prestation comprenait
le petit déjeuner, je crois que j’ai un peu vexé notre hôte qui
me propose son lait frais… de vache).
On plie tout, saute dans la voiture et on descend à bloc jusqu’au
lac. Les Belges hébergés au même gîte qui sont venus pour la
gagne en féminine sont déjà là (NB : la maîtresse de maison leur
a servi un verre d’eau bénite ou un truc comme ça… pourquoi pas
l’extrême onction pendant qu’on y est pour nous mettre encore
plus la pression ?)
Après, tout va vite pour moi, préparation dans le parc à vélo, ne
rien oublier, les affaires dans l’ordre surtout pour la T1, T2
est trop loin dans ma tête si j’y arrive je serais plus dans le
speed !
Départ en troupeau du parc… J’ai oublié dans la voiture mon anti
histaminique contre les allergies aux pollens si je le prends pas
je risque de trinquer GRAVE… Je cours jusqu’au parking deux
giclées dans chaque narine, c’est bon je reviens en courant pour
rien ils sont encore en train de partir vers la zone de départ.
Echauffement dans l’eau symbolique (3 minutes) en fait je pense
que le sprint à la voiture me fera le plus grand bien pour la
suite…
Hommage aux disparus récents grand moment d’émotion…
DEPART !
Je me jette dans les premiers mais "tranquillou", j’attends s les
angoisses avec résignation… Une dizaine de nageurs part devant,
je fais tourner les bras calmement et rien ? Pas d’angoisse ! Du
coup au bout de 200/300 mètres je commence à accélérer et à tirer
franchement sous l’eau. Ça roule les angoisses y en aura pas
cette fois. Je reprends 1à 1 les échappés et finalement prends la
tête d’un groupe de 3-4 je sais pas trop et pas envie de perdre
du temps à compter ou chercher les autres. Il y a un type devant
(j’ignore jusqu'au bout qu’il est le seul devant et encore plus
qu’il sera le vainqueur final au scratch) je ne nage pas en tri;
je regarde devant une fois par minute pas plus… Du coup quelques
zigzags, les autres me touchent les pieds régulièrement je colle
sans conviction quelques battements peu dissuasifs j’ai pas envie
de me battre des fois que les angoisses en profitent pour
revenir. Ils vont me "téter les pinceaux" pendant 3500 m bien
planqué derrière… Arrivé à la fin du second tour j’en mets un
petit coup histoire de ne pas sortir derrière eux faut pas
pousser toytoy ! (ça servira à rien les temps ne sont pas pris à
la sortie de l’eau) c’est en trottinant vers le parc que
j’entends au micro 2ème Nicolas Vernay ! Un des nageurs qui m’a
accompagné se révèle être la Belge du gîte (j’apprendrais sur la
table du kiné 12h plus tard qu’elle à fait des Championnats
d'Europe et Monde avec moi en masters) c’est cool la journée
commence bien même si j’explose plus tard c’est toujours cela de
pris, et si les 4600 n’avaient pas suffit, cette bonne natation
achève de m’enlever la pression. T1 très tranquille, récupérer un
peu une fois habillé, je me rends compte que je n’ai pas mis mon
Polar, je retombe la tri fonction. Finalement le Polar "y"
marchera pas du tout sur le vélo, j’ai navigué entre 57 et 80
puls/ min sur l’écran… Je veux bien que ce soit du long mais
quand même un petit effort…
C’est parti pour le vélo je n’ai que des souvenirs anecdotiques
du parcours… Ca a duré des heures (7H25 exactement) la miss du
gîte qui hurlait "regarde qui c’est" quand je passe devant son
ravito (elle doit croire que je suis un bon !) "Putain" ça va
grimper pendant des heures sans répit ou si peu, je me fais
passer par quelques VRAIS bons qui sont sortis 1 ou 2 min
derrière; impossible et dangereux de s’accrocher il reste encore
150 pitons. Je repasse la Belge… Je suis impressionné par la
déontologie des types car les règles du drafting sont hyper bien
respectées. Des petits mots d’encouragement, sympas très
souvent…
Boire et mouliner, boire et mouliner…
Je ne mets pas pied à terre aux ravitos, bouteille à la volée ça
va bien. Sur le premier tour petite erreur d’aiguillage à St
bonnet le Troncy c’est un peu bête (pas pour les 2min de perdues)
mais le parcours oblige à un virage serré et une descente
dangereuse à 20% minimum pour rien… Je le signale un peu furax à
un arbitre moto qui me passe juste à ce moment-là (le tour
suivant il y a une minette qui aiguille…) Une guêpe dans le
maillot elle me pique. Je sens presque rien en total warrior je
l’écrase d’un coup de poing a travers le maillot. Je prendrais
deux fois mon ravito personnel à la jonction des 2 parcours vélos
(le plein de boisson décathlon) j’ai bu 8 litres sur les trois
boucles, mangé régulièrement des barres Leader Price
(excellentes) + un sandwich sur la fin du 3ème à Meaux. Une
cinquantaine d’athlètes m'a doublé, j’ai roulé régulier sur les
tours me semble t-il, la selle carbone qui fait rire tout le
monde m’a fait souffrir dans la 3ème boucle à la limite du
supportable mais souvent je tombais une dent derrière et je me
mettais en danseuse ce qui procurait de bonnes relances.
Le plus dur c’est le dos, les reins raides et à la répétition du
tracé tu prends bien conscience de ce qui te reste encore à
faire. J’ai la surprise à l’attaque du second tour de voir Pat un
copain qui a nagé quelques années à la Mulatière (mon club de
natation), dans la montée sur Mardore. Je fais les descentes à
fond la caisse en mangeant toujours sur le retour vers Cublize un
gel antioxydant ce qui me permet de bien reprendre 10 min plus
tard la grimpette. Dernier tour dépose du vélo, T2 finalement
assez énergique… C’est reparti et là ! C’est un autre truc qui
commence, je connais pas, et je trottine bien doucement !
Impossible d’accélérer ? Mais je trottine, l’impression de faire
des petits pas un peu ridicules mais de toute façon je peux pas
plus !
Ca va être dur…
J’ai couru tout le long sauf la Monstress mais est-elle courable
? Pendant le marathon je ne fait plus de sport, autant natation
vélo je suis dans l’exercice physique : gérer, accélérer,
appuyer, relâcher, observer, etc. Ca c’est faire du sport, autant
le marathon je cours comme un robot. J'ai l’impression d’être
hyper régulier dans le très lent… On se fait des copains de
galère qui courent, qui marchent… Chacun son truc. Là on se dit
"plus jamais çà" mais on est aussi très heureux d’y être; je
pense aux copains à l’arrivée surtout dans le 1er tour les larmes
aux yeux… Mais c’est une grosse erreur car je me vois déjà finir…
plusieurs aléas vont vite me faire "redescendre" d’abord a
l’attaque du second tour au ravito, au bout de la digue,
impossible de repartir en courant ! Le genoux droit qui coince,
le ménisque ou je ne sais quoi… je boite ! Une fois deux fois… je
m’étire contre un poteau, la jambe qui tétanise, une moto me
demande si ça va ? Putain la seule chose qui me passe par la tête
c’est "pourvu qu’ils ne m’arrêtent pas !" "Non non pas de
problème, ça tire dans le mollet c’est rien". Finalement j’arrive
à relancer… mais ravito suivant idem. J'en prends mon parti, je
n’arrête plus de courir et je me fais les ravitos sans arrêt, au
comble du ridicule ce qui m’oblige a m’expliquer avec les copains
de galère. Je bois en continuant de courir sur place en foulées
hautes comme à l’échauffement au CM2 en cours de sport. Les gars
tombent beaucoup dans le dernier tour : pompiers par ci, crampes
par là, malaises et vomissements à la plupart des ravitos de
types pas très conscients…
Ca calme énormément ta joie, tu te dis tout de suite ça va me
tomber dessus… Pour moi il en manquait pas beaucoup… tu sens
qu’il suffit d’un rien, tu te sens tellement faible et épuisé
qu'il suffirait d’une pichenette…
Je croise Laurent 3 fois, moment de fraternité et de bref échange
sur nos états relatifs. Le retour d’Amplepluis est long dans la
tête et sur le bitume mais ça sent bon. Gilles et Gigi sont là
dans le dernier virage. C’est fini.
13H07 =1H06 +7H25 +4H35 71ème je suis bien content de ma perf,
surtout… j’ai fini.
Laurent arrive mais je ne le vois pas… trop naze pour attendre…
on m’accompagne chez les ostéo. Il finit bien plus frais, je
pionce un peu dans le parc, il conduira sur le retour.
Merci à tous de m’avoir entraîné et soutenu dans cette aventure
humaine, sportive et avec moi-même. L’ambiance et l’accueil de
tous dans le club, au stage, Laurent qui m’a fait m’inscrire
comme un gros naïf que je suis à ce truc un peu fou, tous pour
vos conseils Pascal en Càp Momo mon responsable logistique,
Target, Olive, Gilles, Gigi, Philippe, JP… vous m’avez mis en
confiance et la tête chez moi c’est toute ma réussite sur ce truc
Iron machin chose.
MILLE MERCIS JE SUIS UN IRONMAN…
Olive, tu me donnes l’adresse de ton tatoueur STP ?







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commentaires
05 Juillet 2006, par : phiphiBravo !
Quels débuts dans le tri !