Publié le: 30 Mai 2006
Par: Yannick Henri
Lien: http://www.ironmanlanzarote.com/

Yannick Henri : Lanzarote au moral

Photo par Yannick Henri

Triathlète depuis 2003 et tombé dans le bain du long en 2004, puis mordu par le démon de l’Ironman en 2005, Yannick Henri a souvent vibré aux récits d’athlètes racontant leur course sur ces épreuves grand format. C'est à son tour de nous raconter sa course
En route pour les volcans Canariens ! Ceux qui se sont déjà présentés au départ d’un Ironman savent que c’est une journée de rencontre avec soi-même, de lutte mais aussi de plaisir intense, autant de sentiments mêlés et contradictoires qui établissent la magie de l’Ironman.
Après avoir goûté à ces sensations à Nice et à Embrun en 2005 lors de mes deux premiers Ironman, j’ai opté cette année pour l’Ironman Canaries à Lanzarote. La difficulté du parcours vélo (2500 mètres de dénivelé) ajouté à un vent très souvent violent, font de l’Ironman espagnol l’un des plus difficiles du circuit, si ce n’est le plus sélectif, ce qui est censé me favoriser, n’étant pas trop rouleur. Après un entraînement studieux durant tout l’hiver, je vise, à l’occasion de ma seconde expérience sur le circuit Ironman, la qualification pour Hawaii. Il y a 9 places en 30-34 ans, et cette année, pour la première fois, l’épreuve a fait le plein en atteignant les 1000 inscrits.

Dès mon arrivée à Lanzarote, on est frappé par l’absence quasi totale de végétation, et bien sûr, par le souffle violent et permanent du vent. Celui-ci est si fort que je suis même inquiet : à J moins 2, après avoir récupéré mon vélo arrivé en retard à destination, je suis véritablement scotché à l’asphalte à moins de 20 km/h sur le plat !
Les jours qui suivent sont à l’image du premier : chaleur et vent violent; la course promet d’être difficile.

Enfin, nous y sommes, samedi 20 mai, jour de la course. Je suis étrangement détaché et ne pense pas du tout à la dure journée qui m’attend. Le départ est donné à 7h00 pour la première vague (pro hommes et femmes plus groupe d’âge jusqu’à 30/34 ans), à 7h01 pour la seconde vague : de ce fait, il n’y a pas de bagarre et le départ s’effectue pour ma part sans encombre. Le parcours natation est constitué de deux boucles de 1900 m avec une sortie à l’australienne entre chaque tour. Je vise 1h05 / 1h10. La partie aller du tracé est difficile : nous avons un vent défavorable (déjà !) qui occasionne une houle qui nous ralentit et nous masque la bouée, synonyme de retour vers la plage avant un dernier tronçon parallèle au premier mais cette fois porté par les vagues.
Fin du premier tour sans souci (des bonnets jaunes de la seconde vague m’ont rapidement rattrapé) en 31 minutes. C’est tout bon ! Le second tour, alors que je suis malgré tout moins gêné par les autres athlètes, est moins rapide et je sors de l’eau en 1h05 et 23 secondes (386ème temps).

Transition correcte et je m’élance pour ma partie fétiche, bien positionné sur le prolongateur. Et déjà le vent fait des dégâts : je remonte plein pot les athlètes sortis de l’eau avant moi, particulièrement dans les parties ascendantes. Petit tour vers Playa Blanca à l’ouest de l’île avant d’attaquer une première difficulté : le parc naturel volcanique de Timanfaya. Et là, ça fait mal : route rectiligne, revêtement qui, pour ma part, m’interdit le prolongateur, et surtout un vent défavorable à 200 %, le tout sur une route en faux plat et qui monte plus franchement sur le haut. Résultat : 20 km/h au compteur. Je commence à me dire qu’il va être dur de tomber sous les 6h00 à vélo. Malgré tout, les sensations sont très bonnes, et je continue ma remontée au classement sans toutefois disposer de renseignements à ce sujet.

Nous sortons de cette portion tourmentée en descendant sur la Santa. A la Santa, virage à droite et cette fois, le vent ne nous est plus autant défavorable. Avant de remonter sur Téguise, il devient franchement favorable sur une route au revêtement correct et au relief légèrement vallonné. Je m’applique à rouler aussi vite que possible sur cette portion roulante où je perds du terrain d’ordinaire. Ce n’est pas le cas aujourd’hui et je tourne bien les jambes, tout en me félicitant d’avoir opté pour un plateau de 51 dents.
Nous voici au pied de Téguise où à la faveur du tracé du parcours, nous affrontons à nouveau le vent qui, loin de faiblir, semble s’être renforcé. De plus, nous abordons les portions les plus pentues du parcours avec à venir le fameux Mirador del Rio. Je tourne bien les jambes et continue ma remontée sur ce terrain montagneux que j’affectionne. Pourtant, un peu avant la descente sur Haria, le grondement des moteurs de moto attire mon attention derrière moi : un concurrent semble revenir sur moi, inexorablement, et pour cause ! C’est Rolf Aldag, encore chez T-Mobile en 2005 qui me passe, avec la délicate attention de m’adresser un sourire. Désolé Rolf, moi je peux pas, je suis au taquet. L’allemand, impressionnant, s’éloigne.

Nous abordons enfin la dernière véritable difficulté, le Mirador del Rio, accompagné bien sûr par notre ami le vent, toujours franchement défavorable. Et là, j’avoue que debout sur les pédales, j’ai regretté le temps d’une portion pentue, de ne pas avoir de 24 ou 25 dents à sur ma cassette. J’essaie de passer ce moment difficile sans trop forcer, même si du coup, je n’avance pas vite (10 km/h…). Enfin, la route se fait moins pentue et je retrouve une cadence de pédalage acceptable. Le sommet est en vue : je me promets de revenir après la course tant le point de vue est splendide, mais pour l’heure, je reste concentré et aborde la descente « tout à droite » vent dans le dos.

Durant 20 bons kilomètres, la route est splendide, un vrai billard (quel contraste avec celle qui traverse Timanfaya !) et avec le vent favorable, la vitesse moyenne remonte. Je suis accompagné de 5 athlètes (certains reviennent de l’arrière, d’autres sont en ligne de mire). Je ferme la marche, en tentant de garder le contact avec ce groupe, à 15 mètres du concurrent précédant. Les athlètes sont respectueux des règles et je n’ai vu personne drafter.
C’est une partie où je peux perdre du temps, car elle est favorable aux grosses cuisses. Je m’accroche. A la faveur d’une légère montée, je me rapproche et finalement passe en tête avant que le parcours ne vire à droite… face au vent. Gros coup au moral en deux temps : d’abord, à 25 km de l’arrivée, je commence à fatiguer et ce nouvel affrontement avec Eole m’affaiblit; ensuite, on m’annonce en anglais que je suis 116ème ! Je suis sidéré : je pensais avoir très bien roulé, et d’après mes calculs, il fallait que je rentre au parc aux alentours de la 80ème place environ.
Je chasse ces pensées négatives et tente de me motiver à nouveau. Le vent est à nouveau favorable, l’ultime descente sur Puerto del Carmen, sinueuse à souhait mais très dangereuse, me permet de gagner encore quelques places. Je pose le vélo en 5h53 (70ème temps).

Une transition éclair (1 minute et 4 secondes) et me voilà lancé sur le marathon en compagnie d’Anthony Philippe de Beaune qui s’envole rapidement pour faire un marathon en 3h05 ! Pour ma part, je prend un nouveau coup au moral en comptant les athlètes de ma catégories d’âge que je croise, et qui donc me précèdent : à 19, j’arrête de compter. Je ne comprends pas : je suis à bloc, j’ai fait un bon vélo, une natation correcte (à mon niveau) et ils sont au moins 20 devant moi en 30/34 ans.
Là encore, je tente de positiver : un Ironman est long, et tout peut encore changer, surtout sur le marathon. Je me concentre sur la file d’athlète qui me précède, ignorant ceux que je croise, et tente de garder le meilleur rythme possible. Mais le vent est à nouveau de la partie et nous fait souffrir sur la partie aller des 4 allers/retours à effectuer. Je passe au semi en 1h37 ce qui me rassure et je me surprends à m’encourager à voix haute. J’augmente la fréquence de mon alimentation (un gel toutes les 10 minutes environ). J’ai le sentiment d’être dans le tempo, le moral est de plus en plus gonflé : les défaillances se multiplient autour de moi, les cadences ralentissent. Le dernier tour est un véritable calvaire face au vent : 28 minutes pour 5 kilomètres 250 ! Je serre les dents. Arrivé au demi-tour, vent favorable, je lâche tout et tente de finir aussi vite que possible. Les jambes répondent, mon souffle s’accélère, je double de très nombreux concurrents mais je ne regarde même pas le nombre de bracelets (égal à leur nombre de tours) qu’ils portent au poignet. On fera les comptes à l’arrivée. Encore 2 km : le rythme n’a pas faibli. J’aperçois enfin l’arche d’arrivée. J’accélère encore et termine au sprint, au milieu d’une foule qui ne ménage pas ses encouragements à tous les athlètes. Quelle ambiance !
Je viens mourir derrière un concurrent… de mon groupe d’âge. Je suis épuisé, et termine 11ème en 30/34 ans, 55ème au général en 10h27 et 15 secondes. Je loupe mon ticket pour Hawaii mais n’ai pas de regret : j’ai tout donné, n’ai pas fait d’erreur, et à ce jour, j’ai réalisé la plus belle course que je pouvais faire avec en prime un bon marathon en 3h22 (56ème temps). Le niveau est simplement énorme : en 30/34 ans, nous sommes 4 en 38 secondes ! Le 10ème est 6 secondes devant moi, je précède le 12ème de 28 secondes et le 13ème de 32 secondes ! C’est fou…

Le lendemain, je me rends quand même à La Santa pour la remise des slots, sans véritable espoir de roll down (on est en début de saison), mais surtout pour n’avoir aucun regret au cas où le miracle se produit. Et ce fut le cas lorsque Kenneth Gasque, directeur de l’épreuve, à 12h20, constatant l’absence de 2 athlètes dans mon groupe d’âge, procéda à l’appel des 2 suivants, c’est à dire le 10ème et le 11ème. C’est une véritable explosion de joie que je connais : je ne peux retenir un cri de victoire ! Me voici donc invité à la grande messe Hawaïenne à l’occasion de ma seconde tentative grâce à une belle bataille et aussi, reconnaissons-le, à un peu de réussite.

Je recommande cet Ironman à tous les amoureux de l’exotisme, et d’épreuves difficiles. L’organisation est top, l’ambiance super sympa et le coût du déplacement modéré.
Merci à tous ceux qui m’ont soutenu dans cette quête : société Schwalbe, Stonglight, Cube et Syntace, sans oublier Ked et Cyclosport.

Un peu de repos là-dessus, et nous attaquerons ensuite la préparation pour le rendez-vous Hawaïen.

> fin de l'article

commentaires


30 Mai 2006, par : ErikMerci pour tes confidences...c'est toujours aussi beau d'écouter des passionnés parler de leurs passions. Je suis heureux que tu es décroché ta qualif', et j'espère, nan j'en suis sure, que tu vivra à Hawaii une expérience inoubliable, et dis toi là-bas, lors de la course à pied, quand tu t'en ira vers Energy Lab au milieu de toute cette lave, dis toi lorsque tu pénétrara dans cette solitude, que quand tu en reviendra, tu en ressortira en vainqueur et des images plein la tête! Bon courage mais surtout bravo!
En tout les cas, merci pour ce récits "canarien". Plusieurs amis l'ont fait, et l'année prochaine, s'en sera même la "compétition club"! Alors peut être nous y croiserons nous...
Merci encore...


31 Mai 2006, par : Robertomerci YANNICK
de nous faire partager ta joie à juste titre récompensé pour aller sur un endroit magique et lieu de "culte" triathlétique.
Ton combat avec le dieu éole a été récompensé et je suis heureux pour toi que ça c'est trés bien passée.Ton récit me donne toujours la joie de continuer vers de nouvelles aventures, encore te encore....


31 Mai 2006, par : anthony PHILIPPESalut Yannick
On n'a guère eu le temps de papoter pendant le début du marathon, alors je te félicite maintenant et te donne donc rendez vous à Kona en Octobre !! Mais attention à toi, en te qualifiant pour Kona, tu viens de mettre le doigt dans un engrenage infernal ... mais si magique !


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