Publié le: 14 Mars 2006
Par: Daniel Servel

Le plus court chemin vers Kona – part#1

Photo par Daniel Servel

Daniel Servel est, en 10h52, un des français qui a eu le bonheur de passer la ligne à Hawaï l'an passé. Mais "quid" de sa qualification, et comment s'y est-il pris pour en arriver là ? C'est ce que nous vous proposons de découvrir aujourd'hui, dans une série de plusieurs volets concernant "le plus court chemin" pour Kona
Une première qualification et participation à l'Ironman d'Hawaii resteront les événements majeurs de mon année 2005. Courir à Kona un jour était mon rêve, un objectif avoué depuis mes débuts dans le triathlon en 1999. Il ne m'aura fallu pas moins que 6 tentatives depuis 2001, à Lanzarote souvent, Zurich et enfin Nice pour parvenir à mes fins. En terminant 14ème dans la catégorie M40-44 pour 8 slots, je suis certes passé par la petite porte grâce au roll down… mais je suis passé quand même. Depuis mon retour de Kona, 4 mois assez étranges se sont écoulés. Une décompression légitime certes, mais également l'impression qu'il me manque désormais un moteur pour retrouver le chemin de l'entraînement. Après 3 Ironman dans la même saison, j'avais de toute façon besoin de souffler, car avant de réaliser la course de ma vie à Nice, j'étais allègrement passé au travers à Lanzarote, sur une course que je commence pourtant à connaître par cœur. Dans les pires moments du marathon ce jour là, j'étais à des années-lumière de mon rêve hawaiien… mais un proverbe arabe dit "ne baisses jamais les bras, tu risquerais de le faire 2 secondes trop tôt avant le miracle". Alors 4 semaines plus tard, j'ai essayé encore une foi … et le miracle s'est produit, le jour où j'y croyais le moins…

Le problème quand on a "fait Hawaii", c'est de retrouver une motivation intacte pour faire autre chose qu'Hawaii… car comme chacun sait, Hawaii c'est autre chose. Je sentais bien que cet après Kona allait être délicat, mais pour être honnête, à désormais 42 ans et un rêve en moins, je me suis laissé aspirer par la douceur de ne rien faire ou presque. J'en avais perdu l'habitude, et pour un temps j'ai vraiment adoré ça. Mais le démon de l'Ironman n'est jamais bien loin, et pour avoir vendu mon âme à la WTC, une question récurrente revient régulièrement occuper mes pensées : où, cette année ou l'an prochain, vais-je aller tenter la qualification pour avoir le droit de nouveau de jouer dans la cour des (très) grands ? Et alors très rapidement pointe LA question, et toutes celles qui en découlent : y a t'il des Ironman qualificatifs plus faciles que d'autres ? Les Ironman qui proposent le plus de slots (Francfort par exemple) sont-ils le meilleur gage de réussite ? Est-ce que ça vaut la peine de traverser la Manche pour espérer glaner un des 30 malheureux slots de Grande-Bretagne ? Etc. La réponse à toutes ces questions n'est pas évidente. La saison dernière par exemple, dans la catégorie M40-44, un chrono de 11h00 à Lanzarote était synonyme de qualification directe, alors qu'avec 10h00 à Francfort on était le dernier des 24 appelés, et que c'est carrément 9h35 qui étaient requises pour arracher un slot à Klagenfurt. Alors, tous à Lanzarote ? Ce serait trop simple, car en 2005, 11h00 à Lanzarote équivalait - d'après mes calculs - à 9h50 environ à Francfort, et il était a priori un peu plus facile de se qualifier à Francfort qu'à Lanzarote dans cette catégorie. Vous vous demandez sans doute ce qui me permet d'avancer ce genre de choses ? Et bien suivez le guide, je vais vous présenter ma démarche et ses conclusions…

Comment faire, donc, pour mettre toutes les chances de qualif de son coté ? Commencer par s'entraîner, et bien de préférence. Mais dans ce domaine, les plans et (bons) conseils ne manquent pas. Alors en supposant que l'on a "fait le métier" le plus sérieusement du monde, et que la préparation physique et mentale a été bien conduite, comment transformer l'essai en choisissant la "bonne course" ? Il y a plusieurs paramètres à prendre en compte : les caractéristiques du parcours (profil vélo notamment, selon que l'on soit plutôt rouleur ou grimpeur), le nombre de slots alloués et le nombre de partants, les conditions climatiques (on n'est pas tous égaux devant des conditions extrêmes de chaleur et d'humidité) et enfin le niveau de la concurrence. Les 2 premiers paramètres sont normalement sans surprise, mais les 2 derniers sont beaucoup plus difficiles à cerner. Plus exactement ces 2 derniers paramètres font que l'analyse des résultats d'une épreuve est un exercice à haut risque.
Revenons à nos 11h00 à Lanzarote : avec plus de 2500 mètres de dénivelé à vélo, un vent généralement fort, voire violent, une chaleur accablante et un marathon sans ombre, l'Ironman "mas duro del mundo" porte bien son nom; malheur à celui qui en regardant les temps de qualif en déduit un peu vite que Lanzarote est l'endroit rêvé pour se qualifier. Pour voir de beaux paysages et prendre le soleil certainement, mais pour la qualif c'est une autre histoire…

Si les conditions de course constituent une première difficulté pour apprécier les résultats à leur juste valeur, un autre paramètre encore plus insaisissable vient brouiller les cartes : le niveau global de la participation. Le niveau moyen des triathlètes européens est supérieur à celui des triathlètes américains par exemple, et en Europe la tradition longue distance des allemands, mais également des belges ou des suisses ne se dément pas à l'analyse des résultats. Le pays hôte fournit (presque) toujours le contingent le plus important parmi les partants, et le niveau général du triathlon dans le pays organisateur influence beaucoup la physionomie du classement final…

A ce stade, je vais vous soumettre une avalanche de chiffres et de statistiques, qui va sans doute vous paraître un peu indigeste, mais difficile de faire autrement pour traiter le sujet. D'autre part, tout ce qui va suivre n'engage bien évidemment que moi. Les résultats des Ironman ne sont pas une science exacte, et mon approche - que j'ai tenu à restituer dans sa globalité - est avant tout expérimentale. Ceux qui auront le courage de me suivre jusqu'au bout (sic), se feront leur propre idée…

Avant de tenter d'apprivoiser les paramètres "compliqués", la première étape consiste à établir une cartographie des Ironman qualificatifs en fonction des slots attribués sur chaque épreuve. Le nombre total de slots est en absolu une première donnée intéressante (c'est celle que tout bon candidat à la qualification connaît en général), mais pour se faire une idée plus précise il est indispensable de considérer 2 autres points :

• la distribution des slots entre hommes, femmes, professionnels et groupes d'âge, car suivant les épreuves on observe des quotas assez différents
• le nombre de finishers dans les différentes catégories, sachant qu'au sein des groupes d'âge hommes et femmes la répartition des slots est la plus équitable possible puisqu'elle se fait à la proportionnelle en assurant au moins une place à chaque catégorie représentée.

Le tableau suivant recense pour chaque épreuve le nombre de slots alloués en 2004-2005 pour les Groupes d'ages et les professionnels (hommes et femmes), le nombre de classé(e)s pour chacun de ces groupes, et l'indice nombre de classé(e)s par slot attribué. Le pourcentage de femmes classées sur l'épreuve est également indiqué :

Course Nombre slots alloués (Nombre classés) Nb classés /
slot alloué
% W
classées
TOTAL M AG M PRO W AG W PRO M AG W AG
Francfort 120 (1730) 96 (1525) 4 (15) 17 (183) 3 (7) 16 11 11%
Canada 100 (2062) 59 (1395) 6 (24) 31 (627) 4 (16) 24 20 31%
Floride 100 (2031) 67 (1565) 5 (27) 23 (420) 5 (19) 23 18 22%
Lake Placid 85 (1852) 58 (1430) 0 (0) 19 (403) 8 (19) 25 21 23%
Madison 80 (1973) 51 (1500) 6 (20) 21 (443) 2 (10) 29 21 23%
Arizona 80 (1682) 52 (1316) 4 (26) 20 (320) 4 (20) 25 16 20%
Cœur d'Alene 80 (1657) 51 (1236) 8 (17) 21 (404) 0 (0) 24 19 24%
Zurich 75 (1287) 60 (1130) 3 (22) 10 (127) 2 (8) 19 13 10%
Australie 75 (1465) 52 (1202) 4 (17) 17 (235) 2 (11) 23 14 17%
Nlle Zélande 70 (1115) 44 (872) 8 (29) 17 (205) 2 (9) 20 12 19%
Lanzarote 60 (662) 43 (595) 7 (16) 7 (44) 3 (7) 14 6 8%
Nice 50 (1103) 35 (1021) 2 (9) 10 (65) 3 (8) 29 7 7%
Klagenfurt 50 (1795) 33 (1551) 4 (27) 12 (210) 1 (7) 47 18 12%
Corée 50 (797) 38 (724) 1 (12) 10 (57) 1 (4) 19 6 8%
Brésil 50 (990) 37 (831) 3 (24) 8 (119) 2 (16) 22 15 14%
Japon 50 (712) 35 (622) 3 (13) 10 (65) 2 (12) 18 7 11%
Afrique Sud 30 (685) 19 (568) 3 (24) 7 (84) 1 (9) 30 12 14%
Sherborne 30 (1134) 16 (1020) 2 (12) 9 (94) 2 (8) 64 10 9%
Western 25 (779) 14 (630) 1 (14) 9 (122) 1 (13) 45 14 17%

 

> fin de l'article

commentaires


14 Mars 2006, par : Yannick HenryTrès intéressant : j'attends la suite avec impatience ! Pour le choix de mon ironman qualificatif, je n'ai pas entrepris d'aussi savants claculs; étant grimpeur plutôt que rouleur, affectionnant la chaleur, je tente Lanzarote. Mais l'inconnue de l'équation reste le niveau des athlètes participant, la validité de ma prépa...Cet article témoigne d'une approche qui se veut rationnelle si tant est que l'on peut envisager la qualif sous un angle statistique. Enfin bravo pour cette recherche et encore une fois, vivement la suite (et bravo pour ta qualif aussi...)
PS : sur la photo, je reconnais Thierry Debrun, une vieille connaissance de la région du Beaujolais qui a décroché le précieux sésame en 2005 et qui, je crois, sera aussi à Lanzarote le 20 mai 06.


15 Mars 2006, par : anthony PHILIPPELa qualif pour Hawaii en étant européen, c'est pas gagné ! Le pire que j'ai connu concernant le niveau fut Klagenfurt en 2003.Tous les qualifiés de la classe d'âge 30-35, nous étions en moins de ... 9h ! Certes, c'est roulant, mais bonjour quand même le niveau pour la qualif... Et quand à Kona, on voit des gens du même âge que nous courir en 13 ou 14h, on se dit que faire un voyage aux Etats Unis pour tenter la qualif nous laisserait certainement plus de chances. Mais bon, après, c'est le côté financier qui intervient !
De toutes façons, je crois que le tableau de Daniel est très significatif et il faut savoir choisir sa course afin d'optimiser au maximum ses chances.
Mais bon, il n'y a pas de secrets, il faut être au top pour la qualif ! Et après, être à Kona au milieu de 1700 furieux, c'est la cerise sur le gâteau !


15 Mars 2006, par : laurentpas mal du tout Antony ta perf en moins de 9h pour ton Ironman, moi jai couru l'IM de Roth en 9h45 en 2005, avec un marathon en 3h20


15 Mars 2006, par : laurenten clair pour résumer l'article, il faut avoir de l'argent pour aller se qualifier haut la mains hors de l'europe, pour les autres soit être bon ou avoir de la chance en Europe


16 Mars 2006, par : Daniel ServelLanzarote n'est pas un mauvais choix, Yannick, surtout si tu aimes la chaleur et les bosses. Je ne veux pas trop anticiper sur la suite de l'article, mais le nombre de slots alloués par rapport aux classés est un des plus favorables du circuit (avec 1 slot pour 14 classés chez les groupes d'age hommes). En revanche, le hic, c'est que le niveau moyen à Lanzarote est très relevé. Mais au final, les 2 paramètres se compensent, et Lanzarote est un ironman dans la bonne moyenne pour la qualif (même si personnellement, j'y ai échoué 4 fois, et que cette année le nombre d'inscrits est à la hausse). En tous cas, c'est une super course à vivre !


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