Kate Major : simplicité et efficacité
Photo par Jeff Young
Je la rencontre au Starbuck du coin avec son fiancé Jeff, lui aussi un ex pro de squash. Dans les 5 minutes qu’il a fallu pour commander nos cafés, elle était déjà en pleine conversation avec la barista, elle aussi Australienne, lui promettant de rapporter du "Veggie mite" (NDLR : Un truc dont les Aussies raffolent) de Nouvelle-Zélande. Kate est comme ça. Modeste, terre-à-terre, gentille avec tout le monde, et toujours souriante, qu’on la croise sur le trail, a la piscine ou en train de surfer a Swami’s (un spot de surf local). Portrait express d’une championne qui est un si bel exemple par son attitude positive et son courage.
Xtriathlon : Kate, tu vis a présent en
Californie. Comment as tu vécu ce changement ?
Kate Major : San Diego est similaire a l’endroit
d’ou je viens en Australie. En général les Australiens sont plus
relax mais j’ai rencontré des tas de gens vraiment sympas ici et
des athlètes avec qui m’entraîner. Je commence à bien m’y faire.
Le plus dur est de ne pas pouvoir voir ma famille et mes amis
aussi souvent que je le voudrais. Mais j’ai la chance d’avoir le
soutien de Jeff, qui a la patience de m’épauler dans tout ce que
je fais.
Xtriathlon : Tu es une triathlète redoutée sur
le circuit, et cela après une carrière professionnelle de squash.
Pourquoi ce virage extrême dans ta vie de sportive ?
Kate Major : J’ai été sur le pro tour a plein
temps pendant 6 ans. En 1999 j’ai décidé que j’avais besoin d’un
autre challenge, et d’avantage de stimulation intellectuelle. Je
me suis inscrite à l’université pour faire des études de science.
Parallèlement, j’ai intégré une équipe de natation. Comme c’était
aussi une équipe de triathlon, j’ai commence a m’entraîner avec
eux mais sur mon VTT. Puis j’ai acheté un vélo de route à deux
semaines seulement de ma première course ! Je ne savais même pas
qu’il fallait se qualifier pour Hawaii… Mais je me suis qualifiée
à mon premier Ironman et j'ai décidé de me lancer!
Xtriathlon : Et qu’est-ce qui te plait le plus
dans cette nouvelle carrière ?
Kate Major : J’aime être a l’extérieur, et
l’idée qu’aller au bureau ça veut dire aller dehors, et non pas a
un boulot du genre 9 a 17 heures… Je fais ce que j’aime toute la
journée et j’en vis, donc même les jours où je suis fatiguée ce
n’est jamais une corvée. Et si je continue à avoir de bons
résultats et une bonne attitude, les sponsors seront là pour moi.
Xtriathlon : Ta première saison en tant que
professionnelle a été exceptionnelle : 1ère à Lake Placid, 3ème
en Australie, et 3ème à Kona. Quel a été ton sentiment en passant
la ligne d’arrivée a Hawaii?
Kate Major : Un grand soulagement !!! Parce que
les gens commentaient mon temps vélo à Lake Placid et disaient
que j’avais eu de la chance, que je ne répéterais pas une telle
performance. En plus j’étais arrivée a Kona avec une congestion
de la poitrine et je m’inquiétais de ne pas pouvoir bien
respirer, surtout en natation. Au bout du compte cela ne m’a pas
gênée pendant la course - même si j’ai mis 4 semaines a m’en
remettre après. A l’arrivée j’étais vraiment soulagée parce que
c’était la confirmation que j’avais eu raison de changer de
profession et de continent. C’était vraiment la conclusion
parfaite a cette première saison.
Xtriathlon : En deux ans tu as déjà gagné la
réputation d’être une des athlètes les plus régulières sur longue
distance. Pourtant à 27 ans tu es aussi une des plus jeunes, dans
un sport ou traditionnellement les athlètes ne semblent atteindre
leur apogée que vers la trentaine. Quel est ton secret ?
Kate Major : Je pense qu’en un sens le squash
m’a aidée, parce que finalement être professionnelle dans un
sport ou un autre est la même chose. C’est ma carrière, que
j’aime et que j’ai choisie, et je m’y dédie a 100%, tous les
jours. En plus mes premières années en triathlon, j’allais a
l’université a plein temps, je travaillais a mi-temps et je
m’entraînais a plein temps. Bien sûr on apprend à gérer tout ça
mais j’étais tellement fatiguée que certains jours a l’université
j’avais envie d’aller faire la sieste au fond de la classe !
Quand j’ai commencé à gagner assez d’argent pour arrêter de
travailler, j’ai décidé de mettre aussi l’université de côté.
Tout à coup j’avais enfin le temps de récupérer et de m’entraîner
d’avantage. Ca fait une énorme différence !
Xtriathlon : Quel est le sentiment de celle qui
désormais sert de référence sur les courses comme Lake Placid ou
l'Arizona ?
Kate Major : Les gens que j’ai rencontrés durant
mes études ont changé ma perception de la vie. Soudain j’étais
entourée de personnes qui avaient accompli des tas de choses qui
n’avaient rien à voir avec le sport. Donc le fait que je courre 5
minutes plus vite ou que j’ai dépassé tel ou tel athlète ne me
fera jamais dire que je suis une meilleure personne. D’ailleurs
en course je me concentre sur ce que j’ai préparé à
l’entraînement et ne suis déçue que si je n’ai pas donné 100%.
Xtriathlon : Tu termines seulement à 48 secondes
de Michellie Jones à Kona. Tes impressions ?
Kate Major : L’arbitre sur le vélo me disait que
je revenais sur elle mais elle était tellement loin devant au
départ de la course a pied que j’avais du mal a y croire.
J’essayais de voir un point rose a l’horizon (note : Michellie
était en rose) mais avec les virages de la fin et la foule,
c’était impossible. Bien sûr on peut ressasser tout ça et se
dire, 48 secondes c’est vraiment peu, est-ce que j’aurais pu les
gagner à la transition ? Mais ma course a pied était tellement
plus rapide que ce dont je me croyais capable, que j’étais
vraiment heureuse. Je regrette seulement que NBC n’ai pas montré
ce qui se passait derrière Michellie, et combien la course avait
été passionnante pas ses rebondissements.
Xtriathlon : Est-ce que la course a pied est ton
point fort ? Et que penses-tu qu’il te faille changer pour gagner
Hawaii?
Kate Major : J’adore la course a pied mais
parfois je pense que c’est le vélo mon point fort. On voudrait
pouvoir mettre bout a bout ses meilleures perfs a certaines
courses pour avoir la course idéale, n’est-ce pas ? Cette année,
j’ai beaucoup travaillé ma position à vélo qui est plus petit et
qui me convient mieux. Pour la course a pied, j’ai une meilleure
base que l’année dernière car j’avais une fracture de fatigue au
pied avant Lake Placid en 2005 et c’est pour ça que je n’ai pas
pris le départ.
Xtriathlon : Quelle est ta méthode
d’entraînement en général ? Quel volume horaire par semaine
t’imposes-tu ? Est-ce que Nick Croft est toujours ton entraîneur
?
Kate Major : Depuis août dernier c’est Greg
Welch qui m’entraîne, mais comme c’est un ami de Nick (ils
faisaient des compétitions ensemble) les entraînements sont
similaires. La grosse différence c’est qu’il est sur place et
donc on peut faire des séances ensemble. Et bien sûr il voit si
je suis fatiguée, je ne peux rien lui cacher ! Mes grosses
semaines sont aux alentours de 30 heures (par exemple en prépa
pour Hawaii) mais je ne fais pas plus de 8/10 heures la semaine
avant un Ironman. Ceci dit comme une grosse partie de ma méthode
d’entraînement est de participer à des courses, on a tendance a
ne pas vraiment diminuer le volume avant les compétitions qui ne
sont pas des objectifs. Je les utilise pour voir où j’en suis et
vérifier par exemple si ma position vélo et ma nutrition sont
efficaces.
Xtriathlon : Quelles compétitions prépares-tu
pour cette saison?
Kate Major : L’IM de Nouvelle-Zélande,
probablement le Wildflower et le Baja ½ Ironman, peut-être l'IM
Coeur D’Alene, le Timberman ½, et bien sûr Hawaii. Mais entre
temps je compte participer aussi à certaines courses mises en
place par le SDTC (San Diego Triathlon Club) - des sprints, des
aquathlons etc.
Xtriathlon : Que penses-tu de Natascha Badmann,
de ses 6 victoires à Hawaii, de sa façon de voir le sport ?
Kate Major : C’est une athlète incroyable et
régulière dans ses résultats, mais je l’admire aussi pour
d’autres raisons. Elle vient à Kona avec la pression de ses
victoires précédentes, mais elle court pour l’amour du sport.
Même les années où elle en a bavé et dû s’arrêter pour vomir par
exemple, elle a continué parce qu’elle est courageuse et qu’elle
veut terminer quoi qu’il arrive, victoire à la clef ou pas. Et en
plus elle est toujours gentille avec tout le monde, en course ou
en dehors. A Kona on était au contrôle dopage ensemble et on eu
une conversation très intéressante. Je la considère comme une
ambassadrice extraordinaire de notre sport.
Xtriathlon : Justement en parlant de dopage, que
penses-tu de la politique anti-dopage actuelle ?
Kate Major : Je pense qu’il faudrait que tous
les athlètes soient soumis aux mêmes règles. D’après ce que je
comprends certains pays testent différemment de l’Australie. Pour
nous les contrôles sont obligatoires toute l’année. Par exemple
j’ai été testée un an après avoir arrêté le squash… L’Australie
est très stricte à ce sujet et je trouve que c’est très bien.
Xtriathlon : Depuis 2003 tu collectionnes les
podiums sur Ironman. Pourtant tu n’es pas surmédiatisée en
Europe. Quand aurons-nous l’honneur de te voir sur une
compétition Européenne ?
Kate Major : Je voulais faire Nice cette année
mais ça ne collait pas avec mon calendrier. Mais Jeff et moi
adorons l’Europe (NDLR : Ils y ont séjourné pour de nombreuses
compétitions quand ils jouaient au squash) et j’aime faire des
courses différentes chaque année. J’ai vu des photos de Nice et
ça me donne très envie de le faire. Il y a de grandes chances que
j’y vienne l’année prochaine.
Xtriathlon : Nous l’espérons ! Merci mille fois Kate. Bonne chance en Nouvelle-Zélande et nous te souhaitons une très belle saison 2006 !
Quelques renseignements supplémentaires sur Kate Major
:
- Sa date de naissance : le 3 Décembre 1977 (elle a donc eu 28
ans)
- En squash elle était 19ème joueuse mondiale et a eu 3 titres
nationaux
- En 2002 elle termine première de sa catégorie d'âge à Hawaii an
9h49 et finit 12ème au scratch
- En 2003 idem mais là elle est 9ème au scratch
- Elle a une soeur jumelle qui se prénomme Emma
- Son record à Lake Placid est meilleur de 15 minutes
A propos de la correspondante d'Xtriathlon aux Etats-Unis
:
Florence est triathlète et a déjà couru plusieurs Ironman
(Suisse, France, Roth etc…)
Elle vit à proximité de San Diego et côtoie de nombreux
triathlètes professionnels. Elle est aussi kiné, son métier.
C'est aussi une amie très chère.




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commentaires
22 Février 2006, par : laurentTout simplement impressionant de pouvoir jongler d'un sport à l'autre et d'être dans les 2 sports professionnel, comme ça, je suis sur "le cul", elle a une destiné fantastique...
22 Février 2006, par : Roland / XtriathlonEt en plus elle est super sympa...
22 Février 2006, par : Florence Et si tu la voyais surfer, tu en serais malade! Elle pourrait etre pro aussi! Et c'est tellement vrai qu'elle est sympa!