Nice 2005 : chronique d’une galère annoncée…
Photo par Michael Lecuivre
Jour J-168 : le 1er Janvier
Depuis 2 semaines, je ne peux nager plus de 1000m sans avoir mal
à l’avant-bras droit, douleur qui restera en place jusqu’au 19
juin. Je décide donc de me concentrer sur le vélo (un de mes
points « non faibles ») et sur ma course à pied (mon «
super-point-faible, n’est ce pas Titof ??). J’enchaîne donc les
sorties VMA courtes, sortes longues de 2 heures sous la neige,
etc… Première compétition le 10 Avril à Hyères (ou il y a 2 ans,
j’avais réalisé un 34’30 sur les 10 premiers km, pris un super
plaisir à revenir sur la tête de course en vélo, avant d’exploser
sur la seconde course à pied) : bilan catastrophique, avec une
première course à pied minable, un vélo très très moyen (sans
sensations du tout), mais par contre un début de progrès sur la
seconde course à pied : pas terrible, n’est-ce pas ?
Jour J-21 : le MD de Vendôme
Une natation handicapée par 5 long mois sans nager m’oblige à
sortir en 40’ (mais bon, on ne va pas s’en plaindre non plus...),
mais j’effectue pour la première fois de la saison un vélo digne
de ce nom, avec le 13ème temps vélo, qui me permet un passage de
la 68ème place à la sortie de l’eau à la 19ème place à la fin du
vélo. La première boucle à pied se passe comme dans le plus beau
de mes rêves en 43’, et je ne perds que 2 places après avoir
doublé un concurrent (ce qui m’arrive très rarement en course à
pied…) Seulement voilà, j’oublie à la transition de prendre mon
ravito, et au 15ème km à pied (vous savez, en haut du « petit
raidard », pour ceux qui connaissent Vendôme), plus de son et
plus d’image grâce à une belle hypoglycémie… Malgré les
remontrances justifiées de mon coach (qui n’est autre que ma
chère et tendre !!!) je me dis que j’ai bien fait de faire cette
erreur de débutant ce jour là, et que je ne la referai pas à
Nice. Bilan positif, malgré une 68ème place au scratch (!!!),
comme à la sortie de l’eau, alors que le TOP 20 était possible.
Jour J-3 : l’arrivée sur place...
L’installation est excellente, au camping de Magali, à
Saint-Laurent (je vous le conseille vivement pour l’an prochain,
il est situé sur le parcours vélo, et les dames qui s’en occupent
sont plus qu’accueillantes !). Le stress est complètement absent,
surtout après une sortie « décontraction » effectué à 34,5 km/h
de moyenne et à 123 puls ! Je me dis que le plus gros est fait,
que je vais en garder sous la pédale pendant le vélo, et que je
vais tout donner en course à pied. Au gré des discussions avec
des concurrents installés également au camping, je leur dis que
la chaleur et le vent vont être des facteurs déterminants de la
course... Je m’ose même à prendre un pari avec mon père (qui est
accessoirement mon deuxième coach) : je lui annonce, au sujet de
Tim De Boom, que soit il explose, soit il gagne la course... Je
n’avais pas trop tapé loin, car lorsque je le croise sur la
Croisette, ce guerrier double vainqueur à Hawaii semble à la
peine : comme quoi, TOUT LE MONDE a souffert sur cette course.
Jour J-2 : La journée la plus dure mentalement.
La journée d’attente, qui voit le stress monter un peu, mais
surtout une première (grosse) déception. Le coté mercantile est
omniprésent, ça tout le monde le sait, sur la série des Ironman,
mais le côté « rentabilité » sur le dos des athlètes est mis un
peu trop en avant lors de la remise de « l’enveloppe » coureur
(j’ignore pourquoi le « traditionnel sac » est à aller chercher
ailleurs jusqu’au moment où je prends possession de ce soit
disant sac...). Lors de la « pasta-party », (la plus chère que
j’ai jamais payé à mes accompagnateurs !!!), je suis plus que
surpris lorsqu’on nous annonce que l’on ne sera servi qu’une
(maigre) fois. Avouez que cela peut surprendre. Enfin, le
briefing, initialement prévu le matin, est à la dernière minute
déplacé pendant le repas, ce qui le rendra inaudible et
incompréhensible pour la majorité des personnes présentes.
Certes, ce que je dis est un peu dur vis-à-vis de l’organisateur,
mais ce sont des professionnels de l’organisation (et un
ex-triathlète hors pair) qui sont aux commandes, et de tels
manquements sont un peu impardonnables à mes yeux. Certes encore,
l’écran géant et la sono sont là (donc tout pour plaire aux
médias, ce qui est très bien pour notre sport...), mais quels
bénéfices pour l’athlète ?
La seule satisfaction du jour : la vue de l’équipe « Ironman
France Team », qui joue à fond le jeu, et qui porte une tenue
plus qu’originale et sympathique ! Si ils se présentent sous ces
couleurs et de cette manière, cela augure de bons moments
Dimanche...
Jour J-1 : le dépôt des sacs.
Et là encore, quelle ne fut pas ma surprise lorsque même les
bénévoles ne savent pas où placer les sacs que nous sommes censés
leur remettre... Là par contre, je me dis qu’il y a des choses à
corriger quand même !!!
En rentrant à l’hôtel (la dernière nuit, je l’ai passée en hôtel
que j’avais choisi par précaution en prévision des difficultés de
circulation le matin de la course !!!), je croise Wendy Ingraham
et Tim de Boom qui déposent également leur monture, que
j’échangerais volontiers avec la mienne (même si je l’adore, mon
fidèle destrier). Je discute là aussi avec des athlètes qui ne
sont pas du coin et qui en sont à leur première expérience IM :
je leur dis de bien boire abondamment et d’être patient sur le
vélo, car la course à pied sera certainement éprouvante à cause
de la chaleur... C’est bien de donner des conseils, encore faut
il les respecter, Mika !!! La nuit ne fut pas très bonne, car
passée sans « ma source d’énergie » et avec 1h de sommeil… Dur
dur d’être triathlète !
Jour J :
Réveil traditionnel à 4h00, petit déj’ tout aussi traditionnel
avec le Gatosport et tout ce qui va bien. Je prépare le sac de
ravito perso, et les dernières affaires.
A 6h30, je me place dans le sas des 1h02 (que je choisi par
précaution), et je me lance dans l’eau en me disant que la baston
s’arrêtera sitôt la première bouée passée... Que nenni ! Elle
s’arrêtera après 3600m (ça fait court, 200m nager tranquille, je
vous jure !) et 1h03 plus tard (pas trop mal pour quelqu’un qui
ne nage plus, même si je suis secrètement déçu !). Le vélo
enfourché, je pars en me disant qu’il faut temporiser, et que le
« combat » ne commencera que dans 130km : je remonte
tranquillement mais sûrement les concurrents sortis de l’eau
avant moi (peut-être parce qu’ils font partie de ceux qui m’ont
nagé dessus ou qui m’ont assommé d’un coup de poing !). Au 60ème
km, je me dis que les jambes ne seront pas efficaces toute la
journée car elles commencent à ne plus trop répondre. Et malgré
une excellente alimentation et hydratation, me voilà parti pour
120km de galère. Ca me laisse le temps de profiter des paysages,
et d’admirer les quelques triathlètes de devant qui ne doivent
pas savoir que le triathlon est un sport individuel. Lors du
demi-tour vers Roquesteron, j’ai même l’occasion de les compter
sur le versant en face, et ils ne sont pas loin d’une dizaine à
former un beau petit peloton rectiligne. Ce qui me console, c’est
que je gagne du terrain sur eux dans les bosses, et qu’ils me
reprennent ce terrain en descente et sur le plat (c’est étrange,
vous ne trouvez pas ???). Ce qui me fait un peu… par contre,
c’est de savoir qu’un arbitre est présent, passe en les regardant
en ne leur dit rien du tout ! J’entends d’ailleurs en les
doublant qu’un d’entre eux est déjà « cartonné », mais que cela
ne l’empêche pas de continuer… Pitoyable ! Bref, comme disait
Pepin…
La seconde ascension vers Carros est beaucoup plus lente que la
première, et je commence légitimement à douter de la pertinence
de ma « stratégie » du jour : quitte à avoir les jambes cramées,
autant que ce soit pour quelque chose, non ? Rien à faire, j’ai
beau vouloir accélérer, mais elles ne répondent pas (ou plus…).
Je ne pose le vélo « qu’en 5h32 », ce qui n’est pas si mal au vu
du parcours, mais je ne suis pas au bout de mes peines. Après 18
bidons absorbés (ou aspergés), je me dis que j’ai mis toutes les
chances de mon coté. Pour la première fois en quatre Ironman, je
prends le temps lors de la T2 de me laisser badigeonner de crème
solaire : bilan 6’ de perdues, mais une immense surprise : je
croise François Chabaud, assis dans la tente à discuter avec Mark
ALLEN. Un atout français de taille vient d’abandonner, ce qui me
donne le ton et la difficulté de cette épreuve.
Me voilà donc sur la fameuse « Promenade des Anglais » : 5km
avalés en 24’, je me dis que tout va bien mais qu’il me manque un
petit quelque chose. Je m’en aperçois vite, ce sera le tournant
de la journée, je n’ai plus envie. Plus envie de courir, plus
envie de me faire mal, plus envie d’aller chercher mon rêve…
Comment, pourquoi, maintenant cela n’a plus d’importance. La fin
de ce marathon ne sera qu’une succession de « marche/course »,
avec quelques km sympathiques passés au côtés de Olivier LYOEN,
le « p’tit gars du Nord » de l’XironTeam : je le rejoins dans mon
troisième tour, lui en est à son dernier, mais apparemment, pour
lui aussi, la course à un goût de doux-amer, car il crève aux
environ du 100ème alors qu’il est avec Martinez-Rubio et met
longtemps à réparer… Il marche lorsque je le rattrape, mais nous
repartons ensemble : lui continuera jusqu’à la fin pour aller
gagner (facilement malgré sa course !) son groupe d’âge, et
terminer aux alentours de la 35ème place au scratch…
Résultat final : 11h23, le pire temps jamais réalisé sur Ironman
pour ma part, alors que toutes les conditions étaient réunies
pour réussir. Lors de la dernière ligne droite, mon mental en est
à son plus bas niveau, je me dis que c’est fini pour moi, et
qu’on ne m’y reprendra plus à m’aligner sur ces courses de fous…
Cette déception restera profonde plusieurs jours, mais seulement
voilà, je ne suis pas seul et heureusement !
Jour J+15 : une conclusion heureuse
Je n’ai repris les entraînements que depuis quelques jours. Je
suis en plein projet pour l’année prochaine, car je monte, avec
l’aide de Christophe Schneider, un TEAM dont vous entendrez très
bientôt parler…
Pour ma part, après quelques discussions motivantes avec mon «
coach » (ma douce Sabrina, si vous préférez…), je cherche un
marathon pour la fin de saison, et réfléchis déjà sur le choix de
la course pour l’année prochaine ou l’année d’après : ET C’EST
REPARTI !







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commentaires
11 Juillet 2005, par : FabianEuh, désolé de réagir mais tu parles de quoi là, tu appelles ça une galère!!! 11h23, tu appelles ça une galère avec un temps de 5h25 en vélo... Tu as pensé à tout ceux qui ont préparé cet ironman depuis plus de 9 mois et qui ont dû abandonner cette épreuve? D'accord, tu n'as pas ta qualif' mais tu ne peux pas appeler ça une journée de galère, c'est un peu comme Hervé Faure avait dit quelle journée de merde... J'ai gagné mais seulement en 8h46'...
Je pense qu'il faut juste un peu faire attention à ce que tu dis, et modérer tes propos... Car y'a certaines personnes qui ont été à deux doigts d'arrêter définitivement le tri suite à un abandon sur cette épruve...
11 Juillet 2005, par : TomJe pense que tout à chacun peut vivre une journée de galère quelque soit son niveau, il faut par conséquent ne pas chercher à s'identifier en terme de performance.
En effet, une contre performance pour les uns peut très bien être un aboutissement pour les autres.
En revanche ce qui me paraît intéressant dans le témoignage de Michael, c’est qu’au delà de la contre performance, ou de la galère, il a été confronté à la lassitude.
Ne plus avoir l’envie de finir, et ne pas vouloir savoir pourquoi. Or je pense que pour continuer et surtout rebondir il est nécessaire de chercher à comprendre ce qui n’a pas fonctionné à un instant T. Même si on ne trouvera pas de remède miracle ou des théories infaillibles pour réussir, on alimentera un peu plus notre expérience.
Je me réjouis d'ailleurs de la fin de l’article qui montre qu’à J+15, la motivation est revenue avec de nouveau objectifs à définir.
D’ailleurs pour ceux qui souhaites clôturer la saison par un marathon très sympa, je les invite à participer au marathon du Lubéron : http://www.marathon-luberon.com/ dont l'organisation, l'ambiance et le parcours légèrement valonné dans les vignes valent le détour.
11 Juillet 2005, par : Mika, d\'XtriathlonCher Fabian,
je comprends ta réaction, et Thomas a bien "traduis" ce que je voulais dire. J'ai paut être simplement ublié de préciser que la "GALERE" est relative à un objectif. Or il s'agissait d'un objectif temps (en l'occuraence, je visais 10h, corrigé à 10h20 au vu des perfs des pros), et pour moi, 11h23 me paraissait un temps très décevant...
Mais le plus important dans ce que tu dis, c'est que je fais partie INTEGRANTRE du groupe de personnes dont tu parles, celles qui ont failli abandonner le tri suite à un abandon. J'ignore pourquoi, je "n'arriverai" pas à abandonner un tri, sauf sur blessure bien sur. Sur un IRONMAN, pour moi, on n'abandonne pas. Par contre, l'effort MENTAL demandé pour aller au bout peut faire beaucoup de dégâts, et c'est ce que je voulais dire dans ce témoignage, qui n'est pas assez clair apparement.
OUI, j'ai aussi voulu abandonner.
OUI, j'ai aussi voulu arrêter le triathlon (et je suis entraineur de méter pourtant!!!)
mais NON, je ne m'arreterai jamais sur une défaite!
Je ne veux surtout pas donner de leçon, mais juste donner une lueur d'espoir à tout le monde...
12 Juillet 2005, par : laurentsalut à tous
Vous savez tous que sur Ironman le mental est prédominant et pour cela je pense qu'il est nécessaire de s'entraîner dans des conditions plus dur que celle de la compétition, à part la chaleur que l'on ne métrise pas pendant la course, tout le reste on est capable de l'interpreter à part la maladie ou une baisse de tension le jour j, moi celle ci la baisse de tension, j'ai eu la chance de l'avoir le mardi 9 de T avant course et d'aller voir le médecin et je fini IM de Roth en 9h46 8ème fancais, 56' en natation, 180 km de vélo en 5h23 (pas terrible pour moi, qui a 7000km à vélo, j'ai des problèmes discale non résolu, contracture sur le vélo, je voulais abandonner et j'ai serré les dents), je pense que j'ai un gros mental par rapport à beaucoup de gens de mon club, je fais 1er du club car quand on s'entraîne en fractionné en cap, ils me disent certains que tout seul, ils ne l'auraient pas fait...donc voila. Et aussi je savais que j'étais capable de sortir un gros marathon, mais en possant le vélo, je croyais que j'aurais été juste à descendre sous les 10 h (objectif que je mettais fixer) et je courts en 3h21 et je réalise mon objectif, j'aimerai recourir un Im cette année a bodeseen en suisse et trouver des sponsors car cela coûte cher ou entraîner dans un Team qui finance mes courses
15 Juillet 2005, par : Serge O. et Evelyne G.Nous sommes tous deux triathlètes quinquagénaires méridionaux , fiers de notre région et ravis de l'arrivée de l'Ironman à Nice.Nous étions plein d'espoir et de motivation car Nice nous avait décus par le passé entre autres ,par des sanctions d'arbitre non appliquées en tête de course, ou encore , irrespect des derniers arrivants en les zappant totalement( si vous vouliez apparaitre sur le classement , il valait mieux abandonner ou être disqualifié , plutôt que de vous sortir les tripes pour aller au bout car 5 mn après le temps limite , vous n'existiez plus ni physiquement , ni sur le papier pour l'organisation )
Bref , vous dire que Nice a été decevant une nouvelle fois est un doux euphémisme ....Nous sommes terriblement déçus pour les même raisons évoquées par Michael , voir plus car nous étions en souffrance sur cette course que nous avons tous deux terminée.Pourtant , vos problèmes de temps et de perfs " médiocres" qui semblent vous chagriner sont loin de masquer les profondes polémiques alimentées par bon nombre de mécontents .Nous sommes désolés qu'yves , que nous respectons ,aies à endosser une grande part de responsabilité par son erreur à avoir délégué certainement par défaut de disponibilité .Nous lui souhaitons de tirer les leçons de cette première
édition et nous sommes persuadés qu'il saura dans un avenir très proche offrir à tous un Ironman digne de ce nom .Ce sera très certainement sans nous ...Nous nous désabonnons des "chroniques de galères annoncées ", et avons décidé d'aller voir hors de nos frontières comment on participe à un Ironman dont la réputation n'est plus à faire .....
Bonnes courses à tous
Serge et Evelyne
13 Janvier 2006, par : nadiaLassitude, voeu, A UNE FEMME DE PAUL VERLAINE