Publié le: 30 Novembre 2004
Par: Roland Beaubois
Lien: http://beauvais-triathlon.com/

Laurent Chopin : le triathlon sur le bout des doigts

Photo par Xtriathlon

Nous avons eu la joie de rencontrer le coach d'une partie de l'équipe élite du Beauvais triathlon, l'emblématique Laurent Chopin. Joyeux, réaliste, idéaliste et doté d'un franc-parler qui en fait quelqu'un de très attachant… interview !

Xtriathlon : Salut Laurent, et enchanté de te compter parmi les personnalités interviewées sur Xtriathlon. Ma première question sera : que penses-tu de l'évolution du tri à l'heure actuelle, LD et CD confondus (sans parler du dopage) ?

Laurent Chopin : J’ai le sentiment que comme tout processus évolutif, sur certains plans nous faisons des progrès alors que dans le même temps nous reculons sur d’autres.

Le nombre de licenciés vient de dépasser les 20000, ce qui est un chiffre qui sonne bien, mais qui fait suite à plusieurs années de relative stagnation.
Nous sommes beaucoup au niveau des clubs à ressentir un changement de population.
Les gens qui fréquentent les sites d’entraînement se positionnent comme des consommateurs plus que comme des compétiteurs. Leur approche du triathlon tient plus dans le fait de pouvoir aller nager un peu, éventuellement rouler un peu et/ou courir un peu. Le moteur n’est pas, en tout cas pas pour tous, la passion qui nous animait il y a quelques années.
Attention, je ne suis pas en train de dire que c’était mieux avant (ma bonne dame), je suis seulement en train de constater la différence et ce n’est en aucune façon un jugement de valeur.
Ces nouveaux adeptes doivent être conscients que la spécificité du triathlon réside dans l’enchaînement des épreuves.
Si l’on veut développer notre discipline et attirer plus de monde, il faut diversifier nos niveaux et nos formes de pratiques, travailler en collaboration avec les clubs de natation et de course à pied et surtout, c’est un peu mon cheval de bataille depuis longtemps, mettre sur pied un vrai circuit d’Aquathlon. C’est une discipline qui demande peu au niveau organisationnel, que tout club peut mettre en place.
En adaptant les distances et en mettant en place un système de séries, ½ finales, finales, on peut créer un vrai challenge entre les nageurs, les coureurs et les triathlètes, afin que chacun s’y retrouve.
Et ainsi, on ouvre en grand les portes du triathlon.

Au niveau des courses, on s’aperçoit qu’il est de plus en plus délicat d’organiser, tant d’un point de vue autorisation que dans le simple fait de trouver des bénévoles.
Pour s’en convaincre, il suffit de voir le nombre de « classiques » qui ont disparu.
Il est vrai que beaucoup de courses ne reposent que sur peu de personnes, alors quand elles décident d’arrêter, il n’y a que peu de repreneur.

Sur le haut niveau, il est toujours aussi difficile de trouver des organisations pour les grands prix, les France et la coupe de France.
La FFTRI vient de prendre conscience que les contraintes et les droits d’agrément doivent être revus à la baisse.
Il y a beaucoup moins, et loin s’en faut, d’argent qui circule sur le grand prix qu’il y a 5 ou 6 ans (voire même 15) et certains parcours sont soit dangereux soit inintéressants, les athlètes s’y déplacent en traînant des pieds.
Les différentes réunions que nous avons eues depuis de nombreuses années avec la FFTRI commencent seulement à payer, ce qui est une bonne chose.
Depuis peu la collaboration semble plus efficace.
Sans faire de polémique, on peut légitimement s’interroger sur la politique de communication de la FFTRI.
Sport + diffuse beaucoup de triathlon et cela va se développer (je suis bien informé…), mais nous avons du mal à voir les retombées et les dividendes.
Dans ce domaine nous progressons à pas de fourmis, ce qui est sans doute normal, mais le principal n’est-il pas d’avancer ?

Xtriathlon : Les cas de dopage sont navrants et ternissent l'image de notre sport. Que faut-il faire à ton avis pour enrayer le problème ?

Laurent Chopin : Je crois qu’espérer l’enrayer est très problématique. A notre échelle, nous ne pouvons qu’éduquer, informer, faire passer les bons messages. Il faut travailler sur les contextes favorisants, sur les situations à risques. Nous devons rester vigilants, mais malheureusement celui qui veut tricher pourra toujours tricher.
Tant que le dopage ne sera géré qu’au niveau sportif, il n’y aura pas de changement.

Le gros avantage du triathlon, c’est l’association de 3 disciplines. Il y a toujours, même pour un athlète de haut niveau, la possibilité de progresser dans au moins une des 3 disciplines. C’est un garde fou, car l’athlète peut rester motivé et se définir un objectif atteignable.

Xtriathlon : On te connaît comme étant coach des élites de Beauvais; tu t'occupes entre autres d'athlètes comme Delphine, Marion ou Stéphane. Que penses-tu de leurs performances à l'heure actuelle, et de l'émergence de certains autres en World Cup ?

Laurent Chopin : Je pense que le niveau général de nos athlètes élites (pas seulement les Beauvaisiens) est plutôt en progrès. Les résultats des dernières coupes du monde auraient tendance à le démontrer. Il faudra voir en 2005, car 2004 étant une année olympique, les données sont un peu biaisées. En effet, tous les athlètes ne se sont pas préparés de la même façon, certains ont été invisibles sur les coupes du monde et ont brillé aux J.O. et inversement.
Certains ont carrément coupé après les Jeux.
Quoi qu’il en soit, plus il y aura de Français vainqueurs plus cela sera intéressant et crédibilisera notre sport, et ce à tous les niveaux.

Xtriathlon : En 2005 pour tes athlètes, ça se passe comment ?

Laurent Chopin : Pour Delphine, ce sera l’année d’un événement important (NDLR : Elle attend un bébé !). Nous verrons avec elle comment gérer la fin de saison, si fin de saison il y a.
Marion aura à cœur de revenir à son meilleur niveau. La connaissant, je ne me fais pas de souci.
Stéphane, comme il l’a dit dans une interview, n’a pas dit son dernier mot.

J’ai la chance d’avoir deux équipes solides et motivées, car je n’oublie pas les autres membres de Beauvais, même si la question ne concernait que les 3 précédemment cités.

Xtriathlon : Les athlètes français, dont a fait partie le toujours Beauvaisien Patrick Vernay, ont fait encore plus fort à Hawaii cette année qu'en 2003. Que penses-tu de cette progression ?

Laurent Chopin : C’est logique et normal. Le groupe France de longue distance est soudé, chacun respecte l’autre, chacun connaît l’investissement qu’il faut pour être performant.
Il y a une belle émulation.
Philippe Fattori, qui était en charge de ce groupe (NDLR : Philippe Fattori passe du long à la préparation Olympique, c'est Pierre Houseaux qui prend les rennes du long), a su mettre en place un système de grande qualité, malgré le peu de moyens alloués par la FFTRI.
Le LD ça rend humble.
Un jour tout va bien le lendemain ça peut te lâcher.
La hiérarchie est beaucoup plus mouvante sur le LD que sur le CD.

Xtriathlon : Parlons de toi : coach, commentateur, y a t'il la place pour autre chose dans la vie de Laurent Chopin ?

Laurent Chopin : Il est vrai que toutes ces activités me prennent pas mal de temps.
J’ai la chance d’avoir une compagne compréhensive. Il faut juste ne pas se laisser déborder et être un chouia organisé.
J’ai un emploi du temps à géométrie variable, et ce grâce à l’accord de ma présidente de club (Agnès Mahey), ce qui me permet de gérer du mieux possible.

Xtriathlon : Que penses-tu de l'annulation du triathlon de Nice ?

Laurent Chopin : Je ne maîtrise pas assez les données du problème pour vraiment avoir un avis.
Je pense que la FFTRI a beaucoup trop investi et que si l’organisation lui échappe, c’est qu’il y a dû avoir de réels problèmes de communication avec la mairie de Nice.
Les intérêts des 2 parties devaient être différents et elles n’ont pas su les faire coïncider.
Le relationnel a dû jouer pour beaucoup.

Xtriathlon : Merci à toi et à très bientôt !

Laurent Chopin : Mais c’est moi mon cher Roland et bon courage pour le développement de ton site.

Les activités de l'intéressé… en résumé :

Coach de Beauvais triathlon :
Ecole de triathlon,
Loisir,
Compétition,
Haut niveau

Entraîneur perso / conseiller de :
Stéphane Poulat,
Cyrille Mazure,
Estelle Patou,
Samuel Pierreclaud

Directeur de course des 3 organisations Beauvaisiennes :
Run and bike (novembre),
Triathlon avenir, découverte et sprint en piscine (avril),
Triathlon grand prix, open, découverte, relais et aquathlon avenir (juillet)

Directeur de course des Eco-games :
Brésil (octobre),
Sri Lanka (juin)

Conseiller technique du festival de sports :
Djerba (avril/mai)

Consultant triathlon pour Sport+

Rédacteur pour Sportium

 


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commentaires


08 Décembre 2004, par : eric champouxJ'ai eu la chance et le bonheur de cotoyer Laurent durant deux années sur les différentes étapes des grands prix nationaux, j'étais à l'époque coach d'une équipe de première division. Laurent, je tiens à saluer la pertinence de tes propos que je partage en grande partie, ils sont à ton image, empreint de l'expertise d'analyse qui te caracterise. Mais ceux qui ont, ou ont eu la chance de te cotoyer n'en seront pas surpris, car ils savent depuis longtemps à quoi s'en tenir...
Salut l'artiste!


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