Publié le: 28 Juillet 2004
Par: Christophe Bastie
Lien: http://www.ironman.ch/

Ironman Suisse : ça a cassé !

Photo par Steve Handwerker

Quelques semaines après son excellente performance lors du Quelle Challenge Roth, Christophe Bastie se relance sur la distance Ironman, cette fois à Zurich. Mais l'espoir va vite laisser place à la malchance, ce qui en fera une tout autre course
Arrivée sur place vendredi dans l'après-midi, avec un petit footing, puis repérage du parcours vélo le samedi matin. Cette reconnaissance est difficile, car le marquage est fait avec de petits confettis noirs collés sur la route…
Le dimanche matin, la pluie qui est tombée presque toute la journée la veille semble s'être éloignée. Comme souvent, je suis un des premiers dans le parc et toute ma petite famille est présente pour m'encourager toute la journée ! A 6h40' mise à l'eau pour un bon petit échauffement et me voilà fin près à en découdre.
Après ma bonne performance à Roth, j'ai décidé de prendre des risques sur cette épreuve et comme je l'ai dis avant : ça passe ou ça casse… En 2003, le Suisse Van Flue avec qui j'avais posé le vélo sur l'Ironman d'Autriche, avait, 3 semaines après, réussi à décramponner ses compatriotes Mauch et Bernhard à Zurich. Alors Stadler étant intouchable en vélo, mon objectif était donc de suivre les 2 Suisses en natation pour ensuite rester avec eux sur la première partie du vélo et voir ensuite… J'espérais donc pouvoir jouer un rôle dans les 5 premiers.

Dans le groupe de tête
Dés le départ natation, j'essaye de rester au contact de Stadler que je reconnais avec sa combinaison sans manche. A la première bouée, les groupes se forment et je réussi à prendre place dans le paquet des principaux favoris dans lequel se trouvent Mauch, Bernhard et Stadler. L'eau est à un peu plus de 23° et j'ai assez chaud dans ma combinaison, j'essaye de temps en temps de faire rentrer de l'eau en étirant le col pour me refroidir un peu… Bien que l'allure s'accélère dans le dernier kilomètre, je parviens à rester dans le groupe jusqu'à la fin. La Suisse Achleitner est le premier à sortir de l'eau en un peu moins de 48', Kropko est 2e à 2', puis l'Australien de Vesoul Leach à 3' en compagnie de l'américain Barber. Notre petit groupe emmené par Mauch, pointe à 4', à un peu plus de 1'30'' derrière nous, arrivent Sturla et Schildknecht, et Riesen est à un peu plus de 4'.
Bien qu'ayant perdu une partie de mon ravito et avoir été obligé de revenir un peu en arrière pour le ramasser, je réalise une assez bonne transition et sors du parc derrière Mauch mais devant Bernhard et une quinzaine de secondes devant Stadler !

Et des sauts de chaîne…
J'enfourche mon vélo et décide de commencer à pédaler fort pour revenir sur Mauch et ensuite enfiler mes chaussures. Mais en descendant la chaîne sur le 11 dents, je déraille une première fois !!! Je ne m'affole pas, essaye de la remettre sans descendre de vélo et j'y parviens ! Mais Bernhard est passé, alors je me dresse à nouveau sur les pédales et… je redéraille une seconde fois et encore une 3e fois ! J'avais fais changer ma chaîne et régler la ''machine'' le jeudi avant la course et tout semblait très bien fonctionner ???!!! Je finis par stabiliser la chaîne et je commence à pédaler avec ''seulement'' le 14 dents pour ne pas ''appuyer'' trop fort et tout casser à nouveau.
Mais Mauch et Bernhard sont loin et Stadler est aussi passé et est maintenant 200m devant moi lancé à pleine vitesse ! Et un Stadler lancé à pleine vitesse, ça va très vite !!! En plus je dois encore mettre mes chaussures vélo ! Une fois cela fait, je peux enfin commencer à produire mon effort… J'a encore Stadler en point de mire et je décide d'essayer de revenir… Sur cette partie plate le long du lac, le compteur affiche entre 45 et 50km/h et les puls sont aux environs de 165 ! Mais je grignote du terrain petit à petit et je persévère. Un peu après le 10e kilo, je reprend Bevan Leach, puis Kropko qui a perdu ses 2' d'avance en 10 kilomètres ! Je ne suis maintenant plus très loin des hommes de tête, mais malheureusement, quand Stadler a rejoint les 2 Suisses, il a pris tout de suite le commandement et relancé leur allure… Finalement, je reviens sur eux au prix d'un énorme effort à l'entrée de Meilen vers le 1er ravitaillement. Je reste derrière Mauch qui est le dernier de la file et j'essaye de faire redescendre les puls. Mais à la sortie de Meilen, dans une légère descente et avec le passage de ralentisseur de nouveau un saut de chaîne ! Je regarde de nouveau s'éloigner les 3 favoris. Kropko me repasse… mais je ne perds pas espoir et je repars pied au plancher pour une nouvelle course poursuite. J'arrive encore à revenir après un peu plus de 5 kilomètres, mais nous sommes maintenant au pied de la principale difficulté du circuit, une bosse de 3.5 km qui oscille entre 5 et 7%. Et Stadler profite des premières rampes pour augmenter l'allure et décramponner ses encombrants suiveurs. Je fais tout de suite les frais de cette ''attaque'', puis Bernhard et Mauch sont aussi décramponnés. Cette 1ere difficulté est suivie après une courte descente par une 2e bosse plus roulante mais longue de près de 5 km et avec le vent de face. Je passe au sommet avec près de 2' de retard sur Stadler et les 2 Suisses ne sont pas très loin derrière lui. Pour moi la course est finie ! Mon cœur n'est pratiquement pas descendu en dessous des 165 puls depuis le début du vélo alors qu'à Roth par exemple, je n'étais jamais monté tout au long de la course au dessus de cette valeur. Je profite de la longue descente qui nous ramène vers le Lac pour essayer de récupérer, mais on ne récupère jamais de tels efforts sur un Ironman. La motivation s'est envolée et l'idée d'abandonner est bien présente. Je boucle le 1er des 3 tours en 5e position, Stadler a pris les commandes, Achleitner résiste très bien en 2e position et Bernhard et Mauch sont 3e et 4e. J'arrive derrière eux à 3'30'' et Barbara (mon épouse) m'annonce un groupe derrière à 1'. Ceux-ci on vite fait de me rejoindre, on retrouve parmi eux Leach, Kropko et Hechenblaickner. Un 2e groupe beaucoup plus nombreux et qui semble vraiment pas ''réglo'' nous rejoint juste avant d'attaquer pour la 2e fois les difficultés. Il y a parmi eux Sturla, Riesen et Berlage. Leach est hors de lui devant le comportement de ce groupe et demande en vain des explications à l'arbitre qui nous accompagne ! Je suis pour ma part résigné et toujours dernier de cette ''meute'' qui en précède cependant d'autres encore plus impressionnantes !... La succession des 2 difficultés fait ''sauter'' quelques triathlètes et à la fin du 2e tour (120 kilomètres ) nous ne sommes plus que 6 (Sturla, Riesen, Berlage, Hechenblaickner, Schildknecht et moi) et cela ressemble un peu plus à un effort solitaire…
Mais Riesen, 4 semaines après son succès à l'Ironman France, en apprenant que 15' nous séparent de l'homme de tête (Stadler) préfère abandonner. Je continue toujours… Bernhard a maintenant lâché Mauch et contrôle parfaitement l'écart avec l'Allemand. Dans le dernier passage des difficultés et la descente qui suit je lâche mes 5 compagnons qui sont maintenant 6 car Achleitner a été repris. C'est un peu n'importe quoi, mais cela fait un petit moment que je ne réfléchis plus trop… Je rentre donc 4e au parc à 20' de Stadler, 15' de Bernhard et 10' de Mauch et avec seulement 30'' de bonus sur mes 6 poursuivants…

Un marathon sans illusion
Je m'élance à pied sans illusion et je suis vite repris par Sturla, Berlage et Hechenblaickner. Mais je réussis à courir en 4', 4'10'' au kilomètre jusqu'au 20ème kilo (passage en 1h22') et je reste juste derrière. Puis mes forces m'abandonnent… La tête n'y étant plus depuis déjà pas mal de temps, plus grand chose me pousse à avancer. Au 25e, je m'arrête vers Barbara pour jeter l'éponge définitivement. Mais elle m'incite à continuer, un spectateur français (que je remercie) m'encourage aussi à reprendre… Il n'est de toute façon jamais bon d'abandonner, je suis en plus toujours dans les 10 premiers et par respect pour les organisateurs qui m'ont fait confiance en m'invitant, il est bien d'aller au bout… Alors je continue et je franchis donc la ligne en 9e position, après un peu plus de 9h d'effort à 45' du vainqueur O. Bernhard. Ce dernier, même à sa grande époque, lorsqu'il était suivi par le célèbre docteur Ferrari, n'est jamais apparu aussi fort à 36 ans ! Il réussit à faire jeu égal avec Stadler en vélo et il lui reprend 9' en course à pied pour s'assurer une nouvelle victoire chez lui en Suisse. Mauch est 3e et Sturla 4e.

Chez les filles la lutte a été serrés entre 3 allemandes, c'est finalement Yvonne Krömker qui s'impose en 9h31.01,8 devant Wenke Kujala (9:34.24) et Sonja Heubach (9:36.51).

> fin de l'article

commentaires


28 Juillet 2004, par : stef viotmerveilleux récit ! génial, je m'y suis cru !


28 Juillet 2004, par : Roland / XtriathlonSuperbe en effet ! Christophe est doué pour faire revivre ses émotions; n'oublions pas qu'il se trouve aux avants-postes d'une grande course et là on pourra se rendre compte de son humilité... Merci Christophe et bonne chance pour la suite...
Merci à toi aussi Stef


28 Juillet 2004, par : Thomaschristophe est quelqu'un de formidable


29 Juillet 2004, par : RicoJ'y est participé aussi, c'est un super récit bravo cependant un peu dommage d'avoir oublié le heartbreak Hill et sa "haie humaine"...
Bonne chance pour la suite...
Rico


04 Aout 2004, par : gervillesuper et bravo...un Ironman n'abandonne jamais!!!!


17 Juillet 2005, par : crombezj'admire beaucoup les triathletes qui arrive a faire des ironman mais vous etes sucsidaire quand meme.et je voulait dire au passage aler rudy depret


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