L'étude posturale à vélo
Photo par Joel Steve
Pendant longtemps les coureurs ont été positionnés à "l’oeil" et
au feeling, ce qui a parfois conduit à des aberrations amusantes
à voir. Dans les années 70 l’approche s’est faite un peu plus
scientifique et au milieu des années 80 des normes étaient
établies. Ces mesures donnaient une hauteur de selle calculée à
partir de la hauteur de l’entrejambe (0,885 X entrejambe avec
pédales Look) et recul de selle donné avec un fil à plomb passant
devant la rotule du coureur, assis, manivelle en position
horizontale avant. Le fil devait passer sur l’axe du 1er
métatarse (gros orteil) qui devait être lui-même aligné avec
l’axe de la pédale. Ces mesures n’étaient pas toujours faciles à
prendre soi même.
Depuis quelques années ces études se sont affinées et tiennent
compte du rapport tibia/fémur, de la longueur de chaque pied, de
la longueur des bras, du buste, de la selle, des chaussures
utilisées etc...
Il existe maintenant plusieurs systèmes qui positionnent le
cycliste. J’en ai sélectionné 3 (il en existe d’autres) qui sont
représentatifs de ce qui se fait en France. Il s’agit des études
posturales de Bio Racer, de Cyfac et de Mecacote.
Le coût de ces études est sensiblement le même (respectivement
100, 120 et 95 euros). Elles comprennent également le
positionnement des cales.
Chez Mecacote cette étude n’est pas facturée si elle sert de base
à la construction d’un cadre Mecacote.
Les prises de côtes ont été faites au mondial du 2 roues à Paris,
au Roc d’Azur à Fréjus et chez un vélociste. Le protocole est
relativement identique pour les 3 mais les repères de mesure ne
sont pas tous fait au même endroit.
Bio Racer ne donne pas la longueur jusqu’au bout du prolongateur
et Mecacote rajoute une mesure de la souplesse.
Ces renseignements une fois recueillis sont ensuite traités de
plusieurs manières, soit par statistiques faites sur des larges
échantillons de coureurs (plusieurs milliers) soit par calcul.
Ensuite le résultat donne toutes les côtes utiles pour
positionner le coureur (soit en position route soit en position
triathlon) ainsi que toutes les cotes, angles et mesures
nécessaires au choix d’un cadre standard ou a la construction
d’un cadre sur mesure.
Le positionnement est facile à faire en suivant les restitutions.
Il faut cependant faire attention, lorsqu’on reporte les mesures,
à bien suivre le protocole car chaque société ne prends pas les
références au même endroit.
Maintenant voyons ce que donnent les résultats pour la position triathlon: (les chiffres ne sont donnés qu’à titre d’exemple puisque ce sont les miens et qu’ils varient en fonction de chaque individu).
Le réglage des cales est assez similaire même s’il y a 2
philosophies. Certains prennent l’axe du gros orteil comme
référence alors que d’autres se basent sur le 3ème orteil plus
centré au milieu du pied. L’écart est minime et sur les 3 études
qui me concernent la différence est de 1 à 2 mm.
Pour la hauteur de selle il y a un écart significatif de 7 mm
entre le plus bas (Bio Racer) et le plus haut (Mecacote). Cyfac
est au milieu. Pour cette mesure, qui est la base du
positionnement, il y a aussi 2 idées qui prévalent : une position
haute qui privilégie la phase de puissance lorsqu’on appuie sur
la pédale et une position basse favorisant le passage du point
mort bas.
Le recul de selle voit aussi 2 positions bien différentes. Cyfac
et Bio Racer donnent exactement la même mesure, relativement en
arrière de l’axe du pédalier, alors que Mecacote est beaucoup
(3,3 cm) plus avancé (mais reste quand même en arrière de
l’axe).
La distance selle-cintre donne toujours Cyfac et Bio Racer à
égalité et Mecacote 2 cm plus proche de la selle.
La différence de hauteur selle-cintre est très différente pour
les 3. Elle varie de 6 cm entre la position la plus basse de Bio
Racer et la plus haute celle de Cyfac. Mecacote se situant au
milieu. Pour cette côte 6 cm ce n’est pas rien !
Pour le cintre les 3 donnent la largeur (la même) mais seuls
Cyfac et Mecacote donnent la profondeur (la même).
Pour la longueur des manivelles, Cyfac et Mecacote donnent la
même et Bio Racer la taille juste au-dessous (170 contre 167,5).
Pour résumer : Les écarts relevés sont suffisamment significatifs
pour changer les sensations du triathlète mais restent néanmoins
dans une logique de positionnement très correcte.
Si on "oublie" la position un peu extrême de Bio Racer sur la
hauteur du cintre, on peut schématiser en classant Cyfac et Bio
Racer dans une catégorie plus classique que Mecacote dont la
position est plus agressive.
Quelles conclusions peut-on tirer : Je pense que tout le monde a
intérêt à faire ce genre d’étude pour éviter de perdre des années
à essayer de trouver sa position. Bien entendu ceux qui ont des
douleurs doivent le faire en priorité. Quant aux autres,
attention aux sensations qui peuvent être trompeuses. Ce n’est
pas parce qu’on s’est habitué à une position que c’est la
meilleure.
Ces études permettent également de bien cerner la latitude des
positions permises. Si votre position est plus basse et en
arrière que Cyfac et Bio Racer ou plus haute et en avant que
Mecacote, il y a certainement des choses à améliorer.
Laquelle choisir ? Il ne m’appartient pas de répondre directement
à cette question mais voilà de quoi vous guider quelle que soit
l’étude retenue.
Si vous êtes un triathlète qui n’aime pas (ou dont l’organisme ne
supporte pas de) changer de position en cours de saison, il faut
regarder quel type de triathlons vous faites (long ou court) et
sur quel type de parcours vous ferez majoritairement vos
compétitions. Ensuite vous pourrez choisir quel type de position
vous allez adopter pour toute la saison. Plus le choix de vos
courses va s’orienter vers des triathlons plats et courts et plus
vous pourrez adopter une position type Mecacote. Plus les
triathlons seront montagneux et plus vous pourrez adopter une
position type Cyfac ou Bio Racer. De toutes façons si vous avez
fait une étude Mecacote vous pourrez passer à une position plus
classique simplement en reculant et en baissant légèrement votre
selle. De la même façon vous pourrez faire l’inverse si vous êtes
sur une étude Cyfac ou Bio Racer en relevant et en avançant votre
selle pour passer à la position Mecacote.
Si vous êtes un triathlète qui peut changer de position sans
soucis ou qui a 2 objectifs différents (et suffisamment espacés)
dans l’année, il vous suffira de faire ce que j’ai décrit
précédemment pour ajuster votre position à l’objectif choisi. Il
faudra bien évidemment respecter la notion de progressivité et
soit changer votre position par paliers successifs soit la
changer en une fois mais repartir sur un entraînement
progressif.
Pour vous donner un exemple, l’an dernier j’ai préparé les
Championnats du monde de triathlon longue distance à Ibiza (130
km roulants début mai) sur une position qui correspondait
exactement à l’étude Mecacote (juste 2 mm + bas en hauteur de
selle). Ensuite mes objectifs étant beaucoup plus accidentés (LD
de St Raphaël, Cublize et surtout Embrun) j’ai changé en reculant
ma selle de 2 cm et en la baissant de 2 mm ce qui m’a amené à une
position plus proche de celle de Cyfac ou Bio Racer (1 cm de
moins en recul de selle).
Pour information, l’étude annuelle réalisée à Hawaii par Dan
Empfield (slowtwitch.com) sur les 1631 vélos du parc donne la
même proportion de position avancée (type Mecacote) chez les pros
que chez les amateurs hommes (soit 52,2%). La tendance est encore
plus marquée chez les femmes avec 61%. Notons cependant qu’Hawaii
est un parcours roulant (même s’il n’est pas plat du tout
contrairement aux idées reçues).
Dan remarque également que les Français sont en général plutôt en
position arrière, sans doute à cause du terrain habituel de leur
entraînement.
A bientôt



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commentaires
21 Janvier 2005, par : gouloumesc'est la longueur de manivelle qui me surprend. Qeelle est votre hauteur d'entre jambe.
09 Janvier 2006, par : hublouPour ma part j'ai effectué une étude posturale qui n'a pas fait que m'aider; Mon plus gros souci réside dans le réglage des cales et hauteur, profondeur de selle.Aprés EMBRUN et surtout une mauvaise position, j'en suis à 5 mois d'arrêt avec une déchirure du mollet qauche. J'habite GAP (05), et ici personne n'a su réellement m'expliquer qu'elle était la bonne position pour les pédales.